
Un adulte infiltre Xooloo, la messagerie visant à protéger les enfants.
Une fillette de 10 ans a récemment partagé son expérience inquiétante après avoir été contactée par un individu suspect sur Xooloo Messenger, une application française destinée aux enfants. En rendant son téléphone à sa mère, elle a déclaré : « Quelqu’un m’a beaucoup parlé. » Ce témoignage met en lumière les dangers auxquels les jeunes utilisateurs peuvent être confrontés, alors que le pédocriminel présumé aurait envoyé des images à caractère sexuel et incité la jeune fille à réaliser des gestes intimes, tout en obtenant une photo de son visage.
Cette situation alarmante a suscité des réactions au plus haut niveau de l’État. Sarah El Hairy, la secrétaire d’État chargée de l’Enfance, a exprimé ses préoccupations dans un communiqué, dénonçant les agissements de prédateurs qui « mentent, usurpent des identités, contournent les dispositifs de sécurité ». Elle a insisté sur la nécessité de garantir que les espaces supposés être sécurisés pour les enfants le soient véritablement.
Xooloo, co-fondée par Aurore et Grégory Véret, se présente comme une alternative aux grands réseaux sociaux, avec une messagerie fermée, une information des parents sur chaque nouvelle relation, et une conservation intégrale des échanges. Actuellement, l’application revendique un million d’utilisateurs actifs par mois. Toutefois, la question se pose : comment un adulte a-t-il pu accéder à une plateforme où les enfants ne devraient être joignables que par un « code ami » ? Les fonctionnalités de « classes » et de relations communes pourraient avoir servi de point d’entrée pour l’intrus.
Grégory Véret, contacté par 20 Minutes, a défendu l’approche de Xooloo, soulignant la présence d’enfants mal accompagnés en ligne, exposés à des contenus inappropriés et à des individus malintentionnés. Il a expliqué : « On trouvait que l’état des lieux mauvais. C’est une situation hypocrite et pas saine. […] Comment on peut répondre à un besoin numérique de l’enfant de communiquer tout en le protégeant ? » Il a mis en avant l’absence de publicité et de modèle économique basé sur les données, ainsi qu’un fonctionnement qui conserve une trace intégrale des échanges : « Rien ne peut être effacé. »
La rapidité de la réaction face à l’incident a permis à la police d’identifier le suspect et de qualifier l’infraction en moins d’une heure après le signalement. Ce dernier a été mis en examen pour corruption de mineur, sollicitation pour diffusion d’image et incitation à un acte sexuel par communication électronique, selon Le Progrès.
Grégory Véret a exprimé des regrets concernant cet incident, tout en soulignant que les dispositifs de secours avaient été activés. Il a précisé que Xooloo avait révisé les règles entourant les classes, bien qu’il n’ait pas pu entrer dans les détails pour ne pas compromettre le système. D’autres mesures ont été mises en place, telles que la possibilité pour les parents de suggérer des contacts de confiance ou de réinitialiser un code ami en cas de fuite.
Cette affaire soulève des inquiétudes, notamment sur la circulation potentielle des identifiants au-delà du cercle prévu par l’application, y compris sur des plateformes de jeux comme Roblox, où des pédocriminels sont connus pour établir un premier contact avant de diriger les enfants vers des messageries privées, plus difficiles à surveiller.
Le contexte est d’autant plus délicat que le Conseil constitutionnel a récemment censuré un article de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, le jugeant disproportionné. Sébastien Lecornu travaille sur un nouveau texte. Dans ce climat, Grégory Véret défend l’importance des applications de messagerie sécurisées pour les jeunes. Il a déclaré : « Nous, on croit que les nouvelles technologies peuvent aussi être une opportunité pour les enfants, s’ils sont protégés et qu’ils peuvent maîtriser l’outil, et ne pas être maîtrisés. »
