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Procès Yoda : Examen de Félix Bingui, dit « Le Chat »

Félix Bingui comparaît ce lundi devant la 7e chambre du tribunal correctionnel de Marseille pour son rôle de chef présumé du clan « Yoda », impliqué dans une guerre entre bandes criminelles ayant fait 49 morts en 2023. Natif d’Alès, cet homme de 36 ans a été condamné à treize reprises, dont pour trafic de drogue en 2017 et détention d’armes en 2019.


Félix Bingui entre dans le box vitré, les cheveux coupés ras, vêtu d’un pull bleu et d’un tee-shirt blanc. Son visage a changé depuis la dernière photo de lui parue dans la presse, datant de 2017. Ses traits ont vieilli et sa masse musculaire a augmenté. Son regard est fixe sur la présidente tandis qu’il écoute, impassible, le rappel des faits qui lui sont reprochés. Ce lundi, il comparaît devant la 7e chambre du tribunal correctionnel de Marseille pour son rôle présumé de chef du clan « Yoda », un groupe criminel actif dans la cité de la Paternelle (14e arrondissement), en rivalité avec la DZ Mafia. La guerre entre les deux bandes a causé la mort de 49 personnes en 2023.

Surnommé « Le Chat », il partage le box avec deux autres hommes, tandis que 14 coprévenus supplémentaires se trouvent sur les bancs, sous contrôle judiciaire. Deux autres prévenus sont absents, sous mandat d’arrêt, et l’une des prévenues manque également à l’appel pour cette première journée. Un à un, parfois masqués, ils s’avancent à la barre pour entendre calmement les chefs d’accusation. Tous sont soupçonnés d’avoir participé à l’organisation, à l’approvisionnement ou au blanchiment des gains du trafic de drogue, notamment en lien avec le point de vente de « La Fontaine » dans la cité de la Paternelle, entre août 2021 et juin 2023. Ce site, désigné sous le nom de « la frappe à Yoda », aurait généré jusqu’à 800.000 euros de chiffre d’affaires par jour, selon les autorités.

Après une matinée de procédures, Félix Bingui, originaire d’Alès, a évoqué son parcours personnel, marqué par un lourd casier judiciaire. Âgé de 36 ans, il a été condamné à treize reprises, dont plusieurs fois durant sa minorité, pour des faits tels que conduite sans permis, vol avec violence et escroquerie. Il attribue cette dérive à ses fréquentations de l’époque. « Dans le quartier, on se fait influencer », admet Félix Bingui. En 2017, il est condamné à quatre ans de prison pour son implication dans le trafic de drogue orchestré par la bande des Carmes (2e arrondissement), puis il écope de deux ans et demi en 2019 pour la détention d’armes.

En prison, il raconte s’être lancé dans le commerce d’achat-revente et de location de véhicules importés de Suisse. Une activité qu’il aurait gérée depuis sa cellule, selon ses dires, et qui lui aurait permis de constituer un pécule d’environ 50.000 euros. Puis il travaille entre 2020 et 2021 dans un fast-food O’Tacos avant de choisir de vivre près de Marbella, en Espagne, avec sa compagne et ses trois enfants aujourd’hui âgés de 12, 11 et 8 ans, malgré son interdiction de quitter le territoire. « Je ne me plaisais plus en France », explique-t-il, révélant avoir été victime d’un braquage à main armée dans une station-service à Romans-sur-Isère avec son beau-frère. Un « coup dur » qui a précipité son désir de partir.

Après quelques mois en Espagne, il se sépare de sa compagne et tente sa chance aux Émirats arabes unis, affirmant travailler dans le secteur de la conciergerie. Selon une enquête patrimoniale citée par le tribunal, Félix Bingui serait propriétaire de plusieurs biens immobiliers à Dubaï, dont deux villas achetées sur plan. En juin 2022, il s’installe au Maroc, toujours dans le même secteur d’activité, et c’est à Casablanca qu’il est arrêté en mars 2024 sous une notice rouge d’Interpol, avant d’être extradé vers la France. Au tribunal, il évoque ses quelques mois de détention dans des conditions « très difficiles ». « J’étais placé à l’isolement, avec quarante-cinq minutes de téléphone par semaine », indique-t-il, toujours impassible.

À son arrivée en France, il passe par la prison de Toulon avant d’être transféré à la prison de haute sécurité de Vendin-le-Vieil. Bien qu’il puisse pratiquer du sport et diverses activités, il souffre des parloirs vitrés et de l’éloignement de sa famille. Depuis son incarcération au Maroc, il n’a pas vu ses enfants. « C’est ce qui est le plus dur pour moi », confie Félix Bingui d’une voix si basse que la présidente lui demande plusieurs fois de parler au micro. Dépendant du cannabis et de la cigarette pendant de nombreuses années, il assure avoir récemment opté pour la cigarette électronique.

Dans ce dossier, Félix Bingui nie les faits, y compris cette accusation de tête de réseau. « Il ne conteste pas simplement les faits, mais aussi la manière dont les investigations ont été menées », précise son avocat Me Philippe Ohayon. « Je suis frappé par le contraste entre ce qui est dit et ce qui se trouve dans le dossier », ajoute-t-il.

Son avocat déplore également que les sonorisations des véhicules et des chambres d’hôtel, qui sont des éléments clés du dossier, aient été réalisées par un trio d’enquêteurs actuellement mis en examen dans l’affaire Trident. Sa demande de supplément d’informations pour faire comparaître les policiers devant le tribunal n’a pas été acceptée par la juge. L’audience doit se poursuivre jusqu’au 5 juin prochain.