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Le « moment Yaris » : la Chine ne copie pas Toyota pour l’Europe avec ses voitures électriques bon marché.

Les marques chinoises comme BYD, MG ou Chery ont modifié leur stratégie en concevant des citadines électriques adaptées au marché européen. Selon Stella Li de BYD, le format compact représente plus de 40 % des ventes dans le sud de l’Europe, un segment quasiment inexistant en Chine.

L’industrie automobile chinoise a récemment modifié sa stratégie pour s’imposer sur le marché européen. Fini les SUV massifs, les fabricants se concentrent désormais sur des citadines électriques adaptées aux exigences locales. Toutefois, avoir le bon format ne garantit pas un succès immédiat en Europe.
BYD Dolphin Surf // Source : Jean-Baptiste Passieux – Frandroid

Pendant des années, des véhicules imposants, équipés de batteries, ont été exportés depuis la Chine, mais souvent inadaptés aux attentes des conducteurs français.

Aujourd’hui, des marques chinoises telles que BYD, MG ou Chery révisent leur approche. Elles comprennent désormais la nécessité de concevoir de véritables voitures compactes. Ce changement est qualifié de « moment Yaris », en référence au succès de Toyota avec sa petite citadine à la fin des années 90 en Europe.

En témoigne le succès de la Yaris Cross, désormais la voiture la plus produite en France, surpassant les Peugeot 3008 et 308.

Le « moment Yaris » des Chinois ?

Pourquoi ce tournant ? Car le marché intérieur chinois commence à saturer rapidement. La concurrence est devenue extrêmement intense sur les prix. L’exportation n’est plus seulement un moyen de croissance, mais une question de survie pour ces entreprises.

En Europe, ces marques peuvent commercialiser leurs véhicules à des prix supérieurs tout en demeurant plus compétitifs que les fabricants nationaux. C’est particulièrement vrai pour BYD, dont les marges en Europe sont plus élevées qu’en Chine.

Lors de ma visite au dernier salon de Pékin en avril, j’ai été frappé par cette évolution. Bien qu’il y ait encore de nombreux SUV, les fabricants ont présenté plusieurs voitures électriques destinées à nos routes. J’ai pu découvrir les Firefly de Nio, la BYD Dolphin Mini, la Smart #2 et la GAC Aion UT.

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Parts de marché des constructeurs chinois en Europe

Nous avons également examiné cette offensive sur les berlines compactes dans nos articles. L’élan semble clairement favorable aux marques chinoises. Au Royaume-Uni, leur part de marché a doublé au premier trimestre, atteignant 14,2 %. Sur le marché européen global, elles sont passées de 3,5 % en 2024 à près de 6 % en 2025, selon le cabinet Inovev.

Des citadines ultra-ciblées

Pour séduire l’automobiliste européen, ces marques optent pour des berlines à hayon. Jozef Kaban, le directeur du design de MG, l’affirme clairement à l’agence Reuters : les Européens « n’aiment pas les voitures énormes ». La marque développe d’ailleurs activement une petite MG2 très attendue, proposée à moins de 20 000 euros, pour rivaliser avec la Renault Twingo E-Tech.

De son côté, BYD prévoit de lancer la Dolphin G spécifiquement pour le marché européen dès le mois de juin. Ce modèle hybride rechargeable, qui n’est pas proposé en Chine, se positionnera entre la Dolphin Surf (segment A) et la Dolphin (segment C).

Pour situer les choses, la Dolphin Surf représente la version européenne de la BYD Seagull. Élargie de vingt centimètres pour répondre aux normes européennes, elle mesure 3,99 m, commence à 19 990 € en France et est proposée avec deux batteries LFP (30 ou 43,2 kWh) offrant une autonomie WLTP de 220 à 322 km.

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MG4 EV (2026) // Source : TheGoodClick pour MG Motor

Les premières livraisons ont eu lieu à partir de juin 2025. C’est ce modèle qui rivalise directement avec les Renault 5 E-Tech, Citroën ë-C3 et Fiat Grande Panda, et non la Dolphin G, qui sera un hybride rechargeable et arrivera plus tard.

Stella Li, la responsable de BYD, confirme que le format compact représente plus de 40 % des ventes dans le sud de l’Europe. Un segment quasiment inexistant en Chine. « Si nous n’avons pas la bonne voiture dans ce segment, nous perdons », admet-elle. L’objectif est clair : perturber la position dominante de la Peugeot e-208 et de la Citroën ë-C3.

Un succès gagné d’avance ?

Toutefois, proposer la bonne fiche technique ne garantit pas le succès. Établir un réseau de distribution efficace et un service après-vente fiable requiert un temps considérable. De plus, il y a un manque de notoriété à surmonter.

À titre d’exemple, la Firefly, filiale de Nio, apparaît comme une option attrayante face à la Renault 5 E-Tech ou la future Volkswagen ID. Polo. Cependant, elle rencontre actuellement des difficultés sur le marché européen, avec des ventes très faibles. La marque a dû multiplier les réductions pour tenter de relancer ses ventes. Une situation préoccupante.

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Nio Firefly

Face à ces nouvelles marques, les constructeurs traditionnels intensifient leur attaque sur les prix. Proposer une citadine à 25 000 euros, sans déduction du bonus écologique, est désormais courant. La bataille s’annonce rude et complexe.

Une nouvelle ère automobile

Sur le terrain, la situation reste difficile pour les marques chinoises. Depuis octobre 2024, l’Union européenne impose des droits de douane supplémentaires sur les véhicules électriques fabriqués en Chine, s’ajoutant aux 10 % déjà existants.

BYD est soumis à une taxe de 17 %, Geely (Smart, Volvo) à 18,8 %, et SAIC (MG) jusqu’à 35,3 %. C’est précisément pour contourner ces frais que BYD a ouvert une usine en Hongrie, produisant la Dolphin Surf, l’Atto 2 et la future Dolphin G.

Les constructeurs chinois ont visiblement trouvé la voie pour créer des véhicules adaptés à nos centres-villes, marquant une étape cruciale. Reste à prouver qu’ils sauront rassurer les consommateurs et établir une image de marque durable. L’affrontement avec nos fabricants européens semble promis à un intense développement.

Cependant, le cadre réglementaire pourrait freiner leurs ambitions. Les taxes douanières constituent un obstacle, tout comme la réglementation sur les prix minimums. Nous sommes impatients de suivre l’évolution de cette situation.