
Violences sexuelles sur mineurs : la note de Darmanin à Nuñez sur les enquêtes.
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a récemment suscité de vives discussions en adressant une note à son homologue de l’Intérieur, Laurent Nuñez, dans laquelle il met en lumière des lacunes significatives dans la gestion des violences sexuelles envers les enfants. Ce document, qui a été révélé par *Le Monde* et consulté par l’AFP, expose une série de défaillances préoccupantes, dont des enquêtes abandonnées, des dossiers non traités, et un manque de ressources humaines.
Daté du 29 juillet et s’étendant sur 12 pages, le courrier de Darmanin résume les retours d’informations des parquets généraux, devenus cruciaux suite à l’indignation provoquée par l’affaire Lyhanna. Parmi les problèmes soulevés, le ministre évoque un « stock fantôme » de dossiers non enregistrés, illustrant ainsi le décalage entre les procédures connues des parquets et celles que détiennent les enquêteurs.
Des chiffres alarmants émergent : à Nîmes, 1.275 procédures n’ont pas été répertoriées, tandis qu’à Caen, ce chiffre s’élève à 905. À Melun, de nombreuses affaires sont restées sans investigation pendant des mois, malgré l’identification des auteurs. Le ministre souligne que ces disparités dans les données entre tribunaux et services d’enquête sont fréquentes, avec des cas de dossiers perdus à Bourges, Angers, et Paris.
Face à ces constats, Darmanin propose une réunion le 3 septembre pour discuter des solutions à mettre en œuvre. Le manque d’effectifs est particulièrement critique, avec des équipes souvent sous-dimensionnées par rapport aux enjeux. Par exemple, à Le Mans, un groupe de protection des familles ne compte que cinq officiers de police judiciaire pour plus de 4.000 procédures.
La formation des enquêteurs est également mise en cause, avec des pratiques inappropriées signalées, comme des auditions de mineurs mal conduites. À Bordeaux, un réserviste a été rapporté en train d’auditionner des enfants de moins de 10 ans par téléphone, ce qui soulève des questions éthiques.
Darmanin évoque aussi un désengagement de certains commissariats, où les priorités locales semblent primer sur la nécessité d’investir dans la protection des enfants. À Limoges, le parquet général a noté un manque d’engagement professionnel, même au sein des unités spécialisées. En réponse à cette fuite d’informations, l’entourage du ministre de l’Intérieur a exprimé des regrets, qualifiant ce document de travail en cours d’expertise.
Ludovic Friat, président du syndicat de magistrats (USM), considère que cette note confirme les préoccupations déjà soulevées par son syndicat concernant les moyens alloués aux services d’enquête. Grégory Joron, secrétaire général du syndicat Un1té police FO, a quant à lui souligné la saturation des portefeuilles et l’insuffisance des enquêteurs, ce qui contribue à l’augmentation du stock de dossiers non traités.
