
« Sylvie raconte son calvaire : droguée aux diurétiques par le DRH »
L’affaire qui secoue le ministère de la Culture a débuté de manière inattendue en 2018, lorsqu’un incident impliquant Christian Nègre, un haut fonctionnaire et ancien DRH, a été signalé. Ce dernier a été surpris en train de prendre discrètement des photos des jambes d’une sous-préfète, ce qui a immédiatement alerté la justice. Cependant, la véritable ampleur de cette affaire n’a été révélée qu’ultérieurement, lorsqu’un fichier Excel a été découvert, dans lequel Nègre avait consigné des informations sur l’administration de diurétiques à des femmes à leur insu, les poussant ainsi à uriner en sa présence.
Alors que le fichier contenait 180 noms, les enquêteurs estiment aujourd’hui que près de 250 femmes pourraient avoir été victimes de ces actes entre 2009 et 2018. Parmi elles, Sylvie Delezenne a accepté de partager son expérience avec 20 Minutes, évoquant la longue attente et l’angoisse qui l’accompagnent à l’approche du procès.
Une réunion d’information est prévue le 10 septembre au tribunal pour faire le point sur l’avancement de l’affaire. Sylvie exprime son souhait d’obtenir des nouvelles concrètes sur le dossier : « Qu’on me dise que le dossier avance, qu’on ait une date de procès, un calendrier clair… Ça fait sept ans qu’on attend. » Elle déplore le manque de réactivité de la justice et s’interroge sur les raisons de ce délai, surtout après que d’autres affaires similaires ont été jugées plus rapidement.
Pour Sylvie, l’histoire remonte à 2015, lorsqu’elle a rencontré Nègre pour un entretien d’embauche. À l’époque, elle avait 35 ans et avait pris le train depuis le Nord pour se rendre au ministère de la Culture. L’entretien a commencé de manière classique, mais a rapidement pris une tournure inquiétante. Nègre, après avoir proposé une boisson, a profité d’un moment d’inattention pour y glisser un médicament destiné à la droguer.
Sylvie se souvient de la suite de l’entretien comme d’une expérience troublante. Malgré un début d’échange professionnel, elle a commencé à ressentir des symptômes inquiétants : malaise, accélération du rythme cardiaque et gonflement des pieds. Elle a tenté de rester concentrée, mais la situation est devenue de plus en plus difficile à gérer. Après plusieurs heures, elle a demandé une pause, mais Nègre a ignoré ses besoins, la poussant à des limites insupportables.
Finalement, alors qu’elle se retrouve dans une situation désespérée, Sylvie a dû s’accroupir pour uriner, un moment de vulnérabilité qu’elle n’oubliera jamais. Nègre, au lieu de respecter son intimité, s’est approché d’elle, prétendant vouloir la protéger, ce qui a exacerbé son malaise.
Après cette expérience traumatisante, Sylvie a souffert pendant des années, tant physiquement que psychologiquement. Elle a été diagnostiquée avec un syndrome post-traumatique et a eu du mal à retrouver un emploi, se retrouvant même au RSA. Ce n’est qu’en 2019, quatre ans après les faits, qu’elle a compris l’ampleur de ce qui lui était arrivé, lorsqu’elle a été contactée par la police pour témoigner. La découverte des notes de Nègre dans son fichier Excel a été un choc, confirmant ses craintes d’avoir été victime d’une agression.
Aujourd’hui, Sylvie fait partie d’un groupe de soutien de soixante victimes, accompagnées par la Fondation des femmes. Elles s’efforcent de s’entraider et de partager leurs expériences, bien que les parcours et les attentes varient d’une personne à l’autre.
