
Le Royaume-Uni s’intéresse à la commande publique au Maroc.
Le Royaume-Uni envisage d’ajouter un chapitre sur les marchés publics à son accord d’association avec le Maroc, une initiative qui pourrait transformer les relations commerciales entre les deux nations. Ce projet, encore à un stade exploratoire, vise à mieux comprendre les défis auxquels sont confrontées les entreprises britanniques souhaitant accéder à un marché marocain évalué à environ 33 milliards de livres dans les années à venir.
Dans cette optique, le gouvernement britannique a lancé une consultation auprès des entreprises de son pays pour recueillir leurs retours d’expérience, leurs difficultés et leurs attentes concernant l’accès aux marchés publics marocains. Cette démarche, orchestrée par le Department for Business, Innovation, Science and Trade, n’a pas encore de calendrier défini, et les suites à donner dépendront des résultats de cette consultation, qui se clôturera le 11 septembre.
Le marché marocain de la commande publique représente un enjeu commercial significatif pour Londres, qui voit dans les infrastructures, les équipements et les services publics des opportunités majeures pour ses entreprises. Actuellement, bien que les deux pays aient signé un accord d’association en 2021, les marchés publics demeurent un domaine sans engagement commercial international spécifique, le Maroc n’étant pas signataire de l’Accord de l’Organisation mondiale du commerce sur les marchés publics.
Le gouvernement britannique souhaite remédier à cette situation en intégrant un chapitre dédié aux marchés publics dans l’accord existant. Cela permettrait d’établir des engagements juridiques clairs entre les deux parties, favorisant ainsi des procédures plus transparentes et non discriminatoires. L’objectif est de permettre aux entreprises britanniques de participer aux marchés publics marocains dans des conditions définies par un éventuel accord.
Avant de formaliser cette initiative, Londres s’attache à identifier les obstacles qui freinent la participation de ses entreprises. Les questions posées dans le cadre de la consultation portent sur les expériences de soumission à des marchés marocains et les barrières rencontrées, ainsi que sur les priorités que les entreprises aimeraient voir intégrées dans un futur accord.
Cette initiative s’inscrit dans un cadre plus large de rapprochement économique entre le Maroc et le Royaume-Uni, observable depuis 2025. Au cours d’un dialogue stratégique à Rabat en juin de cette année, les deux pays avaient déjà manifesté leur volonté de renforcer leur coopération économique, signant un mémorandum d’entente pour promouvoir les marchés publics. Londres avait alors évalué à 33 milliards de livres les opportunités sur trois ans, notamment dans les infrastructures liées à la Coupe du monde 2030, ainsi que dans les secteurs de l’eau, de la santé et des transports.
Le processus engagé en août vise à aller au-delà d’une simple coopération administrative en examinant la possibilité d’un cadre conventionnel contraignant pour l’accès aux marchés publics. Le gouvernement britannique a souligné que ce chapitre constituerait le premier engagement juridiquement contraignant dans ce domaine avec le Maroc et, de manière plus générale, avec un pays africain.
La commande publique apparaît donc comme un levier stratégique dans une relation commerciale qui a déjà connu une expansion significative depuis l’entrée en vigueur de l’accord d’association. Lors du dialogue stratégique de juin 2025, le commerce bilatéral avait atteint 4,2 milliards de livres en 2024, soit le double du volume enregistré avant l’accord. Les deux pays ont exprimé leur ambition de continuer sur cette lancée, identifiant les marchés publics comme un domaine clé pour renforcer leur coopération.
L’intérêt britannique ne se limite pas aux appels d’offres, avec un engagement annoncé de 5 milliards de livres de la part de UK Export Finance pour soutenir de nouvelles activités commerciales au Maroc. Cette dynamique concerne également des secteurs cruciaux tels que l’eau, les ports, la santé, les infrastructures et les transports, avec des investissements liés aux grands projets à l’horizon 2030 qui devraient alimenter la demande.
Ainsi, l’éventuelle création d’un chapitre sur les marchés publics s’inscrit dans une stratégie de rapprochement plus vaste. Pour les entreprises britanniques, il s’agit de bénéficier de règles plus claires pour accéder à une part du marché marocain. Pour les deux pays, cela ouvre la voie à une nouvelle phase de discussions sur les conditions d’accès de leurs fournisseurs aux marchés publics.
