
Islande : Le pays pourrait relancer les négociations d’adhésion à l’UE
Un référendum crucial a débuté ce samedi en Islande, où les citoyens sont appelés à se prononcer sur la reprise des négociations d’adhésion à l’Union européenne. Cette consultation intervient treize ans après que le pays, alors en proie à une crise économique majeure, ait présenté sa candidature à l’UE en 2009. Les discussions avaient été suspendues en 2013, suite à l’élection d’un gouvernement eurosceptique.
Les résultats de cette consultation s’annoncent serrés, les derniers sondages indiquant un léger avantage pour le « non », avec 51,6 % des voix contre 48,4 % pour le « oui ». La ministre des Affaires étrangères, Thorgerdur Katrin Gunnarsdottir, championne du « oui », reste optimiste : « C’est très serré, mais je suis toujours optimiste. Rien n’est joué tant que ce n’est pas terminé », a-t-elle déclaré.
Les bureaux de vote, ouverts de 9 heures à 22 heures, permettront aux 273.000 électeurs islandais de s’exprimer. Les premiers résultats fiables devraient être disponibles tard dans la nuit. Ce vote ne concerne que la reprise des négociations ; si le « oui » l’emporte, un second référendum sera nécessaire pour décider de l’adhésion elle-même.
Un des principaux points de tension dans les discussions potentielles est la question de la pêche, secteur vital pour l’économie islandaise, que Reykjavik souhaite contrôler exclusivement. Bien que Bruxelles ait exprimé sa volonté de trouver des « solutions créatives », certains Islandais estiment que, compte tenu de la prospérité retrouvée du pays, il n’est pas nécessaire de négocier une adhésion alors que l’Islande fait déjà partie du marché unique via l’Espace économique européen (EEE).
Les opinions des Islandais sont partagées. Hjordis Vilhjalmsdottir, une animatrice de radio de 60 ans, compare la situation à celle d’un couple qui ne vit pas ensemble : « Si on perd quelque chose en se mariant, pourquoi se marier ? » De son côté, Elias Theodorsson, entrepreneur de 65 ans, souligne l’autonomie du pays : « Nous n’avons pas besoin que Bruxelles nous gouverne. Nous pouvons nous débrouiller seuls. » Cependant, la prospérité économique s’accompagne d’une inflation élevée, et certains ménages, confrontés à des taux d’intérêt dépassant 9 % sur leurs crédits immobiliers, espèrent qu’une adoption de l’euro pourrait alléger leur fardeau financier.
Alexandra Yr van Erven, employée d’université de 32 ans, plaide pour un mandat de négociation avec l’UE : « Je pense simplement que la chose responsable à faire est de donner à ce gouvernement le mandat de négocier un accord avec l’Union européenne pour voir quelles possibilités s’offrent à nous. Ensuite, nous pourrons juger l’accord obtenu. »
Le contexte international joue également un rôle dans ce débat. Eirikur Bergmann, professeur de science politique à l’université de Bifröst, note que les bouleversements géopolitiques, notamment le second mandat de Donald Trump, ont influencé les opinions. L’invasion de l’Ukraine par la Russie a également ravivé les préoccupations en matière de sécurité. L’Islande, sans forces armées, dépend de l’OTAN et d’un accord de défense avec les États-Unis, ce qui soulève des questions sur la validité de cet accord à l’heure actuelle.
Les résultats de ce référendum seront scrutés de près par l’Union européenne, qui n’a pas intégré de pays riches contributeurs nets au budget européen depuis 1995. Une éventuelle adhésion de l’Islande, déjà bien intégrée au marché européen, serait perçue comme un signe positif pour la politique d’élargissement de l’UE, surtout dans un contexte où d’autres candidats comme le Monténégro, l’Albanie, la Moldavie ou l’Ukraine rencontrent des parcours plus complexes. Cela pourrait également raviver le débat en Norvège, également membre de l’EEE mais réticente à rejoindre l’UE.
