Maroc

Les adouls ne changent pas de position.

L’USFP juge la réforme dépourvue d’ambition et déconnectée des attentes légitimes de la profession et des citoyens. Ce lundi 13 avril, les adouls ont investi les abords du Parlement à Rabat pour une journée de mobilisation nationale contre le projet de loi n° 16.22 relatif à l’organisation de la profession d’adoul.


Ils sont venus de toutes les régions du Maroc, scandant des slogans à la fois fermes et déterminés. Ce lundi 13 avril, les adouls se sont rassemblés autour du Parlement à Rabat pour une journée de mobilisation nationale contre le projet de loi n° 16.22, qui vise à organiser leur profession. Une grève nationale illimitée a également été déclenchée, paralysant les services notariaux et de documentation juridique sur l’ensemble du territoire.

L’USFP estime que la réforme est « dépourvue d’ambition et déconnectée des attentes légitimes de la profession et des citoyens. »

Dès le matin, des cris de colère se sont fait entendre devant le Parlement. Les manifestants ont exprimé leur ras-le-bol et leur amertume, estimant ne pas avoir été entendus. Les pancartes, dont certaines en français, affichaient des messages clairs à l’attention des parlementaires et du gouvernement, tels que « La fonction parlementaire est une responsabilité avant d’être un privilège ».

Les manifestants ont affiché un rejet « absolu et total » du projet de loi dans sa version actuelle, exigeant son retrait et l’ouverture d’un dialogue sérieux avec le gouvernement, qu’ils estiment ignorer leurs observations et propositions. Ils demandent également l’application concrète des recommandations issues de la réforme de la justice, en ce qui concerne leur profession. Les professionnels critiquent particulièrement des dispositions qui limitent le témoignage du lafif, s’opposant à la restriction de ce mécanisme, qu’ils considèrent crucial pour prouver les droits dans la réalité sociale.

L’absence de mention d’un compte de dépôt professionnel a également suscité des inquiétudes, car, selon l’Instance nationale des adouls, cela traduirait une volonté du ministère d’accaparer la documentation des transactions financières et immobilières au profit d’un organe unique, au détriment de leur profession, de la concurrence et de l’égalité des chances.

En réaction, l’Instance a annoncé un arrêt total et illimité des services à partir du 13 avril. « Nous imputons au gouvernement l’entière responsabilité de la détérioration de la situation, du blocage des services au profit des citoyens et des actes notariaux », a prévenu l’Instance.

Ce projet de loi controversé suscite également l’opposition à l’intérieur même du Parlement. Le Groupe socialiste – Opposition ittihadie a exprimé son rejet du texte. Par la voix de sa députée Malika Zekhnini, l’USFP a critiqué cette réforme, qu’il juge sans ambition et déconnectée des attentes légitimes de la profession et des citoyens.

Lors d’une récente intervention parlementaire, Malika Zekhnini a fait un constat sans appel : le texte, présenté comme une réforme, n’opère pas la rupture nécessaire avec les dysfonctionnements structurels de la profession d’adoul. Pour l’opposition, cette réforme « s’est arrêtée à mi-chemin » et ne respecte pas la vision ambitieuse attendue d’une profession essentielle pour la sécurité juridique, contractuelle et sociale des Marocains.

Alors que le gouvernement reste silencieux, cette nouvelle phase de grève, la plus longue jamais déclarée par la profession, risque de paralyser durablement de nombreuses démarches administratives et juridiques des citoyens. Mariages, successions, ventes immobilières : des milliers d’actes quotidiens sont bloqués, plaçant la population dans une situation délicate entre la quête de reconnaissance de leur profession et le silence du gouvernement.

L’Instance nationale des adouls insiste sur le fait que la dignité de la profession et la sécurité juridique des actes ne sont pas sujettes à négociation. La mobilisation s’annonce comme l’une des plus significatives jamais vues dans le secteur de la justice notariale au Maroc.

Les adouls appellent le chef du gouvernement à un « dialogue sérieux, responsable et productif ». En attendant, la mobilisation reste forte. Le Parlement, qui examine le texte, subit une pression croissante alors que les professionnels expriment leur colère et que les services juridiques sont suspendus. Une crise qui pourrait s’aggraver si des solutions rapides ne sont pas trouvées.

Mourad Tabet