
Présidentielle 2027 : Les ralliements ont-ils encore de l’importance ?
Dimanche dernier, à Tourcoing, Édouard Philippe, le maire du Havre et figure montante du parti Horizons, a surpris en revêtant un tablier de vendeur de frites. Cette initiative visait à mettre en lumière le soutien récent de Gérald Darmanin, le ministre de la Justice, à sa candidature pour l’élection présidentielle de 2027. Accompagné de Darmanin, qui incitait les passants à faire preuve de générosité, Philippe a choisi une approche symbolique pour renforcer son image politique. Ce type de mise en scène est courant dans le paysage politique français, comme l’a montré la semaine précédente la rencontre entre Raphaël Glucksmann et Yannick Jadot, qui s’étaient affichés ensemble lors d’une visite d’un parc éolien en Charente-Maritime. Mais la question demeure : ces ralliements ont-ils réellement un impact sur les campagnes électorales ?
Lors de son intervention à Tourcoing, Philippe a souligné l’importance de l’unité au sein de son camp. Il a déclaré : « Tous ceux qui se retrouvent dans ces idées simples, tous ceux-là doivent se rassembler pour que nous ne basculions ni dans la soi-disant ‘nouvelle France’ de LFI, ni dans l’identitarisme nationaliste et gauchisant de Mme Le Pen. » Ce discours a trouvé un écho favorable parmi ses partisans, qui voient dans les ralliements de figures influentes de la macronie, comme Darmanin, Benjamin Haddad ou Maud Bregeon, un moyen de diminuer l’impact de son concurrent Gabriel Attal.
Maël de Calan, un des porte-paroles de Philippe, a affirmé que la dynamique de ralliement était clairement en faveur de son candidat, ajoutant qu’il est « le seul à pouvoir rassembler de la droite jusqu’au centre ». Il a également noté que « c’est quand même plus facile de se féliciter de l’arrivée d’un poids lourd que de déplorer le départ d’un traître ». De l’autre côté de l’échiquier politique, les soutiens de Glucksmann ont également mis en avant l’importance des ralliements, en citant le soutien de Boris Vallaud, président des députés PS, comme un facteur clé dans leur campagne.
Les ralliements de personnalités politiques influentes peuvent-ils véritablement transformer le cours d’une campagne présidentielle ? Selon Bruno Cautrès, chercheur au CNRS, ces alliances peuvent enrichir la communication d’un candidat et donner une certaine dynamique à sa campagne. Cependant, il tempère cet enthousiasme en précisant que l’impact sur l’électorat reste souvent limité. Par exemple, lors de l’élection présidentielle de 2022, malgré le soutien de nombreux cadres du Rassemblement national, Éric Zemmour n’a pas réussi à se qualifier pour le second tour, finissant loin derrière Marine Le Pen.
Ainsi, bien que les ralliements puissent renforcer une campagne interne, leur influence sur le vote général est souvent minime. Cautrès souligne que dans le cadre d’une primaire, comme celle du PS, le soutien d’une figure reconnue peut avoir un poids significatif sur les courants internes et, par conséquent, sur le résultat final.
Pour qu’un ralliement soit véritablement efficace, il doit également s’inscrire dans une stratégie politique claire. Par exemple, le choix de Glucksmann d’inviter Jadot à son premier déplacement de campagne visait à contrer les avances de Jean-Luc Mélenchon vers les écologistes. Cautrès conclut en affirmant qu’un ralliement doit transmettre un message précis aux électeurs. Dans le cas de Philippe, l’association avec Darmanin semble viser à mettre en avant une vision de « droite sociale », en réponse aux critiques de son programme jugé trop austère par ses adversaires.
