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Rentrée scolaire 2026 : Manuels détruits et « lavage de cerveau » en Ukraine

Des cartables flambant neufs côtoient des manuels réduits en cendres. Ce mardi marquait la rentrée pour des millions d’élèves ukrainiens, qui ont repris le chemin de l’école malgré l’intensification des attaques russes visant les imprimeries et les maisons d’édition. Environ 1,2 million de manuels scolaires ont été détruits, représentant près de 10 % des ouvrages prévus pour cette année scolaire. Ces destructions ont eu lieu dans la nuit précédant le retour en classe des élèves.

Galia Ackerman, historienne spécialisée dans l’Ukraine et la Russie, souligne que « les enfants n’ont presque plus la possibilité d’étudier dans des écoles ». De nombreuses institutions éducatives ont été forcées de se réfugier sous terre, notamment dans le réseau de métro de Kharkiv, afin de protéger les élèves. Cette situation est d’autant plus alarmante que la Russie a déjà détruit plus de 400 établissements scolaires et en a endommagé 4 000 autres, selon le ministre de l’Éducation.

Les frappes russes ne visent pas seulement des infrastructures, mais s’inscrivent dans une volonté plus large de détruire la culture ukrainienne. Antoine Arjakovsky, historien, évoque une « guerre de civilisation » plutôt qu’un simple conflit territorial. Il affirme que ces bombardements touchent le monde des manuels scolaires et, par extension, la possibilité d’une culture ukrainienne autonome. Alexandra Goujon, maîtresse de conférences, renchérit en affirmant que ces attaques cherchent à effacer la culture ukrainienne, en ciblant des symboles identitaires tels que les écoles, bibliothèques et musées.

Dans les territoires occupés, la situation est encore plus préoccupante. Alexandra Goujon rapporte que l’armée russe impose une politique de russification, qui inclut la destruction de manuels scolaires ukrainiens et l’importation de ceux de Russie. Le documentaire d’Arte, *Ukraine. Sur les traces des bourreaux*, illustre comment ces manuels, prêts à l’emploi, sont utilisés pour inculquer aux enfants ukrainiens les principes de l’éducation russe.

Galia Ackerman évoque un véritable « lavage de cerveau » pour les enfants vivant sous occupation. Les parents se retrouvent dans une situation périlleuse, car résister peut entraîner des disparitions de civils. L’année dernière, l’enseignement de l’ukrainien comme langue maternelle a été totalement interdit dans ces territoires, selon Resurgam.

La situation est d’autant plus alarmante avec la déportation d’enfants ukrainiens vers la Russie. L’Ukraine a recensé 19 546 cas, tandis que l’ONU a confirmé 1 205 cas dans les régions où elle a pu enquêter, indiquant que le nombre total est probablement bien plus élevé. En 2023, la Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine pour ce motif. À leur arrivée en Russie, certains enfants sont placés dans des camps de « rééducation », où leur histoire et leur culture sont déformées, et certains sont même envoyés combattre leur propre peuple.

Face à cette offensive contre leur culture, les Ukrainiens s’efforcent de mettre en avant leur identité. Les députés de la Rada ont voté pour la création d’un Panthéon national ukrainien afin de valoriser les figures emblématiques de leur culture. En deux mois, Moscou a détruit plus de 12 millions de livres, dont des manuels scolaires, une stratégie visant à s’attaquer à l’engouement croissant pour la littérature ukrainienne. Alexandra Goujon souligne que cette résistance culturelle est essentielle pour le peuple ukrainien.

Malgré un marché du livre fragilisé, la chaîne Ye a ouvert 20 nouvelles librairies en 2023. En 2025, 33,2 millions d’exemplaires ont été imprimés, soit presque trois fois plus qu’en 2022. Des manuels scolaires aux livres dévorés dans des abris, la population ukrainienne continue de faire vivre son identité culturelle.