Manger devant son smartphone : révélations scientifiques sur l’impact.
Manger en consultant son smartphone peut entraîner une augmentation d’environ 15 % des calories ingérées, avec un penchant pour les lipides. Une étude de l’université Kyoto Notre Dame a identifié, dès 2016, une prise de poids plus marquée chez les étudiantes japonaises de 18 à 20 ans qui utilisaient leur smartphone pendant les repas.

Le smartphone posé contre la salière, l’écran allumé pendant que l’on mange : cette scène est si courante qu’elle passe inaperçue. Depuis une dizaine d’années, plusieurs équipes de chercheurs, du Brésil au Japon, ont étudié cette habitude. Leurs résultats évoquent moins un drame qu’un sabotage insidieux : le cerveau mémorise mal le repas, et la sensation de satiété diminue.
Ce processus est désigné par le terme d’alimentation inconsciente, ou mindless eating dans la littérature anglo-saxonne. Lorsque l’attention est détournée, le cerveau ne parvient plus à enregistrer correctement la texture, le goût et la quantité des aliments ingérés. Cette mémoire épisodique du repas permet de réaliser, plus tard, que l’on a réellement mangé. En l’absence de souvenirs précis, il est plus facile de se resservir ou de grignoter davantage lors du prochain repas.
+15 % de calories en labo, surtout du gras
L’étude la plus souvent citée provient de l’université fédérale de Lavras, au Brésil. Publiée en 2019 dans la revue Physiology & Behavior, elle a observé 62 jeunes adultes mangeant dans trois situations : sans distraction, avec un smartphone en main, ou en lisant un texte imprimé. Le constat : 535 kcal en moyenne sans distraction, 591 kcal avec un smartphone, 622 kcal avec un magazine. Cela représente environ 15 % de calories supplémentaires dès qu’une distraction est présente, avec une augmentation notable des lipides.
Un aspect primordial à noter : l’écart n’est pas significatif entre le smartphone et la lecture. Ce n’est donc pas l’objet en lui-même qui compromet le repas, mais plutôt l’attention qui s’en échappe.
Des chiffres plus extrêmes circulent parfois, évoquant jusqu’à 30 % de calories supplémentaires : cela résulte de la combinaison de plusieurs facteurs aggravants, et non d’une étude isolée. La revue publiée dans Frontiers in Psychology en 2020 confirme ce mécanisme général chez les jeunes adultes : distraction = mémoire alimentaire altérée = ingestion accrue.
Et dans la vraie vie ?
Sur le long terme, les conclusions suivent la même ligne. Les travaux de Fujiwara et Nakata, menés à l’université Kyoto Notre Dame, ont identifié dès 2016 une prise de poids plus importante chez les étudiantes japonaises de 18 à 20 ans qui consultaient leur smartphone lors des repas. Chez les adolescents, l’usage multitâche du téléphone à table est corrélé à une consommation accrue de boissons sucrées et à un IMC supérieur. Le profil nutritionnel ne se limite pas à s’alourdir : il se dégrade également.
Cependant, il ne faut pas tirer de conclusions hâtives. Une étude publiée en 2021 dans la revue Appetite a suivi 138 participants pendant trois jours en milieu réel, croisant les données de l’application MyFitnessPal et leur temps d’écran. Résultat : aucune corrélation significative n’a été trouvée entre l’usage du smartphone et les calories réellement ingérées. Les résultats de laboratoire suggèrent un effet, mais cela se perd dans le quotidien. La méthode utilisée a un impact significatif, et un verdict définitif sur l’ampleur du phénomène nécessite encore des études réalisées dans des conditions naturelles plus larges.
Il est inutile de diaboliser le smartphone : un livre ouvert ou la télévision allumée ont à peu près le même effet dans un contexte de laboratoire, et la vie réelle se montre bien plus clémente.
Le véritable levier réside dans la mémoire alimentaire : il est essentiel de permettre au cerveau le temps nécessaire pour enregistrer ce qu’il consomme.
Déposer le téléphone sur la table ne fera pas disparaître les kilos, mais le grignotage qui suit le repas n’est pas anodin : c’est la conséquence d’un cerveau mal informé.

