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Batteries en rupture et factures salées : le cauchemar des réparations chez Cowboy

Depuis plusieurs mois, des propriétaires de vélos électriques Cowboy se heurtent à des difficultés pour obtenir des réparations, en raison de pièces spécifiques qui ne peuvent être fournies que par la marque. Nous avons interrogé trois utilisateurs, un réparateur agréé basé à Paris, ainsi que Grégory Trebaol, le directeur de Rebirth, qui a acquis la marque en décembre dernier, afin de mieux comprendre l’origine de ce blocage.

Les utilisateurs de vélos électriques Cowboy rencontrent des obstacles majeurs pour faire réparer leurs cycles. La cause réside dans des pièces propriétaires, disponibles uniquement dans le catalogue de la marque. Lorsqu’une de ces pièces est manquante, aucun réparateur ne peut la remplacer par un équivalent, ce qui oblige les clients à attendre la livraison par Cowboy. Ce problème existait déjà avant le rachat de la marque bruxelloise par le groupe français Rebirth en décembre dernier, et il persiste.

Pour faire le point sur la situation, nous avons interrogé trois utilisateurs de Cowboy, ainsi que Grégory Trebaol, que nous avons rencontré à la mi-juin. Nous avons également contacté un réparateur agréé à Paris, qui se spécialise dans la réparation des vélos Cowboy et qui tire actuellement 50 % de son chiffre d’affaires de cette activité. L’objectif était de mieux comprendre les difficultés de réparation liées à la marque Cowboy.

Cet article fait partie d’un dossier complet sur Rebirth. Il s’agit du troisième article d’une série de quatre, exclusivement consacrée à Cowboy/Rebirth.

Un réparateur ne peut pas improviser.

Livio, qui a acheté un Cowboy C4 neuf il y a deux ans et demi, constate les conséquences d’un vélo électrique composé de nombreuses pièces propriétaires. « Il y a une énorme différence entre des pièces propriétaires et des pièces standardisées. Avec des pièces standard, un réparateur peut généralement trouver une solution, commander la pièce auprès de plusieurs fournisseurs ou utiliser une pièce équivalente. Avec Cowboy, les boutiques dépendent entièrement de la marque. Si la pièce Cowboy n’est pas disponible, elles ne peuvent rien faire. »

Sur un vélo Cowboy, des composants tels que le connecteur, le com module ou le capteur de couple ne se trouvent nulle part ailleurs. Le réseau de réparateurs agréés ne change rien à la situation, car le partenaire dépend du même approvisionnement que le client. Dérien Chabrier, qui a acheté son C4 d’occasion, estime qu’il y a trois ou quatre réparateurs à Paris et se considère « pas trop mal loti par rapport aux autres villes ». Il résume le parcours client ainsi : « Le SAV, au-delà du fait que ce soit de la pièce propriétaire — ce qui est très, très chiant — oblige à trouver un réparateur qui accepte de s’occuper du Cowboy, donc un réparateur agréé. »

Le réparateur agréé que nous avons contacté confirme que presque tout est propriétaire : « Hormis les roues, les disques et les plaquettes, tout le reste, c’est propriétaire. Le moteur, surtout sur les C3, c’est un moteur Bafang, mais il est modifié pour recevoir le capteur de couple. Donc on ne le trouve pas ailleurs. »

Le capteur de couple est intégré « dans le boîtier de pédalier » sur les C4. Les freins suivent la même logique : « Sur les C3, c’est plus facile, ce sont des freins génériques, on peut changer pour autre chose. Sur les freins d’un C4, on ne peut pas : il y a une taille spécifique, des encoches pour les poignées qui maintiennent le levier. » Certaines de ces pièces sont essentielles au fonctionnement du vélo : « Le com module, c’est une pièce maîtresse : si on ne peut pas le changer, le vélo ne peut pas rouler. »

Des commandes ciblées.

Dérien Chabrier, son réparateur, a modifié sa manière de commander les pièces pour éviter les blocages : « Il commence à commander toutes les pièces de manière indépendante, parce que s’il y a une pièce qui n’est plus en stock, tout le colis est bloqué. Donc s’il doit changer un frein, une pédale et un moteur, il va commander un frein dans un colis, une pédale dans un autre colis, un moteur dans un autre colis, en espérant que ça arrive. »

En raison de la nature propriétaire des pièces, le coût des réparations augmente rapidement. « Certaines pièces sont très onéreuses : dès qu’on a un changement à faire sur un vélo Cowboy, c’est vite 300 ou 400 euros, hors main-d’œuvre », note Dérien Chabrier, qui a dû faire changer son moteur et son com module.

Frandroid a pu consulter des factures et devis de réparation. Voici quelques exemples, échelonnés entre 2023 et 2026 :

– Roue / freinage / pneus : roue arrière (383 euros, devis), pneus anti-crevaison x2 (130 euros), plaquettes Shimano (38 euros), chambre à air (offerte). Total : 551 euros.
– Électronique / connectivité : Com Module C4 (290 euros, devis), Front module + cockpit cover (remisés à 0). Total : 290 euros.
– Main-d’œuvre / entretien : MO dépose-pose (45 euros, devis), MO Cowboy (90 euros, devis), révision (45 euros). Total : 180 euros.
– Transmission : Manivelles G+D (22 euros), pédales (31 euros), courroie (89 euros, devis), capteur de couple (remisé à 0). Total : 142 euros.
– Carrosserie / accessoires : porte-bagage (89 euros, devis), Poke Yoke x2 (24 euros, devis), peinture kaki (19 euros, devis). Total : 132 euros.

Livio, quant à lui, s’est vu proposer une batterie à 500 euros, hors garantie, pour un vélo âgé de deux ans et demi.

Des délais qui repartent à la hausse.

Lors de notre rencontre à la mi-juin, Grégory Trebaol se montrait rassurant concernant l’approvisionnement. Il mentionnait trois familles de pièces sous tension : « les batteries, des milliers de batteries sont en train d’arriver, les courroies assurées par Gates et les sujets Mivice, donc les capteurs », et annonçait un retour à la normale « peut-être pas fin juin, mais dans les quinze premiers jours de juillet ».

Cowboy nous a également contactés personnellement suite à la publication de nos premiers articles. Concernant les délais d’approvisionnement des pièces détachées, voici leur réponse :

« Notre portail indiquant la disponibilité des pièces détachées est actualisé en temps réel. Au cours des derniers mois, nous avons déjà livré un volume important de pièces, permettant notamment de résorber plus de la moitié des demandes en attente. Des pièces détachées sont expédiées quotidiennement à nos clients. »

Le réparateur, de son côté, décrit une situation plus contrastée. Il reconnaît une amélioration initiale : « Il y a eu de l’amélioration, même si on a eu du manque sur certaines pièces. » Cependant, il signale une rechute qui date « d’un petit mois, ou un petit peu plus long », et un problème persistant concernant les batteries : « C’est ça qui me pose le plus de problèmes en ce moment. » L’interview du réparateur a été réalisée le 16 juillet 2026.

Les batteries, communes à presque toute la gamme, sont sa principale difficulté, « sauf sur le dernier, le Cross, où elles sont en stock ». Pour les autres modèles, certaines pièces reviennent — « tout ce qui va être com modules, fourches, roues » — tandis que d’autres manquent, surtout sur les anciens modèles : « Sur les C3, on a plus de mal, notamment sur les roues moteurs. » Il attend également trois com modules de Cruiser ST « depuis un petit moment ».

Pour les pièces réellement manquantes, les délais se comptent en mois, et il confirme même avoir atteint l’année sur certaines références. Pour passer commande, notre interlocuteur utilise un outil réservé au réseau : « On a une interface dédiée, nous, réparateurs, qui permet d’identifier les pannes quand on a un doute, de commander les pièces, et on a un aperçu immédiat de la disponibilité en stock ou du délai d’approvisionnement. » Cet outil existe, dit-il, « depuis le tout départ ».

C’est cet aperçu en temps réel qui nourrit ses doutes sur le calendrier de Rebirth, car le blocage ne dépend pas uniquement de la production : il semble également lié à la logistique. « Là, j’ai commandé des pièces qui sont en stock, ça fait deux semaines, mais elles ne sont toujours pas là. J’ai vérifié, elles sont toujours en stock. » Son interface l’informe normalement dès qu’une pièce est expédiée : « On a une alerte dès que la pièce part. Là, je n’ai pas d’alerte. Donc ça veut dire que les pièces ne partent pas. C’est un problème d’expédition, c’est encore un autre sujet. Mais là, j’ai deux vélos immobilisés depuis un mois et demi. »

La prudence est de mise.

Le réparateur tente tout de même de relativiser la situation : « Aujourd’hui, je vois plus de Cowboy pour des questions d’entretien classique que pour des pannes », tout en restant prudent : « On ne va pas dire