
Procès de l’assassinat du rugbyman Aramburú : chasse à l’homme ou « réflexe reptilien » ?
Le 18 mars 2022, une soirée qui s’annonçait festive pour Federico Aramburú et Shaun Hegarty à Paris a rapidement tourné au drame. Les deux anciens joueurs de rugby, en ville pour le match France-Angleterre prévu le lendemain, avaient prévu de célébrer la signature d’un contrat pour leur agence de voyages. Après un repas pris séparément, ils se retrouvent vers 3 heures du matin dans un bar prisé des passionnés de rugby, avant de se diriger vers le boulevard Saint-Germain pour un dernier verre. C’est à proximité de cet endroit, deux heures plus tard, que Federico Aramburú sera mortellement touché par des balles.
À partir de ce lundi, le procès de Loïk Le Priol et Romain Bouvier, deux militants d’extrême droite, s’ouvre et se déroulera sur trois semaines. Le premier est accusé d’assassinat, tandis que le second fait face à une accusation de tentative d’assassinat. Bien qu’ils aient reconnu avoir tiré, ils contestent l’intention de tuer. En parallèle, Lyson R., la compagne de Le Priol, est également jugée pour complicité de tentative d’assassinat, son avocat affirmant qu’elle n’était qu’une simple conductrice.
L’issue tragique de cette soirée soulève des questions sur les motivations et le contexte entourant le crime. Bien que le caractère politique de l’affaire n’ait pas été retenu, l’appartenance des accusés à la mouvance d’extrême droite est un élément central du procès. Leur passé violent, notamment une condamnation pour agression, jette une ombre sur les événements qui ont conduit à la mort d’Aramburú, d’autant plus qu’ils avaient interdiction de se rencontrer.
L’altercation a éclaté peu après l’arrivée des rugbymen dans le bar, où ils se sont assis à proximité de Le Priol et Bouvier. Des tensions se sont rapidement manifestées, avec des comportements inappropriés de la part des accusés. Après une première intervention des vigiles, la situation semblait calmée, mais une nouvelle confrontation a eu lieu lorsque Federico Aramburú a tiré sur la capuche de Le Priol, entraînant une bagarre. Ce dernier, furieux, aurait même déclaré à un barman : « Je vais le tuer », ce qu’il conteste.
Peu après, Bouvier a ouvert le feu sur les deux rugbymen, tirant quatre balles en quelques secondes. Aramburú a été touché à la cuisse et au thorax, et malgré les efforts des secours, il est décédé, laissant derrière lui sa femme et ses trois enfants. Les deux hommes ont ensuite pris la fuite, Bouvier étant arrêté dans la Sarthe après quatre jours, tandis que Le Priol a été interpellé en Hongrie.
Les accusés, tout en reconnaissant avoir tiré, maintiennent qu’ils agissaient par peur, affirmant avoir été menacés par Aramburú. Leur défense repose sur une prétendue légitime défense, malgré les circonstances troublantes de leur armement et le court laps de temps entre la bagarre et les tirs. Le Priol, qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, a évoqué un stress post-traumatique lié à son passé militaire pour justifier ses actions.
La question demeure : comment expliquer la présence d’armes et la rapidité avec laquelle les événements se sont enchaînés ? Le verdict est attendu le 25 septembre, alors que le procès met en lumière des éléments troublants sur la violence et la radicalisation.
