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Guerre en Ukraine : Gerhard Schröder, médiateur de Poutine, divise l’Europe.

Vladimir Poutine a proposé Gerhard Schröder comme candidat au dialogue avec les Européens. Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne, a déclaré que « Gerhard Schröder a été lobbyiste à haut niveau pour les entreprises publiques russes ».


Même si les perspectives de paix ne semblent pas proches, Russes et Européens discutent pour identifier un médiateur qui, le moment venu, pourrait les réunir afin de mettre un terme à la guerre qui ravage l’Est. Vladimir Poutine a récemment proposé un nom, qui ne fait pas l’unanimité chez les alliés de l’Ukraine : Gerhard Schröder. Interrogé samedi sur son choix de candidat pour relancer le dialogue avec les Européens, le président russe a indiqué qu’il préférait « personnellement » l’ancien chancelier allemand.

Il est difficile pour l’Union européenne d’adhérer à cette suggestion. « Gerhard Schröder a été lobbyiste à haut niveau pour les entreprises publiques russes, donc on voit clairement pourquoi Poutine veut que ce soit lui », a déclaré la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, depuis Bruxelles. Juste après avoir quitté ses deux mandats de chancelier (1998-2005), Schröder avait été nommé président du conseil de surveillance de Nord Stream AG, une infrastructure destinée à permettre à l’Allemagne de réduire sa dépendance au nucléaire et au charbon, en optant pour du gaz naturel « à des prix raisonnables » en provenance de Russie.

Schröder a surtout été un soutien fidèle du président russe au cours des deux dernières décennies. Son refus de condamner l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 lui a valu des critiques au sein du SPD, le parti minoritaire de la coalition dirigée par le chancelier allemand Friedrich Merz. « C’est un ami de Vladimir Poutine, pas du premier cercle, mais du deuxième cercle », confirme Carole Grimaud, chargée de cours à l’université de Montpellier, spécialisée dans la perception des informations liées à la Russie.

« À l’époque, l’Allemagne poursuivait une sorte d’Ost-politik (politique orientée vers l’Est) initiée par Helmut Kohl à la fin des années 1960. Une large part de la sphère économique a ensuite ignoré le danger en raison des intérêts en jeu. Schröder symbolise le passé, une période naïve de l’Allemagne que les Allemands ne souhaitent plus revivre. Il a également fait partie du conseil d’administration des plus grandes entreprises énergétiques russes, telles que Gazprom et Rosneft… On l’accuse de conflit d’intérêts », ajoute la chercheuse.

« Il ne serait pas très sage de donner à la Russie le droit de désigner un négociateur en notre nom », a de toute façon tranché Kaja Kallas. Selon Carole Grimaud, « Poutine n’a plus d’alliés de haut rang en Europe », au point de devoir ressortir un nom qui a perdu toute crédibilité depuis longtemps aux yeux des Européens.