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S’exposer au soleil, une cure de jouvence ? Pas vraiment…

L’interview de Roger Seheult, pneumologue clinicien de l’université de Californie à Riverside, a remis sur la table deux études, l’une suédoise de 2014 et l’autre britannique de 2024, concernant les effets bénéfiques du soleil. Selon Claude Linassier, oncologue, environ 100.000 personnes par an développent des cancers de la peau, dont 80 % sont liés à l’exposition excessive au soleil.


Le soleil, votre meilleur allié ? Une interview de Roger Seheult, pneumologue clinicien à l’université de Californie à Riverside, diffusée fin mars dans le podcast « DOAC » et relayée sur de nombreuses plateformes comme X et Instagram, a ravivé le débat autour de deux études, l’une suédoise et l’autre britannique. Ces recherches mettent en avant les effets bénéfiques du soleil et, selon plusieurs utilisateurs, viendraient contredire le consensus scientifique sur les dangers d’une exposition excessive, notamment en ce qui concerne les risques de mortalité associés aux cancers de la peau.

« Le plus choquant ? Les personnes qui évitaient le soleil avaient un taux de mortalité global presque deux fois plus élevé », affirme un post, suggérant que les « gros fumeurs » qui s’exposeraient beaucoup au soleil auraient un taux de mortalité comparable à celui des non-fumeurs… Une affirmation séduisante, mais la réalité est plus nuancée.

FAKE OFF

« Les résultats de ces deux études, qui laissent entendre que l’exposition au soleil pourrait réduire la mortalité toutes causes confondues, ont été repris par des personnes ayant ignoré le contexte entourant ces recherches », analyse pour 20 Minutes le Pr Claude Linassier, oncologue et directeur du pôle prévention, organisation et parcours de soins à l’Institut national du cancer (Inca).

Un biais méthodologique problématique

Dans l’étude suédoise de 2014, le spécialiste souligne un important biais méthodologique. « Les auteurs ont comparé des populations ayant des modes de vie différents – exposition au soleil ou non – sans faire la distinction des causes de mortalité ! Or, certaines personnes peuvent être décédées de maladies cardiovasculaires, peut-être parce qu’elles fumaient plus, ou à cause de problèmes alimentaires, par exemple. Ce n’est donc pas représentatif », précise-t-il.

La seconde étude de 2024, réalisée par une équipe de chercheurs britanniques et qui cite également l’étude suédoise de 2014, se concentre sur les bienfaits de la vitamine D que le corps produit grâce aux rayons ultraviolets. Selon ses auteurs, cette vitamine serait responsable d’une mortalité moins importante dans un groupe de population donné. Toutefois, selon le spécialiste, elle présente également de nombreux biais.

« Lorsqu’on teste directement la vitamine D sur des cellules, on peut effectivement observer certaines propriétés, puisque c’est un agent différenciant. Par exemple, sur des cellules cancéreuses, la vitamine D peut réduire leur vitesse de division, comme pour les cellules normales. Mais cela implique des doses considérables, bien au-dessus des doses physiologiques générées par une exposition solaire ou par supplémentation. »

Pas de surmortalité lors de carences en vitamine D

Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes affirment que « la lumière du soleil prolonge la vie grâce à la vitamine D », ce qui constitue, encore une fois, un raccourci malheureux. « Ces individus ne prennent en compte qu’une partie de la littérature existante, celle qui est méthodologiquement faible, et en tirent des conclusions sans considérer l’ensemble des études qui montrent le contraire. »

Cependant, il existe de nombreuses études sérieuses ayant conduit à un véritable consensus scientifique. « Des essais publiés en 2007, 2019 et 2023 ont comparé un groupe de personnes recevant un apport de vitamine D à un autre sans apport. Ils ont tous conclu qu’il n’y avait absolument aucune différence de mortalité entre les deux groupes », rappelle Claude Linassier.

80 % des cancers de la peau liés à l’exposition au soleil

Selon le spécialiste, la principale faiblesse de ces deux études est l’absence de randomisation, c’est-à-dire la répartition aléatoire des participants dans les différents groupes. Dans ces études, les populations ont été classées selon leurs habitudes : ceux s’exposant au soleil produisant plus de vitamine D d’un côté, et ceux préférant s’en protéger de l’autre. Une méthode qui accroît les biais possibles.

« De la même manière, on ne pourrait pas comparer un groupe de personnes consommant un fruit tous les matins à un autre n’en mangeant pas, pour conclure ensuite que c’est le fait de manger un fruit qui protège. Il existe une multitude d’autres facteurs qui peuvent influencer les chances de survie », ironise Claude Linassier, qui rappelle qu’environ 100 000 personnes développent chaque année des cancers de la peau, dont 80 % sont liés à une exposition excessive au soleil.

« Mais il faut savoir garder une juste mesure, conclut-il. L’exposition au soleil doit être raisonnée : entre cinq et trente minutes par jour selon la carnation de la peau. Et il ne faut pas oublier les effets bénéfiques reconnus de la vitamine D. »