France

Accusé de viols et torture, il affirme avoir eu une relation SM

Guillaume Bucci, un homme de 51 ans, est jugé pour viols aggravés, actes de torture et de barbarie et proxénétisme à l’encontre de son ex-compagne, Laëtitia R., et encourt la réclusion criminelle à perpétuité. La quadragénaire a affirmé que lors de sa rencontre avec l’accusé en 2015, elle ne connaissait « rien du tout » au BDSM et que la seule fois où elle a dit « stop », la violence a été encore pire.

De notre envoyé spécial à Digne-les-Bains,

« Emprise », « manipulation » et « volonté de toute puissance ». Les témoins se sont succédé ce mardi à la barre de la cour d’assises des Alpes-de-Haute-Provence, décrivant Guillaume Bucci avec des termes constants. Cet homme de 51 ans, jugé pour viols aggravés, actes de torture et de barbarie ainsi que proxénétisme envers son ex-compagne, Laëtitia R., risque la réclusion criminelle à perpétuité.

Témoignage après témoignage, un portrait d’un homme « manipulateur », au « double visage », « qui ne supporte pas la contradiction » émerge. « Si on ne suivait pas ce qu’il voulait, c’était des disputes, des violences, surtout verbales », témoigne l’un de ses fils, M., 17 ans. Il poursuit, sans porter son regard vers l’accusé : « Puis, il revenait avec des mots doux. Il nous paraissait alors gentil mais en fait ça recommençait. Et ça, ça marque l’emprise. » Pour la première fois depuis le début du procès, son père semble touché par ce témoignage. L’adolescent déclare ne plus vouloir « avoir de relation avec » son père.

« Il voulait maîtriser tout ce qui se passait »

Avant de rencontrer Laëtitia R., Guillaume Bucci a été en couple pendant plus de douze ans avec S. Ensemble, ils ont eu trois enfants avant de se séparer en 2012. À la barre, cette femme décrit son ex-mari comme étant « dans la toute-puissance décisionnaire. Il voulait maîtriser tout ce qu’il se passait au domicile, quels amis venaient, qui je devais voir… ». Laëtitia R., pliée en deux sur le banc des parties civiles, malaxe nerveusement une balle antistress.

Pour l’accusation, l’enjeu est crucial : prouver que cette volonté de toute puissance se manifeste dans la sphère sexuelle. Le dossier est déjà alimenté par de nombreux échanges téléphoniques où l’accusé se montre insistant, menaçant, parfois tyrannique. « Il t’a enculé ? », interroge ainsi Guillaume Bucci à Laëtitia R. qui venait de recevoir un client en tant que prostituée. « Non, j’avais mal envie et il n’était pas trop chaud », répond la plaignante. « Tu refais ça, je te tue », répond son proxénète. La mère de famille affirme avoir été vendue à des « centaines de clients » contre son gré.

« Une relation SM est par définition violente »

Chaque nouvel élément abordé par le procès plonge la cour dans l’obscurité. Guillaume Bucci forçait ainsi celle qui a partagé sa vie pendant sept ans, mère de son enfant, à boire son urine, l’enfermant dans un placard. Dans un message, où Laëtitia R. écrit « avoir envie de vomir », son conjoint lui répond par SMS : « Je m’en fous, tu obéis ».

Lundi soir, alors que l’audience se prolongeait dans la nuit, la présidente a initié un échange entre l’accusé et la plaignante. « Je n’ai jamais forcé Laetitia à faire quoi que ce soit », soutient l’ancien directeur d’agence bancaire. Sa ligne de défense est claire : il s’agissait de pratiques sadomasochistes, certes extrêmes, mais consenties. « On est dans une relation SM, qui est par définition violente et comprend la subordination. Laëtitia ne m’a jamais dit « stop ». Jamais », assure l’accusé. Il précise toutefois qu’il « n’y avait pas de safe word », un mot de sécurité lors de pratiques sexuelles extrêmes pour signifier que ça ne va pas.

« La seule fois où j’ai dit stop, la violence a été encore pire »

« Effectivement, il n’y avait pas de safe word. Je n’y avais pas le droit, répond Laëtitia R. L’unique chose que je pouvais dire c’était « encore » et « plus fort ». La seule fois où j’ai dit « stop », la violence a été encore pire. C’est là que mon sphincter anal a été déchiré ». La quadragénaire explique que lors de sa rencontre avec l’accusé, en 2015, elle ne connaissait « rien du tout » au BDSM. « Au tout début, j’ai pu prendre du plaisir. Mais déjà la première fois où il m’a mis une gifle, je lui ai dit stop. J’ai vu ma mère être battue. » Mais l’emprise existait déjà. La violence et la peur également.

« On fait de moi un bourreau, on peut regretter ce qu’on a fait, on peut accuser un homme avec qui on a été. Mais pas ça », a répliqué ce mardi matin Guillaume Bucci. L’accusé continue de défendre sa position, niant toute emprise ou contrainte, arguant que les pratiques, même avec des séquelles graves – Laëtitia R. est à présent considérée comme invalide à plus de 80 % – étaient consensuelles et discutées. « J’entends uniquement des mensonges et des inventions. Quand je l’entends parler, je me dis quel aplomb », insiste-t-il.

Qu’en est-il des messages ? Des témoignages ? S’il reconnaît avoir « été stupide » dans certains de ses messages, il se défend en plaidant « ne pas être surhumain ». « Quand chacune des personnes qu’il a rencontrées brosse le portrait d’un homme violent, tyrannique, impulsif, et que tous racontent la même histoire, on voit bien que sa défense qui consiste à dire que Laëtitia ment ne tient pas », a estimé à la sortie de l’audience l’avocat de cette dernière, Me Philippe-Henry Honneger.

Le verdict est attendu ce vendredi.