Maroc

Dakhla rêve d’une odyssée touristique après “L’Odyssée” de Nolan


Un an après avoir été le cadre du nouveau film de Christopher Nolan, Dakhla espère tirer parti de cette exposition mondiale pour accroître sa fréquentation touristique et attirer de nouveaux tournages. Dans une analyse pour Medias24, l’ancien président du CRT de Dakhla-Oued Eddahab évalue les premières retombées de cette expérience et les conditions nécessaires pour faire de la région une destination reconnue sur la scène internationale du tourisme cinématographique.

L’essentiel

Le tournage de L’Odyssée a engendré des retombées économiques directes limitées, principalement au bénéfice des hôtels, du transport et de la logistique, mais son principal apport réside dans la visibilité internationale qu’il a conférée à Dakhla. Selon Omar El Alaoui El Balrhiti, le succès mondial du film pourrait engendrer un véritable « effet Dakhla », en stimulant la fréquentation touristique, les investissements et l’arrivée de nouvelles productions audiovisuelles. L’ancien président du CRT considère que Dakhla possède tous les atouts pour devenir une destination cinématographique de référence, grâce à ses paysages uniques, ses infrastructures et son accessibilité. Il plaide pour une stratégie durable impliquant les acteurs du tourisme, les institutions et les professionnels du cinéma, afin de transformer chaque tournage en un levier de promotion territoriale et de création de valeur. Il annonce également que Dakhla accueillera en décembre prochain les World Tourism Film Awards, un événement visant à renforcer son positionnement en tant que destination internationale du tourisme cinématographique.

Les détails

Un an après avoir été partiellement tourné dans les paysages naturels de Dakhla et quelques jours après une sortie mondiale déjà couronnée de succès, le péplum L’Odyssée du réalisateur britannico-américain Christopher Nolan suscite de grandes attentes pour la destination. Bien que les retombées économiques du tournage soient restées limitées, l’ancien président du CRT de Dakhla-Oued Eddahab estime que ce film pourrait constituer un formidable levier de notoriété, attirer de nouvelles productions internationales et inscrire durablement Dakhla sur la carte mondiale du tourisme cinématographique.

Les retombées immédiates du tournage sont restées relativement limitées

– Médias24 : Le tournage de L’Odyssée constitue une première historique pour Dakhla. Selon vous, quelles ont été les retombées économiques directes pour les hôtels, les restaurants, les transporteurs et les prestataires locaux durant la présence de l’équipe de production ?

– Omar El Alaoui El Balrhiti : Le tournage de L’Odyssée a constitué une première importante pour Dakhla et une expérience enrichissante pour la destination. Bien que l’équipe de production ait été relativement nombreuse, les retombées économiques directes sont restées mesurées. En effet, le recours à des figurants locaux a été limité et le tournage s’est déroulé principalement en dehors de la ville, dans des sites naturels emblématiques comme la Dune Blanche et la zone située entre mer et désert.

L’équipe a séjourné pendant près de trois semaines dans trois établissements hôteliers à proximité des lieux de tournage, ce qui a naturellement profité aux hôtels concernés ainsi qu’à certains prestataires de transport et de logistique. En revanche, l’impact sur les restaurants, les commerces et l’activité économique du centre-ville est resté relativement limité, notamment en raison de l’éloignement des sites de tournage, à une trentaine de kilomètres de Dakhla, et d’un planning de travail particulièrement intense qui laissait peu de temps libre aux équipes pour fréquenter la ville. Cela dit, au-delà des retombées économiques immédiates, ce type de production constitue surtout une vitrine internationale pour Dakhla, car la visibilité offerte par un film de cette envergure contribuera à renforcer l’attractivité de la destination et générera, à moyen et long terme, des retombées touristiques et audiovisuelles bien plus significatives que l’impact économique direct du tournage lui-même.

L’Odyssée peut créer un véritable effet Dakhla

– Médias24 : Au-delà des dépenses liées au tournage, pensez-vous que l’exposition mondiale offerte par ce film puisse générer un véritable « effet Dakhla » en matière de fréquentation touristique ?

– Omar El Alaoui El Balrhiti : Absolument. L’exposition internationale générée par un film de cette envergure peut avoir un effet très positif sur la notoriété de Dakhla. Avant même la sortie du film, de nombreux médias internationaux avaient déjà évoqué les lieux de tournage et mis en avant les paysages spectaculaires de la région, ce qui constitue une promotion exceptionnelle.

Si Dakhla bénéficie déjà d’une solide réputation mondiale comme destination de sports nautiques, notamment pour le kitesurf et le wingfoil, cette visibilité permettra aussi de révéler d’autres facettes de la destination : le tourisme de bien-être, grâce à ses immenses plages et à ses espaces naturels propices à la détente et à la méditation, ainsi que le tourisme d’affaires (MICE), avec des infrastructures de qualité, dont l’un des plus beaux palais des congrès du Royaume. À ce propos, nous défendons depuis plusieurs années, lors des grands salons internationaux du tourisme, l’idée que la région de Dakhla-Oued Eddahab possède tous les atouts pour devenir une véritable destination cinématographique. La diversité de ses paysages, la qualité exceptionnelle de sa lumière, l’immensité de ses espaces naturels et ses conditions climatiques en font un décor naturel remarquable pour les productions audiovisuelles internationales.

Pour répondre à votre question, si cette première expérience est concluante, elle pourrait créer un véritable « effet Dakhla », à l’image de ce que d’autres destinations dans le monde ont connu après avoir accueilli des productions cinématographiques majeures, comme le tournage de L’Homme qui voulut être roi, de John Huston, à Ouarzazate. Dans ce cas, les retombées ne se limiteraient plus au tourisme, mais pourraient aussi stimuler les investissements, attirer de nouvelles productions et renforcer le rayonnement international de la région.

– Médias24 : Comment Dakhla peut-elle capitaliser sur cette visibilité cinématographique internationale pour renforcer sa notoriété sur les marchés touristiques étrangers ?

– Omar El Alaoui El Balrhiti : Aujourd’hui, la région de Dakhla-Oued Eddahab dispose d’une véritable opportunité qu’il faut savoir transformer en stratégie durable. Depuis près de 14 ans, Dakhla accueille chaque année des professionnels du cinéma à l’occasion du Festival international du film de Dakhla, qui a permis de tisser des liens avec les acteurs du secteur audiovisuel et de promouvoir Dakhla comme décor naturel.

Grâce au tournage de L’Odyssée, on assiste à un changement d’échelle qui offrira à la région une visibilité internationale sans précédent et pourra servir de levier pour positionner Dakhla comme une destination cinématographique à part entière. Pour capitaliser sur cette dynamique, il est donc essentiel de communiquer sur cette réussite, de mettre en avant les atouts naturels et logistiques de la région, de renforcer les dispositifs d’accueil des productions et de promouvoir Dakhla lors des grands marchés internationaux du cinéma et de l’audiovisuel.

Au-delà du tourisme, la priorité sera de développer une véritable filière autour de l’industrie audiovisuelle, dans laquelle chaque tournage deviendra un outil de promotion territoriale capable de générer une visibilité mondiale, d’attirer de nouvelles productions, de créer de l’activité économique locale et de contribuer à renforcer l’image de Dakhla comme une destination d’exception, aussi bien pour les voyageurs que pour les professionnels du cinéma.

Un futur pôle mondial du tourisme cinématographique

– Médias24 : Sachant que le tourisme cinématographique est devenu un puissant levier de développement dans plusieurs destinations, Dakhla dispose-t-elle des atouts logistiques nécessaires pour devenir une référence marocaine dans ce domaine, aux côtés d’Ouarzazate ?

– Omar El Alaoui El Balrhiti : J’en suis convaincu, car Dakhla possède tous les atouts pour devenir une référence marocaine du tourisme cinématographique, en complément d’Ouarzazate, avec un positionnement différent et parfaitement complémentaire. La région dispose en effet d’infrastructures essentielles pour accueillir de grandes productions, à savoir : un aéroport international connecté à plusieurs marchés, une offre d’hébergement de qualité, des services touristiques en constante évolution et, demain, le port Dakhla Atlantique, qui renforcera encore son accessibilité et ses capacités logistiques.

Mais, en réalité, son principal atout reste son patrimoine naturel exceptionnel, car très peu d’endroits au monde offrent un mariage aussi spectaculaire entre l’océan Atlantique, une immense lagune, les dunes de sable et le désert. À cela s’ajoute une faune emblématique — dromadaires, chevaux et flamants roses — qui enrichit naturellement les décors, ainsi qu’une diversité de paysages permettant de recréer des univers très variés sans changer de région. En outre, Dakhla bénéficie d’une population jeune, d’un climat favorable pendant une grande partie de l’année et d’un environnement qui inspire les réalisateurs en quête de lieux encore préservés et authentiques.

– Médias24 : Comment se positionne Dakhla par rapport à Ouarzazate ?

– Omar El Alaoui El Balrh