Pourparlers à Washington pour concrétiser la résolution 2797.
Les Etats-Unis d’Amérique s’apprêtent à accueillir, en mai, une nouvelle série de pourparlers décisifs concernant le dossier du Sahara marocain. La résolution onusienne n°2797, adoptée en octobre 2025 par le Conseil de sécurité, est qualifiée de « sérieuse et crédible » et s’articule autour de l’initiative marocaine d’autonomie.
Rarement le dossier du Sahara marocain n’aura connu une telle effervescence diplomatique en si peu de temps. Les États-Unis d’Amérique s’emparent désormais de ce dossier avec une détermination et une méthode qui diffèrent radicalement des atermoiements des décennies passées.
Les faits sont clairs : Washington s’apprête à organiser, en ce mois de mai, une nouvelle série de pourparlers décisifs. L’objectif américain est net, le calendrier précis et la méthode délibérément discrète, une combinaison qui, dans la diplomatie américaine, ne laisse guère de place au doute sur les intentions véritables de l’administration Trump. Après des décennies d’un conflit artificiellement maintenu, un changement est en cours, portant la signature de Washington.
**La résolution 2797 : une boussole, un mandat, une promesse**
Tout commence par un texte. La résolution onusienne n°2797, adoptée en octobre 2025 par le Conseil de sécurité, ne doit pas être considérée comme un document de plus s’accumulant dans les archives des Nations unies. Il s’agit d’une feuille de route, d’un mandat explicite, d’une pression institutionnelle sur toutes les parties pour qu’elles mettent fin à l’immobilisme et s’engagent fermement vers une solution politique négociée basée sur le plan d’autonomie marocain.
C’est donc autour de cette résolution que s’articule l’offensive diplomatique américaine. Washington ne se limite plus à exprimer des voeux ou à jouer le rôle d’observateur bienveillant. L’administration américaine a accéléré le rythme, orchestrant des consultations discrètes mais intenses, multipliant les navettes entre capitales, bâtissant, pierre après pierre, les fondations d’un accord-cadre que l’on espère finaliser avant le rendez-vous clé d’octobre prochain.
**L’art de la diplomatie silencieuse**
Ce qui interpelle les observateurs, c’est la méthode choisie par Washington : le silence. Dans un monde sursaturé d’informations, où chaque déclaration est scrutée et chaque geste diplomatique commenté, les Américains ont délibérément opté pour la discrétion comme arme stratégique.
Ce choix n’est pas anodin. Comme le précisent des experts proches du dossier, la confidentialité est un levier, et non une faiblesse. En préservant les négociateurs des pressions médiatiques et de l’opinion publique, on crée un espace pour un dialogue authentique, où les concessions peuvent s’esquisser sans que chaque partie ait à se justifier devant ses propres soutiens. Madrid et Washington ont tour à tour accueilli ces échanges préliminaires, signalant une coordination transatlantique soigneusement construite.
Le fait même que les informations sur ce dossier soient rares et fragmentaires est, paradoxalement, le signe le plus parlant que quelque chose de sérieux se prépare. Quand Washington parle peu, elle agit souvent beaucoup.
**L’initiative d’autonomie, le seul horizon crédible**
Au cœur de ce ballet diplomatique se trouve une constante : l’initiative marocaine d’autonomie émerge désormais comme le cadre incontournable autour duquel toute solution devra s’articuler. Ce n’est plus une proposition parmi d’autres, c’est la proposition, celle que le Conseil de sécurité qualifie de « sérieuse et crédible », que Washington soutient et entend ériger en base de négociation.
Le Maroc, avec la reconnaissance de sa souveraineté par les États-Unis depuis 2020 et le soutien croissant de ses partenaires européens et africains, se trouve dans une position de force sans précédent. Les rapports de force ont évolué. La dynamique diplomatique lui est favorable. L’objectif affiché est ambitieux : parvenir à un accord-cadre avant octobre prochain, ouvrant la voie à des négociations directes entre toutes les parties sur la base de l’autonomie.
Pendant ce temps, un fait significatif attire l’attention des analystes : le dossier du Sahara marocain s’est progressivement effacé du discours officiel algérien. Cette discrétion témoigne sans doute des pressions qui s’exercent en coulisses et des premiers signes d’une Algérie poussée — sinon contrainte — à reconsidérer sa position.
**La MINURSO sous examen**
Alors que les diplomates négocient l’avenir, le Conseil de sécurité a entrepris de faire le bilan du passé. La dernière semaine d’avril a vu les membres permanents et non permanents passer au crible le travail de la MINURSO, la mission onusienne déployée au Sahara marocain depuis presque 35 ans. Un audit dont les conclusions sont pour le moins sévères.
58 millions d’euros par an : c’est le coût annuel d’une mission dont les résultats concrets sur le terrain politique sont difficiles à évaluer. 35 ans sans solution, 35 ans de statu quo qui ont profité à ceux qui misent sur l’immobilisme. Des voix s’élèvent désormais au sein même des Nations unies pour réduire les effectifs de la mission, rationaliser ses dépenses et surtout redéfinir ses missions en fonction de la nouvelle réalité politique qui se dessine.
Car une chose est certaine : si un accord-cadre venait à être signé avant octobre, le renouvellement du mandat de la MINURSO prendrait une toute autre envergure. Ce ne serait plus une simple formalité, mais un véritable tournant institutionnel.
**La provocation comme aveu d’impuissance**
C’est dans ce contexte de dynamisme diplomatique qu’émerge, comme un pied-de-nez de l’histoire, une tentative manifestement maladroite de brouiller les cartes. L’attaque récente aux abords d’Es-Smara, ciblant un environnement civil, ne trompe personne sur sa nature ni sur ses intentions.
Les experts en géopolitique sont clairs : cette escalade n’est pas un accident de calendrier. Elle s’inscrit dans une stratégie bien rodée depuis 2020, celle d’allumer des contre-feux militaires à chaque fois qu’une réelle opportunité de règlement politique se profile. Le message est limpide : ceux qui s’opposent à une solution négociée préfèrent le bruit des armes au murmure des compromis.
Cependant, cette stratégie chaotique révèle, en réalité, une profonde faiblesse. En ciblant délibérément des populations civiles, le mouvement séparatiste — et son soutien algérien — alimentent les demandes croissantes, de plus en plus audibles sur la scène internationale, de requalifier sa nature. Chaque acte de ce type renforce l’isolement de ses dirigeants et persuade les chancelleries occidentales que ce mouvement séparatiste n’a ni légitimité ni maturité politique pour prétendre participer à des négociations sérieuses.
Quant à l’Algérie, dont le rôle en tant que soutien politique et logistique des séparatistes n’est un secret pour personne, elle ne saurait se dédouaner indéfiniment de la responsabilité de ces dérapages. Soutien actif ou simple incapacité à discipliner une entité qu’elle héberge et finance ? Dans les deux cas, la question mérite d’être posée avec clarté devant la communauté internationale.
**L’avenir en ligne de mire**
Le Maroc entre dans cette phase diplomatique avec les meilleures cartes qu’il n’ait jamais eues en main. La légitimité internationale de son initiative d’autonomie n’a jamais été aussi forte. Le soutien américain n’a jamais été aussi explicite. Et la volonté de Washington d’aboutir à un accord-cadre structurant avant octobre place Rabat au cœur d’une dynamique positive et irréversible.
La balle, comme le rappellent ceux qui suivent le dossier de près, est désormais dans le camp algérien. C’est à Alger de choisir entre l’entêtement stérile et un engagement constructif. C’est à Alger de décider si elle préfère rester du mauvais côté de l’histoire ou saisir la main tendue d’une médiation américaine bienveillante. Et c’est à la direction séparatiste d’expliquer, un jour, à ceux qu’elle prétend représenter, pourquoi elle a systématiquement choisi l’escalade plutôt que la table des négociations. L’heure des choix approche.
**Mehdi Ouassat**

