France

Protoxyde d’azote : Identification des producteurs de ce secteur controversé.

Des bouteilles métalliques jaunes et noires, portant des marques comme « Cream Deluxe », « C.R.E.A.M. » ou « Fastgas », se trouvent déposées au pied de poubelles ou jonchent les trottoirs en France. En juillet 2025, il est découvert que la propriété intellectuelle de la marque FastGas a été transférée de Global Catering Supplies à une nouvelle entreprise basée à Dubaï.


Vous n’avez pas pu passer à côté. Des bouteilles métalliques jaunes et noires sont déposées au pied de poubelles ou jonchent les trottoirs des quatre coins de la France. Sur ces bonbonnes de protoxyde d’azote, des marques telles que « Cream Deluxe », « C.R.E.A.M. » ou « Fastgas » s’affichent en grand.

Mais qui se cache derrière ces bouteilles métalliques très marketées dont l’inhalation peut engendrer une addiction ainsi que de lourdes séquelles neurologiques et psychiques ? Cette question, Arthur Sente, journaliste au pôle enquête du quotidien belge Le Soir, s’est posée fin 2024. Il en a entrepris une enquête, résultat d’un travail de cinq mois. « Je pensais tomber sur un réseau très opaque mais j’ai découvert qu’il y avait des entrepreneurs derrière ce marché, nés à 200 km de chez moi », raconte-t-il à 20 Minutes.

Pour commencer son travail, Arthur Sente analyse les mentions légales des sites Internet des principales marques de proto et part à la recherche des sociétés mères. Bien qu’il ne trouve rien concernant Cream Delux et C.R.E.A.M., il identifie rapidement l’entreprise qui possède la marque FastGas, enregistrée dans le registre européen de la propriété intellectuelle.

Cette société néerlandaise a été créée trois ans plus tôt sous le nom discret de Global Catering Supplies. En creusant davantage, le journaliste remonte jusqu’à trois entrepreneurs néerlandais. « Il s’agit de jeunes trentenaires, soignés et ayant fait des études universitaires avant de se lancer dans ce business juteux. »

Contrairement à ce qu’il imaginait, ces entrepreneurs vivant sur la côte portugaise ont une forte présence en ligne. « L’un d’eux se décrit comme un « jeune entrepreneur visionnaire », un autre comme « philanthrope », ils ont plusieurs sociétés d’immobilier au Portugal mais aussi de location de bateaux et la construction de saunas. » Ce qui reste étonnant, c’est l’absence de mention du protoxyde d’azote sur leur CV. « Ce qui m’a frappé, c’est qu’il n’est fait mention nulle part de FastGas, ce qui est paradoxal car c’est un énorme succès commercial. » Cela laisse supposer, selon le journaliste, que les profits en millions seraient réinvestis dans des activités plus conventionnelles.

En poursuivant ses recherches et en collaborant avec le média néerlandais NRC, Arthur Sente découvre un article de presse locale publié en 2018. « Il parlait de l’essor du protoxyde d’azote sur les campus d’une ville étudiante du nord des Pays-Bas. À cette époque, il était consommé de manière plus décomplexée, vendu lors de soirées étudiantes », précise le journaliste. Dans cet article, un homme nommé Luciano De Vries est décrit comme « le roi local du proto » et se dit « très fier avec ses amis d’avoir créé leur entreprise à plus d’un million d’euros de chiffre d’affaires ».

Dans un autre article publié en 2019, les cinq entrepreneurs à la tête de l’entreprise MaDeLuNiJe – formée des deux premières lettres du prénom de chacun – vont jusqu’à ouvrir les portes de leur start-up au quotidien néerlandais Algemeen Dagblad. La même année, souligne le journaliste, la police belge mène une enquête sur un dealer et cherche à remonter la filière. Au cours des investigations, ils découvrent « un hangar en Belgique, rempli de cartouches de protoxyde d’azote, qui appartient à la société MaDeLuNiJe », indique le journaliste. Cependant, il est impossible de les condamner pour ce motif.

Cependant, au fil du temps, le débat s’intensifie aux Pays-Bas autour du gaz hilarant, qui commence à causer des ravages parmi ses consommateurs réguliers. « À partir de l’interdiction du protoxyde au Pays-Bas à des fins récréatives en 2023, deux entrepreneurs décident d’arrêter le business et trois autres choisissent de continuer », assure le journaliste.

Deux sociétés vont être établies à Malte et en Pologne, « des pays assez souples sur la question du proto ». Confrontés par le journaliste, les entrepreneurs estiment avoir toujours agi dans la légalité du pays dans lequel ils opèrent. « Ils ont vraiment une grande capacité d’adaptation en pratiquant une sorte de shopping législatif pour trouver le pays le plus favorable », constate Arthur Sente.

En juillet 2025, un mois après la publication de cette enquête, le journaliste découvre que la propriété intellectuelle de la marque FastGas a été transférée de Global Catering Supplies à une nouvelle entreprise basée à Dubaï. Le journaliste y voit « une volonté de gagner en tranquillité et en opacité ». Mais jusqu’à quand ?