
Punaises phytophages : des insectes menacent les jeunes oliviers du Royaume
Depuis le début de l’été, les oliveraies de Zagora font face à une prolifération de punaises phytophages. Cet insecte n’est pas apparu par hasard : il s’est multiplié tout au long du printemps sur des plantes sauvages, avant que la sécheresse estivale ne l’incite à se diriger vers la végétation encore verte, en particulier les jeunes oliviers irrigués.
L’ONSSA a signalé en juillet 2026 la prolifération d’une punaise phytophage dans plusieurs exploitations agricoles de la province de Zagora, touchant notamment des cultures maraîchères. Des foyers ont également été identifiés depuis le printemps à El Kelâa des Sraghna, Rehamna, Chichaoua, Béni Mellal et Fquih Ben Salah. Les conditions climatiques ont favorisé cette prolifération, avec un printemps frais et humide permettant à l’insecte de se multiplier sur les crucifères spontanées, suivi d’un été chaud et sec qui l’a poussé vers les cultures irriguées. Cette punaise polyphage aspire la sève des plantes, entraînant jaunissement, flétrissement et nécrose. En cas de fortes densités, elle peut causer la mort de jeunes plants. Des moyens de lutte existent, mais le traitement chimique ne doit être envisagé qu’en dernier recours, lorsque le seuil d’intervention est dépassé et sur recommandation des services agricoles, qui doivent déterminer le produit approprié.
Le 14 juillet 2026, l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) a publié un bulletin phytosanitaire signalant la prolifération d’une punaise phytophage dans plusieurs exploitations agricoles de la province de Zagora.
Le phénomène ne se limite pas à Zagora. Plusieurs régions du Maroc sont touchées depuis la saison printanière. Des foyers ont été signalés notamment à El Kelâa des Sraghna, Rehamna, Chichaoua, ainsi que dans des oliveraies des provinces de Béni Mellal et de Fquih Ben Salah. Sur le terrain, les professionnels décrivent une progression rapide et s’inquiètent pour leurs récoltes. L’insecte en cause est Nysius cymoides, une punaise des graines, également connue sous le nom de fausse punaise des céréales, qui est polyphage. Les adultes et les nymphes piquent les tissus végétaux pour en aspirer la sève. Sur l’olivier, les attaques provoquent un jaunissement, un flétrissement et une nécrose des feuilles et des jeunes pousses. En cas de densités élevées, les dégâts peuvent s’étendre aux rameaux et, dans les situations les plus sévères, conduire à la mort de jeunes plants.
Les conditions climatiques semblent jouer un rôle déterminant dans cette prolifération. Cette saison, deux phénomènes se sont succédé : un printemps frais et humide, favorable à une couverture végétale abondante, suivi d’un été chaud et sec, qui a asséché les plantes hôtes de l’insecte et favorisé sa migration vers les cultures irriguées. Le printemps frais et humide a notamment favorisé le développement abondant des adventices crucifères, dont la moutarde sauvage, particulièrement présente cette saison. L’insecte peut s’y multiplier sans attirer l’attention des agriculteurs, car il n’affecte pas encore les cultures en place. Lorsque ces adventices se dessèchent massivement, les populations de Nysius cymoides migrent en grand nombre vers les zones où la végétation reste verte, en particulier les cultures commerciales irriguées.
Nysius cymoides est un insecte piqueur-suceur qui tend à se regrouper en fortes densités. Les dégâts sur les cultures se traduisent par un ralentissement ou un arrêt de la croissance, l’apparition de taches sur les feuilles, le flétrissement des jeunes rameaux et, dans les cas les plus sévères, la mort de la plante. Cette punaise peut s’attaquer à un très large éventail d’hôtes végétaux, ce qui la classe parmi les ravageurs agricoles émergents favorisés par les effets du changement climatique. Parmi ses plantes hôtes figurent les légumineuses (pois, fève, haricot), les solanacées (tomate, pomme de terre, poivron), ainsi que le coton, l’oignon, la luzerne, l’olivier, le cactus et le caroubier. En Tunisie, une étude a documenté la présence de l’insecte sur de jeunes oliviers (Olea europaea) dans la zone de Najet, à Tajerouine. Des symptômes de stress de croissance ont été observés en juillet 2018, aboutissant dans certains cas à la mort des plants. Dans les cultures irriguées, les différents stades de l’insecte sont particulièrement actifs pendant les heures les plus chaudes de la journée sur la végétation proche du sol. Lorsque la végétation est clairsemée, ainsi que pendant la nuit, ils se réfugient dans les fissures du sol, le long des canalisations d’irrigation et sous les mottes de terre. La présence de cette punaise est déjà documentée au Maroc et dans d’autres pays du bassin méditerranéen.
Malgré les dégâts que l’insecte peut provoquer lorsqu’il atteint de fortes densités, des solutions de gestion efficaces existent. Les traitements chimiques ne doivent être envisagés qu’en dernier recours, uniquement lorsque les densités dépassent les seuils d’intervention et sur recommandation des services agricoles compétents. Lorsque les populations restent faibles et confinées aux adventices, aucune intervention n’est généralement nécessaire. Un travail approprié du sol, notamment par le labour, associé à l’élimination régulière des mauvaises herbes réduit fortement les sites de reproduction. Il est particulièrement important de supprimer les plantes hôtes préférées, notamment le chénopode et les crucifères spontanées, afin de limiter les migrations massives vers les cultures commerciales voisines. Un suivi régulier demeure indispensable. Il repose sur des observations visuelles périodiques des cultures et de leurs abords, éventuellement complétées par des pièges jaunes englués permettant de détecter les adultes. Les pièges à phéromones ou à attractifs, lorsqu’ils sont disponibles, peuvent également s’avérer utiles. La détection précoce des œufs et des premiers stades nymphaux permet d’intervenir avant que les densités ne deviennent problématiques. Lorsque le seuil d’intervention est dépassé, seuls des insecticides homologués au Maroc pour la culture et l’usage concernés peuvent être employés. Le choix du produit et les conditions d’application doivent être déterminés avec les services agricoles compétents. Au Maroc, une étude publiée en 2022 par des chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), Mohamed El Aalaoui et Mohamed Sbaghi, a évalué le d-limonène, l’huile minérale et les sels potassiques d’acides gras contre Nysius raphanus, une autre punaise des graines. Ces résultats ne peuvent toutefois pas être transposés automatiquement à Nysius cymoides. Pour cette espèce, le choix d’un éventuel traitement doit être validé par les services agricoles compétents.
