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Rentrée littéraire : Les frères Bogdanoff, (bons) personnages de roman ?

Les frères Bogdanoff, figures emblématiques de la télévision française, ont marqué l’esprit de nombreux téléspectateurs grâce à leur participation à l’émission novatrice *Temps X*. Leur notoriété s’est également construite à travers une série d’ouvrages scientifiques et philosophiques coécrits. En parallèle, leur présence médiatique s’est intensifiée, les plaçant au cœur de parodies, de documentaires et de sketchs, où ils apparaissaient souvent comme des personnages hors du commun.

Les récits autour d’Igor et Grichka, de leur transformation physique à leur décès, ont suscité de nombreuses spéculations. Leur sœur, Véronique, exprime son regret face à la multitude de fantasmes qui les entourent. Elle vient de publier *Igor et Grichka – Chroniques de notre fratrie heureuse*, un ouvrage lancé juste avant *Rappelle-moi, ma belle* d’Anna Ostasenko Bogdanoff, la fille d’Igor. Ces deux livres, bien que distincts, offrent chacun un aperçu d’une histoire familiale fascinante, révélant ainsi qui étaient vraiment les frères Bogdanoff.

Les deux ouvrages, l’un étant un « portrait intime » et l’autre une « enquête littéraire », abordent la même histoire sous des angles différents. Véronique a confié à *20 Minutes* qu’elle ne se reconnaissait pas dans le récit de sa nièce, qui, de son côté, n’a pas souhaité commenter. Chacune présente sa propre version d’une histoire tissée de mythes et de réalités à déchiffrer.

Au-delà des divergences, des similitudes frappantes émergent, éclairant une histoire personnelle jusqu’alors méconnue. Les récits se concentrent sur la vie intime des jumeaux, loin de l’image publique qu’ils ont cultivée. Pour la première fois, Igor et Grichka sont dépeints dans une lumière nouvelle, révélant une histoire familiale touchante, bien que teintée de romanesque.

L’imaginaire, omniprésent dans les deux livres, a façonné tant leur vie publique que privée. La figure centrale de cette saga familiale est la comtesse Bertha, leur grand-mère, qui a joué un rôle déterminant dans leur existence. Mariée au comte Hieronymus, elle a eu quatre enfants, mais a également entretenu une liaison avec le ténor afro-américain Roland Hayes dans les années 1920, aspirant à avoir un enfant métis pour transcender les barrières raciales. Véronique souligne le courage nécessaire à une femme de cette époque pour mener une telle vie. Bien que Istenne ait souhaité un garçon pour l’offrir à Gandhi, c’est une fille, Maya, qui est née de cette union. Elle s’est ensuite installée au château de Saint-Lary, dans le Gers, où elle a élevé Igor et Grichka, leur transmettant ses aspirations.

Cette diversité d’origines a sans doute contribué à forger des personnalités hors du commun. Véronique évoque le fait que, dès leur plus jeune âge, les jumeaux n’ont jamais été perçus comme des individus ordinaires. Cela soulève la question de savoir si cette quête d’extraordinaire était une réponse à leur histoire familiale. Les deux auteures soulignent également le lien unique qui unissait les jumeaux, leur peur de vieillir et de mourir, ainsi que celle d’être abandonnés. Les derniers moments d’Igor et Grichka, emportés par le Covid-19 à quelques jours d’intervalle, sont abordés avec une sensibilité particulière dans les deux ouvrages.

Véronique se souvient d’avoir voulu être présente pour les soutenir dans ces instants critiques, une intention que l’on retrouve également dans le récit d’Anna, qui est restée auprès de son père jusqu’à son dernier souffle. Bien que le processus de deuil soit vécu différemment, les deux auteures partagent des expériences similaires, notamment des rencontres nocturnes avec les jumeaux, qui semblent continuer à les accompagner.

Les deux femmes ont été incitées à écrire par les frères eux-mêmes, qui leur ont transmis cette passion. Véronique évoque comment Igor et Grichka ont cultivé en elle l’envie d’écrire, considérant cela comme un héritage précieux. Ainsi, ces deux ouvrages, publiés presque simultanément, témoignent d’un désir commun de comprendre et de célébrer la mémoire de ceux qui leur étaient chers.