France

Sidonie Bonnec à la rencontre des sages-femmes mondiales

Jessica vit à Lille, Oumy dans la région de la Casamance au Sénégal, et Suma à Katmandou, au Népal, et toutes trois sont sages-femmes. Sidonie Bonnec a réalisé le documentaire « Si j’étais sage-femme », diffusé ce mardi à 21h05 sur France 5.


Elles se nomment Jessica, Oumy et Suma. L’une réside à Lille, dans le nord de la France, la seconde dans la région de la Casamance, au Sénégal, et la dernière à Katmandou, au Népal. Leur point commun ? Chacune est sage-femme et accompagne les femmes enceintes durant la grossesse et jusqu’à l’accouchement.

Ces héroïnes du quotidien ont été rencontrées par Sidonie Bonnec pour le documentaire *Si j’étais sage-femme*, diffusé ce mardi à 21h05 sur France 5. Elle a également fait connaissance avec plusieurs *comadronas* au Guatemala, des accoucheuses traditionnelles mayas.

Dans ce film, la journaliste met en avant la passion et les nombreux sacrifices que partagent ces femmes – malgré des cultures et des conditions de travail variées – qui consacrent leurs jours et leurs nuits à leur métier. Sidonie Bonnec a répondu à nos questions.

Pourquoi vous êtes-vous intéressée aux sages-femmes ?
C’est une profession que tout le monde connaît, mais la réalité de ce métier reste méconnue. Environ 900.000 sages-femmes manquent dans le monde, ce qui pourrait sauver plusieurs millions de femmes et d’enfants. Une sage-femme intervient en amont de l’accouchement, pendant et après. Elles sont souvent en première ligne, car dans de nombreux pays, ce sont elles qui accouchent, plutôt qu’un obstétricien ou un médecin. J’ai découvert sur le terrain que ce sont des femmes extraordinaires. Plus qu’une vocation, c’est un dévouement, un don. Elles se consacrent entièrement à sauver les femmes. Il est important de saluer leur courage.

Comment les lieux de tournage ont-ils été choisis ?
Le Sénégal a mis en place de nombreux postes de santé pour assurer la présence de sages-femmes à moins de deux heures de chaque village. En dix ans, ils ont réduit de 50 % la mortalité féminine. Au Népal, la profession est en pleine émergence. Sensibilisé par des médecins et des sages-femmes, le gouvernement met en œuvre des moyens pour encourager ce développement. Suma fait partie de ce programme et soutient l’émancipation des femmes à travers ce métier. Au Guatemala, ces sages-femmes préservent la culture maya. Avec 40 % de populations indigènes, les femmes souhaitent accoucher avec des *comadronas*, qui utilisent des méthodes ancestrales et collaborent avec des infirmières en cas d’urgence. Enfin, en France, Jessica travaille dans un grand pôle multi-équipé d’une maternité, capable de gérer toutes les urgences. Son rôle consiste à apporter douceur, accompagnement et écoute à chaque patiente.

Des endroits étaient-ils plus difficiles d’accès que d’autres ?
Oui, cela a été plus compliqué au Guatemala. Maria-Graciela est *comadrona* depuis cinquante ans, avec un fort caractère et beaucoup d’engagement. Nous avons dû nous adapter à son organisation, ce qui n’était pas toujours facile. Lors de la cérémonie du feu [un rituel avec les nouveau-nés], je ne comprenais pas toujours ce qu’elle souhaitait et elle manquait de patience pour m’expliquer, ce qui donnait des situations cocasses. Travailler avec elle a pris plus de temps ou était un peu plus tumultueux, mais à la fin, bien que cela ne soit pas forcément visible dans le documentaire, elle m’a pris dans ses bras, heureuse que nous ayons franchi les obstacles pour lui rendre visite. Tourner au Guatemala est compliqué, surtout à cause des problèmes de route. Cela peut être coûteux et dangereux, ce qui est difficile à imaginer pour une femme enceinte.

Vous comparez parfois les moyens à disposition de ces sages-femmes avec ceux que l’on trouve dans des maternités en France. Est-ce difficile de se défaire de ce que l’on connaît ?
Nous étions vraiment dans la découverte. Par exemple, lorsque l’on voit les massages pour bébés au Sénégal, assez dynamiques, il est clair que je suis quelque peu étonnée. Il est impossible d’être objectif, je fais partie de ce que je connais. J’ai un immense respect pour les traditions et je ne juge pas, je me contente d’observer. Je peux être surprise, comme vous le seriez à ma place. À travers ce documentaire, j’ai ressenti une solidarité et un lien puissant entre toutes ces femmes. Celles-ci s’adaptent aux besoins des femmes de chaque pays et à leur culture. Appliquer notre système au Guatemala n’aurait aucun sens. Nous avions à cœur de montrer cette diversité.

Qu’est-ce qui vous a le plus touchée lors de ces rencontres ?
J’ai tissé des liens très forts avec ces sages-femmes. Oumy, par exemple, ne voit ses enfants que tous les deux à trois mois et peut être appelée jour et nuit. Elle travaille pour le bien des femmes et souhaite que personne ne meure à cause d’un manque de soins. Elle dégage une impression de force et de courage. Suma, bien qu’elle n’ait que 23 ans, impose une grande assurance dans les couloirs de la maternité. Jessica, à Lille, travaille dans une maternité très occupée, qu’on pourrait croire être une usine à bébés. Pourtant, elle et ses collègues souhaitent que ce jour soit le plus beau de la vie des femmes. Elle rayonne de joie malgré les douze heures de garde, qui sont très éprouvantes. Ce sont vraiment des femmes remarquables, que je qualifie de « flamboyantes ».

Vous avez présenté « Les Maternelles » en 2015. L’émission a changé de case horaire et de chaîne depuis septembre, et reviendra finalement sur France 2 en hebdomadaire à la rentrée. Comment percevez-vous cela ?
Je l’ai animée pendant un an, et on m’en parle encore chaque semaine. C’est une émission extraordinaire. Bien sûr, sa forme peut évoluer en fonction des consommations et des attentes du public, et France Télévisions sait bien s’adapter. Mais c’est un programme dont nous avons réellement besoin. Les conseils sur l’éducation sont précieux. Nous manquons souvent d’outils pour élever nos enfants. « Les Maternelles » est une belle émission que je continuerai à suivre. Peu importe sa forme, elle doit perdurer.

Vous serez de retour à la rentrée pour la dixième saison de « Tout le monde a son mot à dire » sur France 2. Avez-vous d’autres projets ?
Je suis romancière depuis trois ans, c’est ma passion. C’est vraiment une autre facette de ma personnalité, un bonheur qui me demande beaucoup de travail mais qui me procure aussi une grande joie. J’écris des thrillers psychologiques et j’adore plonger dans la peau de mes personnages. Après *La fille au pair* (Albin Michel) en 2025, qui a connu un grand succès en France et est en cours de publication partout dans le monde, j’ai récemment terminé mon deuxième roman intitulé *La femme effacée* [parution le 2 septembre]. C’est l’histoire d’une femme qui va découvrir un secret de famille.