Informatique : L’IA ne condamne-t-elle pas définitivement nos mulots et claviers ?
L’intelligence artificielle bouscule notre relation avec les périphériques, non en les remplaçant, mais en renforçant leur importance. Les utilisateurs passent d’une interaction à l’autre de façon fluide, et n’ont pas encore trouvé de moyen plus naturel et intuitif pour naviguer sur leur ordinateur.
Face à l’essor de l’intelligence artificielle, de nombreuses prévisions s’articulent autour de ses bienfaits, mais également de ses dangers. La transformation de nos pratiques autour des ordinateurs, qu’ils soient Mac ou PC, pourrait remettre en question l’utilisation traditionnelle des souris et claviers que nous employons depuis des années. C’est en tout cas ce qu’affirment les développeurs de solutions « IA agentique », capables de prendre seules certaines décisions en automatisant des tâches. Les fabricants de périphériques informatiques, quant à eux, défendent une vision différente. 20 Minutes a interrogé Jean-Christophe Hemes, directeur des produits et de l’innovation pour Logitech, afin de connaître ses intentions et ses arguments.
Comment l’intelligence artificielle modifie-t-elle déjà notre rapport aux périphériques informatiques, tels que la souris et le clavier ?
L’intelligence artificielle bouleverse notre rapport aux périphériques non pas en les remplaçant, mais en renforçant leur importance. Ces équipements sont aujourd’hui essentiels pour l’humain comme pour l’intelligence des machines.

Historiquement, nos produits créent un lien intuitif entre l’humain et la machine. Ils représentent l’extension naturelle de nos mains (claviers, souris) et augmentent nos capacités visuelles, auditives et vocales (caméras, haut-parleurs, casques) pour nous permettre d’interagir librement. Avec une IA de plus en plus multimodale, les périphériques informatiques deviennent indispensables. De manière réciproque, l’IA nécessite ces équipements pour percevoir le monde et comprendre nos intentions. Les caméras et casques microphones, par exemple, deviennent ses yeux et ses oreilles pour capter notre présence. Tout cela se fait sous le contrôle total de l’humain, qui peut activer ou désactiver ces fonctionnalités d’un simple bouton.
L’avenir de l’informatique sera-t-il sans souris ? L’IA risque-t-elle de la remplacer ?
Depuis des décennies, on annonce la fin de la souris ! Plus récemment, le débat s’est centré sur la possibilité de remplacer le clavier par la voix. Pourtant, l’expérience démontre que ces théories sont bien exagérées : de nouvelles interactions s’ajoutent graduellement aux anciennes sans jamais les éliminer.
Les interfaces graphiques n’ont pas remplacé le clavier, les écrans tactiles n’ont pas remplacé la souris, et les montres connectées n’ont pas remplacé les téléphones…
Les utilisateurs passent d’une méthode d’interaction à une autre de manière fluide, sans avoir encore trouvé de moyen plus naturel et intuitif pour naviguer sur leur ordinateur. Ces technologies établissent un véritable poste de commandement à partir duquel l’humain interagit avec l’IA. Chacune d’elles joue un rôle unique et complémentaire : la souris permet une navigation rapide et précise, le clavier est essentiel pour structurer et corriger le texte, tandis que la voix est parfaite pour le brainstorming et les premières ébauches. Que ce soit pour faire des recherches, rédiger ou élaborer des requêtes (prompts), les utilisateurs passent intuitivement d’un mode à l’autre selon leur travail, chaque appareil remplissant sa fonction spécifique au bon moment.
D’ailleurs, comment peut-on envisager l’usage de la souris et du clavier demain par rapport à leur utilisation actuelle ?
L’utilisation future sera dictée par nos besoins. L’évolution ne fera pas disparaître ces outils, mais les enrichira. Pour la rapidité et le brainstorm : si vous souhaitez jeter des idées à la volée, créer un premier brouillon, ou donner des instructions rapides à l’IA, la voix sera votre meilleur atout. Les micros des casques audio et des webcams deviennent des périphériques cruciaux grâce à leur capacité à filtrer le bruit ambiant et à se concentrer sur votre voix.

Lorsque des ajustements doivent être faits dans un document, lors de la mise en page ou de l’édition vidéo, et pour guider l’IA dans des modifications plus précises, le duo clavier-souris s’avère toujours plus efficace. Même lors d’échanges avec l’IA, l’être humain aura toujours ce besoin fondamental de pointer et de designer. Le concept de « pointage » ne disparaîtra pas. À cet égard, un exemple récent provient de Google DeepMind qui explore les nouvelles capacités de l’IA liées au curseur de la souris.
À l’avenir, quelle sera la place de l’humain face à la machine ?
Le rôle de l’humain restera central. Nous n’assistons pas à un bouleversement soudain ou à un remplacement de l’être humain, mais plutôt à une augmentation de ses capacités. L’IA s’intègre complètement dans l’expérience humaine, et l’humain demeure aux commandes.
La vitesse de cette transition dépendra de facteurs purement humains, comme la confiance en l’IA et notre capacité d’adaptation face à son utilisation. La confiance est essentielle pour fournir à l’IA les informations nécessaires afin d’optimiser notre travail et notre vie. Cela représente un processus souvent progressif, rarement linéaire. En ce qui concerne l’adaptabilité, les individus doivent intégrer l’IA dans leur quotidien et leur travail, ce qui, là encore, n’est pas toujours un chemin simple ni direct !
Les nouveaux usages influenceront-ils l’ergonomie des produits périphériques que vous développez ?
Tout à fait ! L’ergonomie ne se limite plus uniquement à la forme des périphériques ; elle doit également réduire la fatigue mentale face aux flux d’informations. Le rôle de nos outils évolue. Par exemple, le clavier ne sera plus simplement utilisé pour taper des lettres une à une, il deviendra un véritable centre de pilotage. La souris et le clavier de demain conserveront leur forme optimale pour les mains, mais intégreront nativement des interfaces directes avec l’IA. C’est déjà le cas avec nos produits grand public comme la gamme POP Icon ou la souris Signature M650, qui comportent des boutons personnalisables pour exécuter des actions automatisées. Nous adaptons ainsi le matériel pour rendre l’IA simple, accessible et, en fin de compte, beaucoup plus humaine !
