
Surveillance d’El Niño depuis Toulouse pour prévoir le « plus puissant » phénomène en 40 ans
À Toulouse, l’institut de recherche Mercator Océan, qui fait partie du programme européen Copernicus, se penche sur le phénomène d’El Niño dans le Pacifique en utilisant un outil innovant : un océan en trois dimensions, ou jumeau numérique. Ce modèle permet de suivre en temps réel les dynamiques des couches océaniques, fournissant des données cruciales pour anticiper les événements climatiques extrêmes. Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), l’épisode actuel d’El Niño pourrait être « le plus puissant » enregistré depuis quatre décennies. Ce phénomène a déjà entraîné l’émergence simultanée de trois cyclones dans le Pacifique et pourrait perdurer jusqu’en février 2027.
Pour établir ces prévisions, l’OMM s’appuie sur une combinaison de trois types de données : les satellites, qui scrutent la surface océanique à l’échelle mondiale ; les bouées, qui permettent de recueillir des mesures précises, y compris en profondeur, comme l’indique Romain Bourdalle-Badie, ingénieur océanographe chez Mercator Océan ; et les modèles numériques, comme cet océan en 3D, qui simulent les circulations maritimes et sont régulièrement ajustés en fonction des observations.
Dans la région de l’Équateur, connue sous le nom de boîte Niño 3.4, les températures de surface affichent déjà des anomalies d’environ +2 °C par rapport à la moyenne. Romain Bourdalle-Badie précise que des anomalies atteignant presque +4 °C ont été observées plus à l’Est, témoignant de la force exceptionnelle de cet El Niño en septembre.
Ce phénomène naturel, qui se manifeste tous les deux à sept ans, est lié aux déplacements des masses d’eau dans le Pacifique tropical. Les épisodes les plus marquants, comme ceux de 1997-1998 et de 2015-2016, avaient déjà vu des anomalies de température de surface dépasser les deux degrés dans la partie centrale et orientale du Pacifique équatorial, avec des pics atteignant trois degrés lors des événements les plus intenses.
Historiquement, El Niño a été associé à des sécheresses et des risques d’incendies dans des régions telles que l’Amazonie, l’Amérique centrale, l’Indonésie et l’Australie, ainsi qu’à des perturbations de la mousson en Inde et à des pluies torrentielles en Afrique de l’Est. Toutefois, l’ampleur des impacts climatiques varie selon les régions et ne dépend pas uniquement de la force d’El Niño, comme le souligne l’OMM.
Les mois de novembre et décembre devraient marquer le pic d’intensité de cet El Niño. Romain Bourdalle-Badie avertit qu’une intensification supplémentaire est à prévoir. Les scientifiques surveillent également les couches sous-jacentes de l’océan, où un important réservoir de chaleur a été identifié. Cette chaleur stockée est essentielle pour anticiper la quantité de chaleur qui pourrait être libérée dans l’atmosphère.
Les prévisions saisonnières, notamment celles de Météo-France, s’appuient sur l’état reconstitué de l’océan pour anticiper l’évolution d’El Niño et ses conséquences. Pour la période de septembre à novembre 2026, l’OMM prévoit une probabilité accrue de températures supérieures à la normale sur la majorité des terres émergées, ainsi que des régimes de précipitations typiques d’un fort El Niño dans le Pacifique.
Ce phénomène se superpose au changement climatique induit par les activités humaines. Romain Bourdalle-Badie souligne que l’interaction entre ces deux facteurs contribue à expliquer les températures exceptionnellement élevées observées actuellement. L’année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée, conséquence de la chaleur accumulée dans l’océan qui s’est libérée dans l’atmosphère l’année suivante.
