
Russie : Que devient Wagner, trois ans après la mort d’Evgueni Prigojine ?
Il y a trois ans, la mort d’Evgueni Prigojine, figure emblématique du groupe de mercenaires Wagner, a marqué un tournant majeur dans le conflit russo-ukrainien. Le 23 août 2023, un crash d’avion mystérieux a emporté Prigojine et neuf autres personnes, peu après une tentative d’insurrection avortée contre le Kremlin. Ce drame, que certains interprètent comme une vengeance orchestrée par Vladimir Poutine, a suscité de nombreuses interrogations sur l’avenir de Wagner.
L’accident, qualifié par Poutine de « morceaux de grenade », n’a jamais fait l’objet d’une enquête indépendante. La disparition de Prigojine, ainsi que celle de Dmitri Outkine, le fondateur de Wagner, et de Valéri Tchekalov, son responsable logistique, a profondément affecté la structure de ce groupe. Trois ans après cet événement tragique, quel est le destin de Wagner ?
Le groupe, qui était déjà sous l’influence de l’État russe, a été officiellement remplacé par Africa Corps, une entité directement liée au ministère russe de la Défense. En 2024, ce changement a été annoncé, notamment pour ses opérations en Afrique. Thierry Vircoulon, chercheur associé à l’Ifri, souligne que « le groupe Wagner dépendait déjà de l’État russe », mais que cette dépendance est désormais clairement affichée. Le Kremlin a également imposé un décret obligeant tous les mercenaires à prêter allégeance à la Russie, mettant ainsi fin à toute velléité d’indépendance.
Sur le terrain, la continuité des opérations est assurée, avec de nombreux anciens membres de Wagner intégrés dans la nouvelle structure. Des figures comme Andreï Ivanov et Rouslan Zaproudski continuent d’opérer, notamment au Mali. Selon le Timbuktu Institute, environ 70 à 80 % des effectifs d’Africa Corps proviennent de l’ancienne organisation.
Africa Corps a élargi son champ d’action, s’implantant rapidement dans des pays comme la Libye, le Soudan et le Niger. Pour les populations locales, la distinction entre Wagner et Africa Corps est insignifiante, car ce sont toujours des Russes qui opèrent. Thierry Vircoulon évoque un « club de vieux dictateurs » qui, craignant pour leur pouvoir, se tournent vers Poutine pour des services de sécurité. En Guinée équatoriale, par exemple, jusqu’à 200 soldats d’Africa Corps ont été déployés pour former les forces armées locales.
Cependant, malgré cette expansion géographique, les résultats opérationnels sont décevants. L’Africa Corps n’a pas réussi à remporter de victoires significatives au Mali ou au Burkina Faso, et les experts estiment que la situation au Sahel est loin d’être sous contrôle. Thierry Vircoulon note que « cette guerre n’est pas gagnée ni gagnable », et que les troupes russes semblent enlisées.
Au début de l’invasion en Ukraine, Wagner jouait un rôle crucial, avec environ 50 000 hommes déployés. Cependant, après la mutinerie de juin 2023, le groupe a pratiquement disparu du front ukrainien. Les soldats restants ont eu l’option de signer des contrats avec le ministère de la Défense ou de quitter le groupe, et peu ont choisi de retourner au combat, conscients des dangers qui les attendaient. Sur les 8 000 hommes de Wagner présents en Biélorussie, seulement environ 500 ont accepté de se redéployer en Ukraine.
Ainsi, trois ans après la mort de Prigojine, le groupe Wagner, tel qu’il était connu, a disparu, remplacé par une structure plus étroitement contrôlée par le Kremlin, mais qui peine à obtenir des résultats tangibles sur le terrain.
