
Services secrets : L’Allemagne ne néglige pas ses espions contre la menace russe
L’Allemagne se prépare à une transformation significative de ses services de renseignement, une décision motivée par l’évolution des menaces géopolitiques, notamment l’agression russe en Ukraine. Le Conseil des ministres a validé ce mercredi un projet de réforme ambitieux qui permettra au renseignement extérieur (BND) et au renseignement intérieur (BfV) de mener des opérations secrètes, une première dans l’histoire récente du pays, où les activités des services ont longtemps été limitées par les souvenirs des abus de la Gestapo et de la Stasi.
Le ministre de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a souligné l’importance de cette réforme en déclarant : « Nous ouvrons un nouveau chapitre pour les services de renseignement. Nous les transformons en véritables services secrets. » Bien que le projet doive encore recevoir l’aval du Parlement, son entrée en vigueur est envisagée pour l’année prochaine.
Jusqu’à présent, les services allemands se concentraient principalement sur la collecte d’informations. Grâce à cette réforme, ils auront désormais la capacité d’intervenir directement en cas de cyberattaques, en neutralisant des systèmes informatiques ou en menant des opérations de piratage pour manipuler ou supprimer des données. En outre, ils pourront, dans certaines circonstances, réaliser des actions de sabotage à l’étranger. Par exemple, le BND pourrait intervenir pour modifier des instructions de fabrication d’armements afin de les rendre inoffensifs. Cependant, il est précisé que les agents allemands ne pourront pas utiliser la violence contre des individus à l’étranger, contrairement à certains services étrangers, bien qu’ils puissent transporter des armes à des fins de légitime défense.
Cette évolution est perçue comme nécessaire par Berlin, qui se considère désormais « en plein cœur d’un conflit hybride avec la Russie, mais aussi avec d’autres acteurs », selon Marc Henrichmann, président de la commission parlementaire chargée de superviser les services de renseignement. Les autorités allemandes craignent également de se retrouver à la traîne par rapport à d’autres pays européens et souhaitent réduire leur dépendance vis-à-vis de leurs homologues étrangers. Ce « changement d’époque » annoncé après l’invasion de l’Ukraine doit également se refléter dans le domaine du renseignement.
Cependant, la réforme suscite des inquiétudes. Ses détracteurs mettent en garde contre une possible atteinte aux libertés individuelles et à la vie privée. Wolfgang Kubicki, chef des libéraux allemands, a exprimé ses réserves en accusant Dobrindt de « briser un tabou historique » en déclarant : « Je ne veux pas de police secrète en Allemagne. »
