Maroc

Daoud Aoulad-Syad : Le désert, source d’inspiration pour les provinces du Sud

Le réalisateur Daoud Aoulad-Syad a affirmé que le désert constitue un potentiel de valorisation culturelle et économique des provinces du Sud, mettant en avant la richesse artistique et humaine de ces régions. Dans un entretien accordé à la MAP en marge du Festival du film et du Sahara d’Assa-Zag, qui s’est tenu du 27 avril au 2 mai, il a expliqué que les œuvres audiovisuelles participent à la construction d’une mémoire collective dans des régions en mutation.


Le désert, et non pas un simple décor, se présente comme un espace narratif riche en mémoire et en symbolique, constituant ainsi un potentiel de valorisation culturelle et économique des provinces du Sud, a déclaré le réalisateur Daoud Aoulad-Syad. Il a souligné la richesse artistique, humaine et symbolique de ces régions.

Dans un entretien avec la MAP, en marge du Festival du film et du Sahara d’Assa-Zag qui s’est déroulé du 27 avril au 2 mai, le cinéaste a affirmé que sa démarche créative se fonde essentiellement sur l’espace, qui constitue le point de départ de l’écriture cinématographique, avant même l’apparition des personnages. Il a insisté sur le fait que le décor ne doit pas être considéré comme un simple fond, mais plutôt comme un élément central du récit, « un personnage à part entière ».

Originellement issu de la photographie, Daoud Aoulad-Syad a expliqué que sa relation à l’espace structure fondamentalement sa vision du cinéma, en particulier son rapport aux territoires du Sud, qu’il décrit comme des espaces à la fois vastes et profondément habités. Dans ses œuvres, le désert devient ainsi un véritable espace narratif, animé par des présences humaines, des gestes et des histoires qui en révèlent toute la richesse.

Le réalisateur a mis en exergue la richesse visuelle et symbolique des provinces du Sud, considérant que le désert impose une autre manière de raconter et de filmer, compte tenu de son immensité, de sa lumière et de sa profondeur. Il a expliqué que ce cadre oblige à repenser la mise en scène et la manière de cadencer le regard, en jouant sur la relation entre le premier plan et l’horizon. Il a aussi souligné que « filmer le beau est un défi », tant l’esthétique naturelle du désert impose une exigence particulière au regard du cinéaste.

“Filmer le désert oblige à penser autrement”, a-t-il affirmé, précisant que cette particularité est liée à la lumière, au rythme et à la façon d’habiter l’espace avec la caméra, d’autant plus que “le désert est trop beau, trop vaste”, ce qui rend son image captation à la fois fascinante et complexe.

Au-delà de l’aspect artistique, Daoud Aoulad-Syad a affirmé que le désert ne doit pas être réduit à une représentation vide ou silencieuse; c’est un espace vivant, où se rencontrent dimensions visibles et invisibles, et où le regard du cinéaste devient un outil d’exploration du réel. Dans ce contexte, il a souligné la capacité du cinéma à déconstruire les perceptions simplistes de ces territoires, en révélant leur complexité humaine et leur richesse narrative, loin des clichés de vacuité ou d’immobilisme.

Sur le plan patrimonial, le réalisateur a mis en avant la valeur de l’image cinématographique comme mémoire des territoires, affirmant que chaque film représente une archive du réel, permettant de préserver la trace des paysages, des pratiques sociales et des transformations des espaces.

Il a ajouté que les œuvres audiovisuelles contribuent à construire une mémoire collective, surtout dans des régions en mutation, où les paysages et les modes de vie évoluent rapidement. Par ailleurs, Daoud Aoulad-Syad a mis en avant la dimension économique et structurelle du cinéma, considéré comme une industrie mobilisant de nombreux métiers et savoir-faire locaux. Un tournage implique, a-t-il expliqué, des techniciens, des artisans, ainsi que des services d’hébergement et de restauration, créant une dynamique économique directe au niveau local.

Il a estimé que les provinces du Sud possèdent un important potentiel pour l’activité cinématographique, grâce à leur attractivité visuelle et leur capacité à accueillir des productions nationales et internationales.

Il a appelé à renforcer les mécanismes d’accompagnement et de structuration de cette dynamique, afin de consolider les retombées locales et de faire du cinéma un véritable levier de développement culturel et économique au service des territoires.

Par Hakim Ennadi (MAP)