
Rentrée universitaire : Comprendre la « Rush Week » dans les facs américaines et sur TikTok.
Des danses synchronisées, des tenues identiques et des lettres grecques ornant d’imposantes maisons : votre fil d’actualité TikTok vous plonge dans l’univers du « RushTok ». Ce terme fait référence à la « Rush Week », une période de recrutement pour les fraternités et sororités aux États-Unis, qui a généré plus d’un million de publications sur la plateforme. Cette phase cruciale, qui peut se dérouler en août, septembre ou janvier selon les établissements, est particulièrement populaire dans certaines régions du pays.
Eileen Blum-Bourgade, experte en accompagnement scolaire, souligne l’importance culturelle de ce système : « Le système grec américain, qui englobe les fraternités et sororités, c’est un peu comme le football ! C’est une composante essentielle de la culture du pays. » Ce phénomène remonte à 1776 en Virginie, et chaque organisation possède sa propre identité, ses traditions, parfois secrètes, qui alimentent les stéréotypes véhiculés par le cinéma. Pour les étudiants, rejoindre une de ces maisons peut représenter un atout considérable pour leur avenir professionnel.
Le « Bama Rush », qui se déroule à l’Université d’Alabama, illustre bien l’ampleur de cette tradition. En 2020, cet établissement abritait la plus grande communauté grecque des États-Unis, avec plus de 11 000 membres, soit environ 30 % de sa population étudiante. Le documentaire « Bama Rush », sorti en 2023, plonge dans le processus de recrutement à travers les yeux de plusieurs candidates déterminées à intégrer une sororité.
Le processus de sélection, très codifié, s’apparente à un marathon social. Il commence par une convocation, suivie de deux jours dédiés à la philanthropie, où les aspirantes visitent les maisons et échangent avec leurs membres. Les étapes suivantes incluent le « sisterhood round », le « preference round » et enfin le « bid day », où les résultats des admissions sont révélés. Les candidates, appelées « rushees », classent les maisons selon leurs préférences, tandis que les sororités choisissent celles qu’elles souhaitent recruter, tenant compte des résultats académiques et des personnalités.
Pour attirer les nouvelles recrues, les maisons mettent en place des chorégraphies minutieusement élaborées, diffusées sur les réseaux sociaux. Ces vidéos sont réalisées lors de la « Work Week », une semaine de préparation au recrutement. Olivia, une influenceuse TikTok, explique que chaque journée est dédiée à un thème spécifique, avec des tenues et des décorations en conséquence. Les candidates, quant à elles, partagent des conseils sur leurs tenues et comment naviguer cette semaine intense, allant jusqu’à engager des conseillers pour maximiser leurs chances de succès.
Bien que ces rituels puissent sembler étranges à l’étranger, ils représentent de réelles opportunités professionnelles pour ces jeunes femmes, souvent perçues comme blondes et athlétiques. En 2025, le Wall Street Journal a mis en lumière l’intérêt croissant des entreprises pour ces influenceuses, qui deviennent des cibles marketing attrayantes. Certaines, comme Kylan Darnell, membre de la sororité Zeta Tau Alpha, ont même été couronnées « Reine du Rushtok ».
Cependant, le système de sélection est critiqué pour son élitisme et son manque de diversité. Les fraternités et sororités sont souvent au cœur de controverses, liées à des accusations de violences, de racisme et d’agressions sexuelles. En 2020, le mouvement « Abolish Greek Life » a émergé sur les campus, appelant à une remise en question de ces traditions.
