Savoie : Une jeune femme rapatriée rejugée pour avoir rejoint Daesh.
Une « revenante », condamnée à vingt ans de réclusion criminelle par défaut en 2020, est rejugée depuis lundi par la cour d’assises spéciale de Paris. Elle a séjourné en Syrie au sein du groupe Etat islamique entre 2014 et 2016.
Une « revenante », condamnée à vingt ans de réclusion criminelle par défaut en 2020, est rejugée depuis lundi par la cour d’assises spéciale de Paris. Elle avait séjourné en Syrie au sein du groupe Etat islamique entre 2014 et 2016.
Selon le Parquet national antiterroriste, cité par Le Monde, elle est la première Française rapatriée d’une zone de djihad à être ainsi rejugée après avoir été condamnée en son absence. D’autres femmes ayant rejoint le groupe djihadiste doivent être jugées ces prochains mois à Paris.
Sans aucune éducation religieuse, Emilie K., aujourd’hui âgée de 34 ans, a expliqué à la cour qu’elle avait voulu rejoindre son mari, combattant au sein de l’EI, dont elle était follement amoureuse et avec qui elle était en couple depuis ses 16 ans. « Il savait que j’étais dépendante affective, a-t-elle détaillé. C’est lui qui avait une emprise sur moi, il aurait pu m’épargner tout ça. »
Élevée par une mère célibataire en Savoie, à Albertville, Emilie K. n’a reçu aucune éducation religieuse mais a commencé à jeûner pendant le ramadan vers l’âge de 12 ans pour imiter ses amis, a-t-elle confié aux enquêteurs. Son parcours est lié à Mohamed Tahar Tamine, qu’elle connaissait depuis plusieurs années. Enfants, ils jouaient ensemble au foot, la grande passion d’Emilie K. Ils entament une relation à 16 ans, puis se marient religieusement à 19 ans et s’installent ensemble. Mohamed Tahar Tamine commence à fréquenter une mosquée salafiste d’Albertville, devient de plus en plus radical, lui demande de porter le voile lorsqu’elle sort avec lui, et exprime le souhait de partir en Syrie. Quelques mois plus tard, il part pour rejoindre l’EI.
« Ma vie sans lui n’avait plus aucun sens, pour moi il était inenvisageable de le laisser », dit-elle à la cour. En Syrie, Emilie K. affirme n’avoir été témoin d’aucune atrocité de l’EI, et de s’être simplement occupée de son foyer.
Fin juillet 2016, son mari est tué lors de combats à Manbij. Veuve et sans enfant, elle veut partir, craignant d’être remariée. Elle fuit avec une autre femme membre de l’EI. Sur la route, Emilie K. est violée par un passeur, puis séquestrée pendant quatre ans par des combattants de l’Armée syrienne libre (ASL), qui se battaient alors contre les troupes du régime de Bachar el-Assad.
Libérée en 2020, elle est arrêtée en Turquie, passe un temps dans un centre de rétention, puis vit à Gaziantep, avant que les autorités turques ne la renvoient en centre de rétention. Condamnée par défaut à vingt ans de réclusion en 2020, elle refuse d’abord de rentrer en France par peur d’effectuer cette peine, avant d’être rapatriée en avril 2023. Placée en détention provisoire, elle est libérée sous bracelet électronique un an plus tard.
Depuis, elle a trouvé du travail dans la restauration et a même gravi les échelons de son entreprise, comme l’a raconté son employeuse, amie de sa mère, qui a expliqué avoir voulu l’aider à sa sortie de prison.
Le verdict est prévu jeudi. Elle encourt théoriquement la peine maximale de trente ans de réclusion pour « association de malfaiteurs terroriste ». « Emilie a quitté la Syrie, au péril de sa vie, en août 2016, à la seconde où son époux est décédé. Il y a longtemps qu’elle n’est plus un sujet d’inquiétude pour personne », a déclaré son avocat, Michaël Bendavid, au Monde.

