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Affaire Lyhanna : L’Espagne ne cesse pas d’être pionnière contre les violences aux enfants.

Lundi, plus de 60.000 manifestants ont crié leur colère partout en France contre les dysfonctionnements dans l’affaire de Lyhanna, et des plaintes ont été déposées contre l’inaction de l’Etat. Le texte de la loi de « protection intégrale des enfants et des adolescents contre la violence » (LOVIPI), votée en 2021, propose une approche « holistique » contre toutes les formes de violences contre les mineurs.


La pression augmente après le décès de Lyhanna, âgée de 11 ans. Lundi, plus de 60 000 manifestants se sont rassemblés dans toute la France pour exprimer leur mécontentement face aux dysfonctionnements entourant cette affaire, et des plaintes ont été déposées contre l’inaction de l’État. Au niveau du Parlement, plus de cent députés, incluant la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, ont demandé l’ajout à l’agenda d’une proposition de loi « intégrale » pour aborder de manière exhaustive la question des violences sexistes et sexuelles. Un texte en ce sens avait déjà été soumis en novembre 2025 par la députée PS Céline Thiébault-Martinez.

En Espagne, cependant, cette approche « intégrale » est déjà mise en œuvre, et le pays se distingue par son avance sur cette problématique. Dès 1996, Madrid a modifié son Code civil pour mieux protéger juridiquement les mineurs. Cependant, le véritable tournant intervient en 2004 avec l’adoption de la loi « de protection intégrale contre les violences conjugales », comme le souligne Carole Viñals, maîtresse de conférences et spécialiste de l’Espagne contemporaine, interrogée par *20 Minutes*.

« C’est une loi pionnière qui a posé la question de la violence genrée, explique-t-elle. Ce qui est important, c’est que les enfants sont vraiment pris en compte ». Ce texte permet notamment d’établir des juridictions spécialisées, tant au civil qu’au pénal, en cas de violences, afin de « mettre plus rapidement les femmes et les enfants à l’abri », précise la spécialiste. En outre, il est le premier à proposer une approche « globale » d’un problème systémique.

D’autres dispositions suivront, notamment en 2015, avec la consécration de « l’intérêt supérieur de l’enfant », jusqu’à la loi de « protection intégrale des enfants et des adolescents contre la violence » (LOVIPI) adoptée en 2021. Ce texte est également connu sous le nom de « Loi Rhodes », du nom du pianiste classique britannique James Rhodes, qui vit en Espagne et a témoigné des abus sexuels subis durant sa jeunesse.

Structurée en soixante articles, la loi propose une approche « holistique », précise le gouvernement espagnol, contre toutes les formes de violences, qu’elles soient physiques, psychologiques, émotionnelles, sexistes ou sexuelles, exercées sur les mineurs. Cette législation modifie plusieurs lois existantes et englobe tous les secteurs, de l’école à la famille, en passant par les services sociaux, les tribunaux, Internet et les clubs sportifs.

La loi établit également une « obligation générale » pour tous les citoyens, mais particulièrement pour les personnes travaillant avec des enfants, de signaler les cas de violences. Selon un sondage de l’association Save the Children réalisé en 2020, un quart des mineurs de moins de 17 ans ont subi des violences familiales en Espagne, et un cas d’abus sexuel sur mineur est signalé toutes les trois heures.

Plus largement, tous les services de l’État espagnol sont tenus d’élaborer une stratégie pour « l’éradication de la violence à l’égard des enfants et des adolescents », avec plusieurs axes : prévention, sensibilisation, détection, accueil de la parole et réparation. En détails, la loi prévoit que les forces de l’ordre soient spécifiquement formées à ces affaires et possèdent des unités spécialisées à l’échelle étatique, régionale ou locale. De plus, le texte allonge le délai de prescription pour les crimes commis contre les mineurs.

Le gouvernement socialiste espagnol souhaite aller encore plus loin. Le 30 septembre 2025, il a approuvé un avant-projet de loi contre la violence vicariante, c’est-à-dire les violences exercées sur un tiers, en particulier les enfants, pour atteindre sa compagne ou ex-compagne. Depuis le début des statistiques sur ce sujet en 2013, 65 enfants ont été assassinés en Espagne dans ce cadre. Un infanticide commis en 2021 avait particulièrement choqué l’opinion : un homme avait tué ses deux filles pour « infliger à son ancienne compagne la plus grande douleur qu’il pouvait imaginer », selon la justice espagnole.