Le Liban accuse Israël de ne pas respecter le cessez-le-feu
Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur vendredi après avoir été annoncé par le président américain Donald Trump. Au moins 13 personnes ont été tuées dans des frappes israéliennes sur Tyr quelques minutes avant l’entrée en vigueur de la trêve jeudi soir, selon un responsable de cette municipalité du sud du Liban.
Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur vendredi, après avoir été annoncé par le président américain Donald Trump. L’armée libanaise a immédiatement dénoncé des violations par Israël dans le sud du pays.
Cette trêve, qui fait suite à un accord de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran, a débuté à minuit heure locale dans les deux pays (21H00 GMT jeudi). Elle survient après un mois et demi de conflit entre Israël et le Hezbollah, un groupe chiite libanais soutenu par Téhéran. De nombreux tirs de célébration ont été entendus dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement, selon des journalistes de l’AFP.
Des images diffusées par l’AFPTV ont montré des personnes retournant dans la banlieue sud de la capitale libanaise, particulièrement touchée ces dernières semaines, certaines agitant le drapeau jaune du Hezbollah ou portant des portraits de son ancien chef, Hassan Nasrallah, tué par Israël en 2024.
« Nous sommes fatigués de la guerre et nous voulons la sécurité et la paix », a déclaré à l’AFP à Beyrouth Jamal Chehab, une femme au foyer de 61 ans, exprimant son soutien à l’accord de trêve.
Cependant, quelques heures plus tard, l’armée libanaise a signalé « un certain nombre de violations de l’accord », notant plusieurs agressions israéliennes et des bombardements sporadiques touchant plusieurs villages. Elle a conseillé aux personnes déplacées par les combats de ne pas retourner immédiatement dans le sud du Liban.
L’armée israélienne a pour sa part averti qu’elle maintenait son déploiement terrestre dans cette région, demandant à la population de ne pas revenir sur la rive sud du fleuve Litani.
En dépit de ces avertissements, des journalistes de l’AFP ont observé de très importants embouteillages se formant au nord du Litani, avec des motocyclistes et des automobilistes attendant des heures pour traverser le dernier pont, lourdement endommagé par un bombardement israélien, reliant le sud du Liban au reste du pays.
Le Hezbollah a annoncé avoir « bombardé un rassemblement de soldats israéliens près de la ville de Khiam », dans le sud-est du Liban, « en réponse à la violation du cessez-le-feu par l’armée d’occupation ».
L’Agence nationale d’information (Ani, officielle) a rapporté des bombardements contre cette localité et le village voisin de Debbine, ainsi que d' »intenses activités de drones » dans la même région.
Donald Trump a déclaré jeudi qu’Israël et le Liban avaient convenu d’un cessez-le-feu de dix jours, ajoutant qu’il cherchait à organiser une première rencontre à la Maison Blanche entre le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
« J’espère que le Hezbollah se comportera bien pendant cette importante période. Ce sera un GRAND moment pour eux s’ils font cela », a-t-il écrit par la suite.
Ibrahim Moussaoui, un député du Hezbollah, a déclaré à l’AFP que le mouvement respecterait la trêve « à condition qu’il s’agisse d’un arrêt global des hostilités contre nous et qu’Israël ne l’exploite pas pour mener des assassinats ».
Le Liban a été plongé dans la guerre au Moyen-Orient début mars lorsque le Hezbollah a ciblé Israël pour soutenir l’Iran face à la vaste offensive israélo-américaine.
Malgré un cessez-le-feu de deux semaines conclu le 8 avril avec la République islamique, Israël a continué ses opérations militaires au Liban contre le Hezbollah. Selon les autorités, ces frappes ont causé plus de 2.000 morts. Un million de personnes, soit un cinquième de la population du pays, ont été déplacées, selon l’ONU.
Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a salué l’accord de cessez-le-feu, tout comme M. Netanyahu, qui l’a qualifié d’occasion de « paix historique » avec Beyrouth, tout en rappelant son exigence d’un désarmement du Hezbollah comme préalable.
Sur le terrain, les combats ont continué jusqu’à l’entrée en vigueur de la trêve. Peu après l’annonce du président américain, le ministère libanais de la Santé a signalé sept morts et 33 blessés dans une frappe israélienne sur le sud du pays, et le Hezbollah a revendiqué plusieurs attaques contre des positions militaires, causant trois blessés, dont deux graves, dans le nord d’Israël.
À l’heure de l’entrée en vigueur de la trêve, l’armée israélienne a indiqué avoir visé 380 cibles du Hezbollah au Liban au cours des 24 heures précédentes.
Dans un café de la capitale libanaise, l’avocat Tarek Bou Khalil a estimé qu' »il est bien connu que l’on ne peut pas prendre Trump au mot, et que Netanyahu n’est pas digne de confiance ».
« Mais nous savons que les pressions liées à la guerre avec l’Iran, ainsi que les erreurs de Netanyahu et de l’armée israélienne dans le sud du Liban, les ont contraints à accepter un cessez-le-feu », a-t-il ajouté.
Parallèlement, les négociations se poursuivent, sous l’égide du Pakistan, pour organiser une deuxième session de pourparlers entre les États-Unis et l’Iran afin de mettre durablement fin à la guerre, après l’échec de premiers entretiens à Islamabad le week-end dernier.
Donald Trump a déclaré jeudi que les États-Unis et l’Iran étaient « très proches » d’un accord et a affirmé que Téhéran avait accepté de céder son uranium enrichi, l’une des principales exigences de Washington. Le gouvernement iranien n’a pas confirmé cette information dans l’immédiat.
Au moins 13 morts dans des frappes sur Tyr
Au moins 13 personnes ont été tuées dans des frappes israéliennes sur Tyr quelques minutes avant l’entrée en vigueur de la trêve jeudi soir, a déclaré vendredi à l’AFP un responsable de cette municipalité du sud du Liban. Selon ce responsable, qui n’a pas révélé son nom, 35 autres personnes ont été blessées et les secouristes continuent de fouiller les décombres à la recherche de « 15 disparus ». Les frappes ont visé six bâtiments résidentiels, qui ont été détruits, peu avant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, à minuit (21H00 GMT).

