
Elections et Syrie : les causes de l’escalade Israël-Turquie décryptées
Les relations entre Israël et la Turquie, autrefois marquées par une coopération étroite, sont désormais en proie à des tensions croissantes. Depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 et le début de la guerre à Gaza, le président turc Recep Tayyip Erdoğan s’est montré particulièrement critique à l’égard de l’État hébreu, exacerbant ainsi les frictions entre les deux nations.
Les critiques d’Erdoğan à l’encontre de l’offensive israélienne à Gaza ont été sévères, et la situation s’est aggravée suite à l’interception par Israël d’une flottille turque tentant d’acheminer de l’aide humanitaire vers Gaza. Actuellement, la Syrie émerge comme un nouveau point de tension, Erdoğan soutenant les autorités syriennes tout en participant à la reconstruction et à la formation de leurs forces armées. De son côté, Israël s’efforce d’empêcher l’établissement de forces militaires hostiles sur son voisinage.
Les États-Unis, soucieux de stabiliser la situation, tentent d’intervenir pour éviter une escalade militaire entre Israël, la Turquie et la Syrie. Cependant, les événements récents, notamment le bombardement d’un aéroport militaire désaffecté en Syrie par des avions israéliens, compliquent davantage les relations. Ce bombardement est survenu après la visite d’une délégation turque, ce qui a conduit Ankara à condamner les frappes et à démentir les accusations israéliennes selon lesquelles une délégation militaire turque aurait été présente sur place.
La Turquie a affirmé son intention de protéger « résolument » l’intégrité et la souveraineté de la Syrie, qualifiant les attaques israéliennes de menaces à la stabilité du pays. Dans le contexte de la campagne électorale difficile du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, ce dernier a également intensifié ses critiques à l’égard de la Turquie, accusant Erdoğan de mener des « aventures dangereuses » en Syrie. Dans sa campagne, Netanyahou a mis en avant des images de dirigeants, y compris Erdoğan, en insinuant qu’ils souhaitaient sa défaite.
Contrairement à d’autres pays en conflit avec Israël, la Turquie bénéficie de soutiens significatifs, notamment en tant que membre de l’OTAN et grâce à ses relations avec les États-Unis, qui ont condamné les frappes israéliennes. Il est important de noter que la Turquie a été le premier pays musulman à reconnaître Israël et entretient encore des relations commerciales avec lui, bien qu’Ankara ait exprimé son souhait de les revoir à la lumière des événements récents.
Les tensions entre Israël et la Turquie suscitent des débats au sein même de la société israélienne. Des voix s’élèvent tant à gauche qu’à droite pour dénoncer les actions militaires israéliennes en Syrie. Yaïr Golan, leader de l’opposition de centre-gauche, a qualifié l’attaque de « provocante et dangereuse », mettant en garde contre les risques d’une confrontation avec la Turquie. De son côté, Naftali Bennett, ancien Premier ministre, a critiqué Netanyahou pour sa focalisation sur l’Iran au détriment de la menace turque.
Historiquement, les intérêts turcs en Syrie ont été de contrer le séparatisme kurde. Aujourd’hui, Ankara cherche à relancer l’économie syrienne pour faciliter le retour des réfugiés, tout en tentant de se forger des alliances régionales solides face aux tensions en Méditerranée orientale. Pour la Syrie, le défi réside dans la nécessité de reprendre le contrôle de sa souveraineté, en exploitant la rivalité entre Israël et la Turquie, comme l’indiquent des chercheurs et analystes de la région.
