Crise énergétique : l’Inde ne parvient pas à stopper la roupie
L’Inde a perdu plus de 5% de la valeur de sa monnaie face au dollar depuis le début des frappes américano-israéliennes contre l’Iran, le 28 février. Selon des consultants spécialisés dans le secteur de l’éducation, étudier aux Etats-Unis coûte désormais plus d’un million de roupies (10.450 dollars) de plus que l’an passé.
Victime de sa dépendance énergétique en pleine crise au Moyen-Orient, l’Inde intensifie ses initiatives pour tenter de stopper la dévaluation de sa monnaie. Cela l’amène à envisager des mesures douloureuses pour l’économie du pays le plus peuplé du monde.
Après avoir déjà affiché un recul l’an dernier, la roupie a perdu plus de 5% de sa valeur par rapport au dollar depuis le début des frappes américano-israéliennes contre l’Iran, le 28 février, devenant ainsi la devise asiatique la moins performante. Vendredi, elle a atteint son plus bas historique avec plus de 96 roupies pour un dollar. Stopper cette dépréciation, dont les effets sont déjà très visibles, est devenu une priorité.
Le Premier ministre Narendra Modi a déclaré la gravité de la situation en appelant les 1,4 milliard d’habitants du pays à faire des sacrifices. Le 10 mai, il a incité la population à réduire leurs achats d’or, libellés en dollars, dont l’Inde est l’un des plus grands importateurs mondiaux, et à limiter les voyages à l’étranger pendant un an.
La banque centrale a déjà utilisé ses réserves pour injecter des milliards de dollars afin de soutenir la monnaie, a limité les opérations spéculatives et mis en place une ligne de crédit spécifique pour les importateurs de pétrole afin de réduire la demande en dollars.
Le déficit des comptes courants, qui mesure les flux économiques d’un pays avec le reste du monde, ne cesse de se creuser, alimenté par des importations d’énergie coûteuses. Selon les prévisions de Bank of America, il devrait dépasser 2% du PIB durant l’exercice en cours, soit plus du double du niveau de l’an dernier et potentiellement son plus haut niveau depuis 2012-2013. En parallèle, les investisseurs étrangers ont vendu pour plus de 20 milliards de dollars d’actions indiennes depuis le début de la guerre, enregistrant le rythme le plus rapide jamais constaté, et les rentrées de dollars ont diminué.
Les industriels, particulièrement ceux du secteur agroalimentaire qui dépendent des importations, voient leurs coûts exploser. Cela affecte notamment les petites entreprises, comme celles spécialisées dans les noix de cajou dans l’État du Kerala (sud), qui s’approvisionnent en noix brutes d’Afrique. « Les produits importés sont devenus bien plus coûteux pour le marché local », explique Rajmohan Pillai, directeur d’une usine.
Selon lui, les acheteurs ne peuvent acquérir qu’environ 90% des volumes de l’année précédente, alors que de nombreuses usines du secteur ont déjà fermé ces dernières années, notamment à cause de la volatilité de la roupie.
Les jeunes Indiens, nombreux à partir étudier à l’étranger, subissent également cette situation. Des consultants spécialisés dans l’éducation estiment qu’étudier aux États-Unis coûte maintenant plus d’un million de roupies (10 450 dollars) de plus que l’an passé. « C’est la goutte d’eau de trop », déclare Meghna Sen, 17 ans, future étudiante en psychologie. « Nous devons maintenant suivre l’évolution (de la roupie) pour voir combien il nous faut pour nos budgets alimentation. »
Pour les autorités, cette dévaluations compromet l’ambition de l’Inde de devenir la troisième économie mondiale. M. Modi, qui avait critiqué ses prédécesseurs pour la faiblesse de la monnaie, observe maintenant un recul de l’Inde dans le classement des économies mondiales, les comparaisons de PIB étant exprimées en dollars. Le Fonds monétaire international (FMI) a récemment classé le pays au sixième rang, en partie en raison de la chute de la roupie, derrière le Royaume-Uni.
Depuis plusieurs trimestres, l’Inde fait face à une conjoncture défavorable, incluant une correction boursière et un ralentissement des investissements étrangers. Sa forte dépendance à l’énergie aggrave la situation. Des analystes du groupe de services financiers Nomura estiment qu’il pourrait être nécessaire d’annoncer des mesures plus radicales.
Parmi ces mesures, on envisage des hausses du prix du carburant, qui a été relevé pour la première fois vendredi, un durcissement des contrôles sur les transferts de fonds vers l’étranger et la création de dispositifs pour attirer les dépôts en dollars des Indiens vivant à l’étranger. Toutefois, pour les économistes, ces interventions pourraient seulement amortir la volatilité sans inverser une tendance de fond.
« Des facteurs fondamentaux » demeurent à résoudre », souligne Dhiraj Nim, un analyste d’ANZ Research interrogé par l’AFP. Il n’exclut pas une hausse des taux d’intérêt, susceptible d’affecter l’activité, pour contenir l’inflation : « La Banque centrale est consciente des options à sa disposition, reste à voir lesquelles elle choisira ».

