
Ceuta : Afflux de migrants, morts et tensions avec l’Italie.
Ce n’était pas arrivé depuis 2021. Plusieurs centaines de migrants ont continué de converger vers l’enclave espagnole de Ceuta, ce jeudi, dans le nord du Maroc, après plusieurs jours d’arrivées qui ont déjà conduit plus de 1.500 personnes à franchir illégalement la frontière. Les autorités espagnoles ont annoncé un renforcement de leur dispositif de sécurité, tandis que les réactions politiques se multiplient en Espagne et en Italie.
Que s’est-il passé exactement dans l’enclave de Ceuta ? Plusieurs centaines de personnes, principalement des hommes et des adolescents, sont entrées jeudi à Ceuta. Elles s’ajoutent aux plus de 1.500 migrants arrivés « ces derniers jours », selon les autorités régionales. Il s’agit du plus important afflux depuis 2021, lorsque plus de 10.000 personnes avaient rejoint l’enclave en deux jours.
Dans le nord du Maroc, à une quinzaine de kilomètres de Fnideq, des véhicules transportant de nombreux jeunes, dont des mineurs, se dirigeaient vers la frontière. D’autres migrants poursuivaient leur route à pied en empruntant des chemins secondaires pour contourner les barrages de la gendarmerie. L’un d’eux a expliqué avoir pris la route après « avoir entendu que la frontière avait été ouverte au poste-frontière de Bab Sebta ».
Neuf morts et un renforcement du dispositif espagnol. Selon les informations disponibles, neuf migrants sont morts en tentant de rejoindre Ceuta à la nage. Les centres d’accueil de l’enclave sont désormais sous forte pression. Le président de la ville autonome, Juan Vivas, a indiqué que plus de 1.500 personnes étaient arrivées « ces derniers jours », à un rythme d’environ « 200 personnes par jour », évoquant une urgence « absolue » dans des structures « débordées et saturées ».
Face à cette situation, le gouvernement espagnol a annoncé le déploiement de soldats pour renforcer la sécurité de Ceuta. La Garde civile sera appuyée par 70 agents supplémentaires, en plus des 80 déjà présents, tandis que des plongeurs et des navires des garde-côtes seront également mobilisés. Le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, doit se rendre à Ceuta vendredi pour suivre l’évolution de la situation. Il a également salué la « coopération exemplaire » avec le Maroc et annoncé que les deux pays mettraient en œuvre « des mesures pour le transfert » vers le Maroc « dès que possible, de toutes les personnes qui sont entrées illégalement à Ceuta ».
L’afflux de migrants a rapidement suscité des réactions politiques. La cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, a dénoncé des « images choquantes » venues de Ceuta et s’est dite favorable à une suspension de l’Espagne de l’espace Schengen, après une déclaration similaire du ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani.
Madrid a répliqué par la voix du ministre des Affaires étrangères, José Luis Albares, qui a jugé ce message « inapproprié » de la part « d’un pays partenaire et ami dont nous attendons une solidarité européenne et non une démagogie partisane ». L’ambassadeur d’Italie en Espagne a été convoqué. En Espagne, le chef du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, a de son côté dénoncé « une situation désespérée » et « une crise de sécurité nationale ». Les autorités marocaines n’avaient pas réagi dans l’immédiat.
