
Bourse de Casablanca : Les raisons du déclin du MASI.
L’analyse récente de la Direction des Etudes et des Prévisions Financières (DEPF) met en lumière une situation économique paradoxale au Maroc. Alors que plusieurs indicateurs macroéconomiques affichent des signes de prospérité, le marché boursier semble s’enliser dans une spirale de contre-performances. Ce contraste soulève des questions sur la santé réelle de l’économie et la réaction des investisseurs.
À l’été 2026, les données économiques sont encourageantes. La valeur ajoutée du secteur agricole a enregistré une hausse notable de 18,4% au premier trimestre, tandis que le nombre de touristes a crû de 6%, atteignant 9,4 millions de visiteurs. Les exportations dans le secteur automobile ont également connu une belle progression de 17,4%, et le déficit budgétaire s’est réduit de 7,7% à la fin juillet. Le secteur touristique, en particulier, continue de montrer une dynamique positive, avec une augmentation de 9% des nuitées et des recettes de voyages qui ont grimpé de 15,9%, totalisant 64,9 milliards de dirhams à fin juin 2026. Malgré ces résultats encourageants, la Bourse de Casablanca a enregistré une chute de son indice MASI de 2,1% en juillet 2026, marquant ainsi son deuxième repli consécutif.
Cette tendance baissière ne se limite pas à un seul mois. Depuis décembre 2025, le MASI a affiché une contre-performance de 5,3%, tandis que le MASI 20 a chuté de 11,3%. En juillet, 17 des 24 secteurs cotés à la Bourse ont connu des performances négatives, avec des baisses significatives dans des secteurs clés tels que l’agroalimentaire (-10,2%), les holdings (-10,1%) et la chimie (-6,5%). Même les grandes capitalisations comme les banques, les mines et le BTP n’ont pas échappé à cette tendance, enregistrant des baisses respectives de 1,7%, 2,5% et 1,7%. En revanche, quelques secteurs, tels que le transport et les sociétés de placement immobilier, ont réussi à tirer leur épingle du jeu avec des hausses de 4,8% et 3,8%.
La capitalisation boursière globale a également suivi cette tendance, diminuant de 1,2% par rapport à fin juin 2026, pour atteindre 1.030,6 milliards de dirhams. Sur les sept premiers mois de l’année, le volume total des transactions a chuté de 36,5% en comparaison annuelle, s’élevant à 58 milliards de dirhams, dont 86,1% ont été réalisés sur le marché central. Ce déclin des volumes est d’autant plus frappant qu’il survient après l’introduction en Bourse de T2S Group Holding, un acteur du secteur de la santé, qui a levé 1,1 milliard de dirhams, représentant 13,2% du volume des transactions du mois.
Le secteur minier, en particulier, fait face à des défis importants. La production de phosphate brut a baissé de 17,4% à fin juin 2026, et les exportations de phosphates et dérivés ont diminué de 2,3%, atteignant 45,4 milliards de dirhams. Cette contraction impacte directement l’indice sectoriel des mines, qui représente la deuxième capitalisation de la Bourse de Casablanca, évaluée à 173,6 milliards de dirhams à fin juillet. En revanche, les secteurs les plus dynamiques de l’économie, tels que le tourisme et l’automobile, ont une influence marginale sur le marché boursier, ce qui contribue à l’écart entre la performance économique et la tendance négative des indices.
La prudence des investisseurs se reflète également sur le marché de la dette souveraine. Au cours des sept premiers mois de 2026, les levées brutes du Trésor sur le marché des adjudications ont chuté de 19,3% en glissement annuel, s’établissant à 70,8 milliards de dirhams, avec une baisse marquée de la souscription sur les maturités longues, indiquant un appétit plus mesuré pour le risque à long terme dans le contexte financier actuel.
