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France Travail teste une IA pour vérifier la recherche d’emploi des chômeurs.

Un document interne à France Travail met en lumière un nouvel outil algorithmique destiné à surveiller les demandeurs d’emploi. Cet outil a pour objectif de vérifier que ces derniers effectuent des démarches pour trouver un emploi.

S’inscrire à France Travail (anciennement Pôle Emploi) en tant que demandeur d’emploi implique un engagement à la fois en matière d’accompagnement et d’obligations, notamment celle de rechercher activement un emploi. Cette démarche est l’une des conditions nécessaires pour bénéficier de l’Aide au Retour à l’Emploi (ARE), communément appelée allocation chômage.

L’organisme procède régulièrement à des contrôles de dossiers afin de s’assurer que les allocataires réalisent des démarches suffisantes. En cas de manquement, des sanctions peuvent être appliquées, allant d’une réduction des allocations à une radiation de France Travail, entraînant ainsi un arrêt des versements.

Pour automatiser le processus de sélection des dossiers à contrôler, France Travail teste un algorithme reposant sur l’intelligence artificielle. L’association La Quadrature du Net, en collaboration avec Radio France, a révélé un document détaillant le fonctionnement de cet outil.

L’IA de France Travail ne doit pas être confondue avec un grand modèle de langage, tels que les LLM. Elle fonctionne sur la base d’un arbre de décision, qui consiste en un ensemble de ramifications avec plusieurs réponses possibles, permettant d’aboutir à une décision finale étape par étape.

Pour son entraînement, l’algorithme a analysé 60 000 contrôles déjà réalisés, ce qui lui a permis de définir deux types de profils : ceux nécessitant un contrôle et ceux n’en ayant pas besoin.

L’outil prend en compte un total de 26 variables. Parmi celles-ci figurent la présence d’un CV sur le site de France Travail, son ancienneté, le nombre de reports ou d’annulations de rendez-vous avec un conseiller, ainsi que le nombre de refus d’offres d’emploi. D’autres critères, tels que la mention d’une activité non salariée, sont également pris en compte.

En fonction de ces éléments, l’IA classifie le demandeur d’emploi dans la catégorie « à contrôler en priorité » ou non. Par la suite, un humain est chargé d’examiner le dossier. Cependant, il est à noter que l’outil n’est pas encore totalement opérationnel.

France Travail indique que le modèle fonctionne plutôt bien. Sur les 60 000 dossiers d’entraînement, il a réussi à identifier correctement 79 % de ceux ayant conduit à un contrôle approfondi et 64 % de ceux ayant abouti à une sanction ou à une « redynamisation ». Toutefois, l’application de l’algorithme aux demandeurs d’emploi actuels révèle des biais.

Selon France Travail, « le modèle pouvait favoriser le contrôle des demandeurs d’emploi ayant les plus faibles revenus ». En théorie, ces derniers seraient les plus affectés par une baisse, voire une suppression de leurs allocations. En conséquence, la variable « salaire journalier de référence » a été retirée. Ce retrait a également permis de diminuer un biais lié au « niveau de formation ».

À ce jour, l’IA a été testée sur 7 000 demandeurs d’emploi ayant opté pour une rupture conventionnelle. 50,4 % des dossiers ont été contrôlés, contre 33,2 % sans l’utilisation de l’IA. Une seconde campagne similaire est en cours. France Travail envisage d’étendre son système à « d’autres publics de demandeurs d’emploi ». En incluant les bénéficiaires du RSA, qui devront obligatoirement s’inscrire en tant que demandeurs d’emploi à partir du 1er janvier 2025, cela pourrait concerner jusqu’à 6 millions de personnes.

L’instauration d’un tel système n’est pas fortuite. Le nombre de contrôles des demandeurs d’emploi a considérablement augmenté ces dernières années, passant de 200 000 en 2017 à 730 000 en 2025. Un an plus tôt, en 2024, l’ancien Premier ministre Gabriel Attal avait annoncé un objectif de 1,5 million de contrôles d’ici 2027.

La Quadrature du Net appelle à la mobilisation contre le déploiement de cet algorithme, qu’elle considère comme opaque et dangereux. Elle souligne que la Caisse Nationale d’Allocations Familiales (CNAF) et l’Assurance Maladie utilisent déjà des outils similaires. Pour l’association, ces outils servent à « organiser, en toute impunité, la répression de populations entières, et en particulier des plus vulnérables ».

L’inquiétude majeure réside dans le fait que l’IA de France Travail pourrait constituer un premier pas vers l’implémentation d’une IA générative. En ayant accès au dossier de la personne contrôlée, elle pourrait être en mesure de suggérer une décision finale au contrôleur humain, qui risquerait ainsi de perdre son rôle au fil du temps.

De son côté, France Travail précise dans son document que « le modèle repose exclusivement sur des données objectives et quantifiables. Il ne se substitue ni à l’analyse humaine ni au travail d’investigation des contrôleurs. » La Quadrature du Net semble ne pas partager cette conviction.