Intelligence artificielle : Elon Musk porte plainte contre OpenAI.
Un tribunal fédéral californien accueille lundi la sélection du jury qui doit examiner l’affaire intentée par Elon Musk contre Sam Altman, qu’il accuse d’avoir trahi la vocation non lucrative d’OpenAI. La juge Yvonne Gonzalez Rogers doit trancher trois questions d’ici au mois de mai : OpenAI a-t-elle violé sa mission philanthropique originelle ? S’est-elle enrichie injustement au détriment de ses engagements ? Et ses liens avec Microsoft violent-ils le droit de la concurrence ?
C’est un procès qui soulève une question essentielle : qui doit contrôler l’intelligence artificielle, et à quel bénéfice ? Un tribunal fédéral de Californie a commencé lundi la sélection du jury pour examiner l’affaire que Elon Musk a intentée contre Sam Altman, un autre acteur majeur de l’IA américaine. Musk accuse Altman d’avoir trahi la mission à but non lucratif d’OpenAI – la société mère de ChatGPT – qu’ils ont cofondée.
Cette histoire débute en 2015, lorsque Sam Altman persuade Elon Musk de cofonder OpenAI, promettant un laboratoire à but non lucratif dont « la technologie appartiendrait au monde ». Elon Musk y investit 38 millions de dollars.
OpenAI valorisé 852 milliards de dollars
En septembre 2017, alors qu’Elon Musk menace de couper les financements s’il ne reçoit pas une assurance qu’OpenAI restera une organisation à but non lucratif, Altman lui répond par courriel : « Je reste enthousiaste à l’égard de la structure à but non lucratif ! » Cependant, quelques mois plus tard, OpenAI crée une filiale commerciale. En 2019, Microsoft commence à investir, portant son engagement à 13 milliards de dollars, une part aujourd’hui valorisée à environ 135 milliards.
Dix ans plus tard, OpenAI est devenu un géant commercial évalué à 852 milliards de dollars, préparant son entrée en bourse. Elon Musk, de son côté, a fini par fonder son propre laboratoire, xAI, qui vient d’être intégré à SpaceX, valorisé à 1 250 milliards de dollars, en lice pour réaliser l’introduction en bourse la plus colossal de l’histoire du capitalisme.
La juge Yvonne Gonzalez Rogers, qui a décidé que le verdict du jury serait consultatif, doit trancher trois questions d’ici mai : OpenAI a-t-elle violé son objectif philanthropique ? S’est-elle enrichie de manière injustifiée au détriment de ses engagements ? Et ses relations avec Microsoft violent-elles la loi sur la concurrence ?
Musk demande à la justice d’évincer Altman
En plus de demander le retour d’OpenAI à son statut non lucratif, ce qui freinerait son introduction en bourse, Elon Musk veut que la justice écarte Sam Altman et Greg Brockman, cofondateur et président d’OpenAI, et mette fin aux liens avec Microsoft, dont le PDG Satya Nadella est attendu comme témoin.
Musk, qui réclamait jusqu’à 134 milliards de dollars de dommages, a finalement renoncé à tout gain personnel, affirmant qu’il verserait les réparations éventuelles à la fondation OpenAI. La juge Yvonne Gonzalez Rogers, ayant des doutes sur les exigences du milliardaire, a décidé de fixer elle-même les réparations potentielles, sans consulter le jury.
Shivon Zilis, témoin clé
OpenAI soutient qu’Elon Musk était déjà conscient qu’un tournant commercial était inévitable et que la rupture n’a été causée que par son exigence de contrôle total. La société estime que cette affaire constitue une manœuvre anticoncurrentielle au profit de xAI et a déposé des contre-plaintes.
« Cette affaire a toujours été motivée par l’ego, la jalousie et le désir de ralentir un concurrent », a réitéré l’entreprise en avril. Elle souligne notamment la création discrète par Musk de xAI en mars 2023, peu avant qu’il ne propose un moratoire de six mois sur le développement de l’IA qui aurait freiné ses concurrents.
Témoin clé d’Elon Musk, Shivon Zilis, mère de quatre de ses enfants, sera auditionnée. OpenAI contestera la crédibilité de celle qui a siégé à son conseil d’administration de 2020 à 2023 tout en cachant sa relation avec Musk : par SMS, elle lui demandait en 2018 si elle devait rester « proche et amicale » d’OpenAI « pour que les informations continuent de circuler ».
Bien qu’il ait remporté une victoire symbolique en obtenant ce procès, le fondateur de SpaceX se présente affaibli. En plus de limiter le rôle du jury à un conseil, la juge a réduit le champ de ses griefs et a rejeté plusieurs demandes qui auraient pu favoriser sa position lors des délibérations.

