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Ni Hubble, ni Webb : le télescope Roman traque matière noire et exoplanètes

La NASA annonce que son télescope Nancy Grace Roman décollera début septembre 2026, avec huit mois d’avance sur le calendrier. Le télescope a un budget de 4,3 milliards de dollars et son instrument grand champ embarque 18 détecteurs pour environ 300 mégapixels au total.


**La NASA annonce que son télescope Nancy Grace Roman décollera début septembre 2026, soit huit mois avant la date prévue. Ce nouvel observatoire, d’un coût de 4,3 milliards de dollars, est conçu pour étudier la matière noire et les exoplanètes, sans remplacer Hubble.**

Vous connaissez ces moments où l’on visionne une photo de la Voie lactée sur Instagram et où l’on se dit que l’univers sait vraiment en faire des tonnes ? Les astronomes font face à un problème inverse : ils peuvent observer très peu de ciel simultanément.

Bien que Hubble soit impressionnant, son champ d’observation est limité. Pour comprendre pourquoi l’univers s’étend sans qu’on sache qui tire sur la couverture, il faudrait une vue d’ensemble, très large. C’est exactement le but du télescope Nancy Grace Roman.

Roman est le nouveau grand observatoire infrarouge de la NASA, construit au Goddard Space Flight Center et prêt à être lancé. Le lancement est prévu pour le début de septembre 2026 à bord d’une Falcon Heavy de SpaceX, huit mois avant l’échéance officielle de mai 2027.

Le budget est maintenu à 4,3 milliards de dollars, ce qui est presque une anomalie pour un projet de la NASA. Le miroir principal mesure 2,4 mètres, identique à celui de Hubble, car issu du même stock : un satellite espion déclassifié, remis en 2012 par le National Reconnaissance Office. Sa destination finale est le point de Lagrange L2, situé à 1,5 million de kilomètres de la Terre, où James Webb opère déjà.

**Pas un successeur de Hubble, une autre machine**

Il a été souvent écrit que Roman était « le successeur de Hubble ». C’est incorrect et mérite d’être précisé. Hubble continue de fonctionner, James Webb occupe déjà le créneau de l’observation profonde en infrarouge, et Roman a un rôle différent : il offre une vue large.

Son instrument à grand champ embarque 18 détecteurs pour un total d’environ 300 mégapixels, avec un angle de vue de 100 à 200 fois plus étendu que la caméra infrarouge de Hubble. En termes pratiques, ce que Hubble mettrait deux mille ans à couvrir, Roman le réalise en un an. L’objectif n’est pas de remplacer, mais de complémenter, en établissant des cartes cosmiques que les deux autres télescopes ne peuvent pas produire.

Le second instrument, un coronographe, bloque la lumière des étoiles pour photographier directement les planètes en orbite autour d’elles.

Il s’agit d’une première pour ce type d’optique active embarquée, et surtout d’un banc d’essai pour le futur Habitable Worlds Observatory, prévu pour les années 2040. En termes de données, la NASA promet 1,4 téraoctet d’informations transmises chaque jour, soit l’équivalent de ce que Hubble envoie en trois mois.

Un programme de microlentilles gravitationnelles devrait permettre de découvrir plus de 100 000 nouveaux corps célestes en cinq ans, dont des dizaines de milliers d’exoplanètes. Les réserves de carburant offrent une marge d’une dizaine d’années pour la mission.

Qui sera impacté par cela ? Tout d’abord, les cosmologistes se débattant avec les mystères de la matière noire et de l’énergie sombre, représentant 95 % de l’univers, dont on ne voit rien mais que l’on devine. Ensuite, les chercheurs d’exoplanètes, qui passeront de 6 000 mondes connus à beaucoup plus. En revanche, le grand public ne devrait pas voir les premières images avant la fin de 2026, le temps nécessaire à la mise en service et à la calibration.

Il est également important de noter que l’administration Trump a tenté à plusieurs reprises, en 2025 et 2026, d’annuler complètement le programme. Roman a survécu car il était déjà construit, mais le budget science 2027 de la NASA envisage des coupes de 47 %, menaçant une cinquantaine d’autres missions.

Roman est le type de mission qui pourrait ne pas être reproduite avant longtemps. Ce télescope enverra 1,4 téraoctet de données chaque jour, avec des images d’environ 300 mégapixels.