Etats-Unis : Kevin Warsh à la tête de la Fed, défis à relever
Kevin Warsh a été confirmé ce mercredi à la présidence de la Réserve fédérale américaine (Fed) et devra convaincre qu’il peut préserver l’indépendance de la banque centrale malgré les attentes de Donald Trump en faveur d’une baisse des taux d’intérêt. Jerome Powell, bien qu’ayant quitté la présidence, a indiqué qu’il conserverait son siège au conseil des gouverneurs jusqu’en janvier 2028.
Confirmé ce mercredi à la présidence de la Réserve fédérale américaine (Fed), Kevin Warsh prend la tête d’une institution divisée, confrontée à une inflation persistante et à des tensions politiques croissantes concernant la politique monétaire américaine. Ancien gouverneur de la Fed entre 2006 et 2011, il devra rapidement démontrer sa capacité à préserver l’indépendance de la banque centrale, face aux attentes exprimées par Donald Trump en faveur d’une baisse des taux d’intérêt.
Lors de son audition devant le Sénat le mois dernier, Kevin Warsh s’est présenté comme un « acteur indépendant ». Il a également déclaré que Donald Trump ne lui avait pas demandé de réduire les taux directeurs et qu’il ne s’y serait « jamais » engagé. Cependant, cette proximité présumée avec la Maison-Blanche soulève des inquiétudes parmi certains responsables politiques et économiques. Selon David Wessel, chercheur à la Brookings Institution, le nouveau président de la Fed « va devoir gagner la confiance en arrivant avec un handicap que ses prédécesseurs n’avaient pas ».
D’importantes divergences sur les taux d’intérêt
Kevin Warsh devra aussi naviguer dans un comité de politique monétaire (FOMC) qui n’est pas uni. Ce comité, chargé de déterminer les taux d’intérêt, n’a plus fait preuve d’unanimité depuis plusieurs mois. Kathryn Judge, professeure de droit à l’Université Columbia, rappelle que « sur le papier, le président n’a toujours été qu’une voix parmi les douze du FOMC et une voix parmi les sept du Conseil ». Elle souligne toutefois que l’influence du président de la Fed a historiquement dépassé ce cadre institutionnel, sans garantie que cela perdure.
Les divisions internes sont déjà visibles concernant les taux d’intérêt. Selon David Wessel, plusieurs responsables régionaux de la Fed ont récemment déclaré qu’ils excluaient une diminution rapide du coût du crédit. L’inflation, qui dépasse l’objectif de 2 % depuis plus de cinq ans, continue d’inquiéter les banquiers centraux, notamment en raison des tensions au Moyen-Orient. Mark Zandi, économiste en chef de Moody’s, souligne que « le problème de Warsh, c’est qu’il voudrait baisser les taux mais que l’économie ne lui permettra pas de le faire ».
Jerome Powell toujours présent au sein de l’institution
Un autre élément inhabituel pour le nouveau président de la Fed est la présence de Jerome Powell au sein du conseil des gouverneurs. Bien qu’il ait quitté la présidence, ce dernier a annoncé qu’il conserverait son siège jusqu’en janvier 2028 face aux pressions politico-judiciaires dont il dit faire l’objet. Il a en outre promis de « faire profil bas ». Donald Trump, qui l’avait nommé lors de son premier mandat, n’a jamais caché ses critiques à son égard, allant jusqu’à publier un photomontage où Jerome Powell tombe dans une benne à ordures.
Pour certains observateurs, la relation entre Kevin Warsh et Donald Trump pourrait devenir un facteur de tension majeur. David Wessel thinks that “ce sera probablement le plus grand défi de M. Warsh”, estimant que le président américain « ne respecte pas l’indépendance de la Fed et souhaite une baisse des taux d’intérêt ». Mark Zandi évoque néanmoins que le maintien de Jerome Powell à la Fed pourrait indirectement protéger son successeur, pensant que « Powell pourra passer pour le méchant » si les taux ne baissent pas dans les mois à venir.

