Maroc

Hijaouy : le point aveugle de la presse espagnole

Mehdi Hijaouy, figure médiatique récemment mise en avant par la presse espagnole, est perçu comme une source d’informations cruciales sur le Maroc. Cependant, les révélations qui l’entourent soulèvent des interrogations concernant sa situation en Espagne, où il est recherché après avoir manqué des convocations judiciaires. Alors que l’attention se concentre sur ses liens avec Rabat, les médias semblent ignorer les implications de son dossier sur le sol espagnol.

Depuis quelques jours, Hijaouy est au cœur des discussions en Espagne, présenté comme un individu ayant accès à des informations sensibles sur le Maroc, potentiellement liées à des affaires complexes entre les deux pays. Toutefois, à mesure que les détails de son parcours émergent, des incohérences commencent à apparaître.

Il est essentiel de revenir sur la chronologie des événements. Hijaouy a des liens avec les services marocains, mais les médias espagnols divergent sur la période durant laquelle il aurait occupé des fonctions spécifiques. Bien que son expérience puisse éclairer des événements passés, cela ne prouve pas qu’il ait accès à des informations actuelles.

Cette distinction semble souvent négligée lorsque ses déclarations touchent au Maroc. Parallèlement, des révélations concernant sa situation en Espagne sont troublantes. Selon El Debate, Hijaouy aurait été arrêté en septembre 2024 à la demande du Maroc, mais aurait été relâché sous contrôle judiciaire avant de disparaître. Des sources policières affirment qu’il se trouvait récemment entre Madrid et Cáceres.

Le 9 septembre, El Debate a rapporté qu’un membre de la Police nationale aurait proposé de révéler la localisation de Hijaouy au Maroc pour plusieurs millions d’euros, renforçant l’idée que son affaire prend une tournure espagnole.

Le dossier Pegasus constitue un autre point de tension. Une journaliste a présenté un document prétendant que Hijaouy aurait dirigé une entité impliquée dans le piratage du téléphone de Pedro Sánchez. Bien que ces affirmations soient significatives, elles ne reposent pas sur des conclusions judiciaires, car l’identité de l’intrus n’a pas été établie dans le cadre de l’enquête espagnole, classée en janvier 2026.

Il est crucial que le travail journalistique s’oriente vers la vérification des informations. Si Hijaouy possède des éléments sur le piratage du téléphone de Sánchez, il est impératif de confronter ces données à l’enquête en cours. Pourquoi ses déclarations sur le Maroc seraient-elles jugées plus crédibles sans preuves tangibles ?

Cette situation laisse penser que la presse espagnole applique des critères de vérification inégaux. Les affirmations concernant le Maroc sont rapidement qualifiées de révélations, tandis que celles touchant à la situation judiciaire de Hijaouy sont traitées avec moins d’enthousiasme. Même La Razón, en évoquant son implication potentielle dans des fuites, souligne qu’aucune preuve ne permet de confirmer cette implication.

Les enregistrements diffusés par « Atlas Hackers », contenant des propos attribués à Hijaouy sur la mort de Hicham Mandari, nécessitent également une vérification de leur authenticité. Si ces propos sont avérés, leur gravité devrait inciter les autorités espagnoles à s’y intéresser sérieusement.

Ce paradoxe est révélateur : plus certains médias espagnols tentent de faire de Hijaouy une affaire marocaine, plus ils soulèvent des questions d’ordre espagnol. Il ne s’agit pas de rejeter ses déclarations parce qu’elles impliquent le Maroc, mais de les traiter avec le sérieux qu’elles méritent, en appliquant les mêmes standards de preuve.

Il est donc impératif d’examiner les documents, de reconstruire les chronologies et de distinguer le vérifiable de l’affirmé, sans parti pris, que les accusations mènent à Rabat ou à Madrid.

En définitive, la question centrale dépasse celle de ce que Hijaouy sait sur le Maroc. Elle concerne également pourquoi un homme recherché par la justice espagnole, récemment localisé et potentiellement en possession d’informations sur le piratage du téléphone de Pedro Sánchez, semble attirer plus d’attention pour ses déclarations sur le Maroc que pour les réponses qu’il doit fournir en Espagne.

Ainsi, en cherchant une affaire marocaine, certains médias espagnols pourraient avoir, sans le réaliser, mis en lumière une affaire profondément ancrée dans leur propre réalité.