
Lunettes connectées : Ce que l’on peut filmer et photographier.
On les remarque de plus en plus sur de nombreux visages. Semblables à des lunettes de vue, de soleil ou de sport classiques, leurs branches intègrent de petites caméras presque invisibles à l’œil nu. Ray-Ban Meta, Oakley ou Samsung… Les lunettes connectées permettent d’accéder à l’intelligence artificielle pour obtenir des informations : cette technologie identifie ce que l’on regarde et fournit des renseignements.
Cependant, ces lunettes servent également à photographier et à filmer en déclenchant une prise de vue d’un simple mouvement de l’index. Envie de jouer les espions ? Attention, filmer n’est pas (toujours) un jeu !
Le dernier gadget high-tech à la mode suscite autant de curiosité que d’inquiétude. D’un côté, les promesses des lunettes connectées, comme les Ray-Ban Meta (les plus connues), sont enthousiasmantes à bien des égards. Avoir à tout moment accès à des informations directement sur un écran intégré – si elles en sont équipées – ou en audio, en réponse à une question posée, élargit considérablement le champ des possibles. Même si cette fonction d’intelligence artificielle reste encore perfectible, on peut imaginer que la technologie continuera d’évoluer.
Pouvoir photographier ou filmer sa famille, un événement ou un spectacle sans avoir à sortir son smartphone de sa poche fait également partie des usages prometteurs.
Cependant, cette fonctionnalité soulève également des préoccupations : tout utilisateur de ces lunettes peut facilement réaliser des enregistrements sans que les personnes présentes ne s’en aperçoivent. En effet, même si un petit voyant rouge s’allume sur la monture lorsqu’elles filment, il n’est pas certain que cela soit visible. De plus, une personne malintentionnée peut facilement dissimuler ce voyant.
Ainsi, selon une enquête publiée en mai 2026 par la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés), 67 % des personnes interrogées estiment que ces lunettes représentent un risque pour la vie privée. Pire encore, 9 Français sur 10 trouveraient dérangeant d’être photographiés ou filmés avec des lunettes connectées. Ce sentiment est particulièrement marqué chez les femmes (65 %) et chez celles de 50 ans et plus (67 %) !
En France, les lunettes connectées sont considérées comme des smartphones. Leur utilisation est, en principe, soumise au RGPD et à la loi Informatique et Libertés. Ainsi, un utilisateur de lunettes connectées doit informer et obtenir le consentement de toute personne qu’il souhaite filmer ou photographier afin que cette captation ne se fasse pas à son insu. Parmi les bonnes pratiques recommandées, la CNIL invite également les propriétaires de lunettes « intelligentes » à ne pas filmer dans des lieux où « les gens ne s’attendent pas à être captés, notamment dans des espaces intimes ou sensibles », tels que les vestiaires ou les toilettes.
Cela peut sembler évident pour la majorité, mais on peut imaginer que certains individus malintentionnés n’ont pas attendu pour tenter l’expérience. Certaines piscines envisagent actuellement d’interdire ces lunettes dans leurs locaux. Par ailleurs, l’État de New York a interdit leur usage dans 1 240 tribunaux. De nombreuses universités les bannissent également dans leurs centres d’examen.
En tant qu’utilisateur de lunettes connectées, il est également conseillé de ne pas les porter sur son lieu de travail, où elles peuvent soulever des questions de confidentialité. Toutefois, filmer dans des lieux publics reste possible, tant que cela se fait dans un cadre strictement personnel, sans cibler une ou plusieurs personnes en particulier. Filmer est une chose, partager ses enregistrements en est une autre.
Il est donc important de rappeler que toute diffusion d’images ou de vidéos sans le consentement des personnes identifiables est passible de sanctions. Cela constitue une atteinte au droit à l’image. L’article 226-1 du Code pénal punit notamment d’un an d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende « le fait de porter atteinte à l’intimité de la vie privée d’autrui en fixant, enregistrant ou transmettant, sans le consentement de celle-ci, l’image d’une personne se trouvant dans un lieu privé ». En somme, avant d’appuyer sur le déclencheur, il est impératif de bien réfléchir.
* Réalisée sur le terrain par Toluna/Harris Interactive du 22 au 29 janvier 2026 sur un échantillon de 2 128 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus.
