
Présidentielle 2027 : Les politiques peuvent-ils se grimer en travailleurs ?
Le week-end dernier, à Tourcoing, Édouard Philippe a attiré l’attention des médias en s’affichant dans un camion de frites aux côtés de Gérald Darmanin, ministre de la Justice et soutien de son projet présidentiel pour 2027. Cette scène, où le maire du Havre se met en scène comme un homme du peuple, a suscité une vague de réactions sur les réseaux sociaux, certains internautes n’hésitant pas à le qualifier de « technocrate » cherchant à « faire peuple » et à railler son engagement dans une activité jugée peu naturelle pour un homme politique de son calibre.
Cette initiative n’est pas isolée. Édouard Philippe, qui a également été vu en train de couper des cannes à sucre à La Réunion quelques jours auparavant, s’inscrit dans une tradition où les personnalités politiques tentent de se rapprocher des électeurs en adoptant des postures de travailleurs. Des figures politiques comme Rachida Dati, qui a récemment joué le rôle d’éboueur, ou même Donald Trump, qui avait fait sensation en distribuant des frites dans un fast-food, ont emprunté cette voie. Ces mises en scène visent à créer une image de proximité avec le grand public, mais elles soulèvent des questions sur leur authenticité.
Alexandre Eyriès, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication, souligne que cette stratégie s’éloigne des simples visites d’usines ou de chantiers. Elle cherche à donner l’illusion que les candidats partagent une vie semblable à celle des électeurs. Bien que les observateurs puissent percevoir cela comme une forme de manipulation, cette « apparence de normalité » peut rassurer certains électeurs en atténuant l’image d’une classe politique déconnectée des réalités quotidiennes.
Les effets de cette stratégie sont cependant difficiles à mesurer. Paul Brounais, spécialiste en communication politique, estime que les électeurs ne s’attendent pas à voir Philippe en train de frémir des frites et que cette image pourrait même nuire à son image. Selon lui, les citoyens souhaitent que leurs élus comprennent leurs métiers sans nécessairement les imiter. Cela pourrait contribuer à une fatigue vis-à-vis du « théâtre politique » et éloigner les électeurs des enjeux réels.
Pour Alexandre Eyriès, bien que cette image ne soit pas nécessairement déterminante dans la campagne, elle pourrait offrir à Philippe une image plus sympathique et décalée, en contraste avec son côté sérieux. Il note que cette démarche pourrait toucher un public plus âgé, qui pourrait ne pas percevoir la manipulation derrière cette mise en scène.
La tendance à humaniser les candidats par des images personnelles et insolites s’est renforcée avec l’avènement des réseaux sociaux. Les candidats sont désormais attendus pour partager les « coulisses » de leur vie, une nécessité pour incarner leur personnage public. Cependant, il est crucial que ces choix soient en adéquation avec la personnalité des candidats. Paul Brounais évoque que des figures comme de Gaulle ou Mitterrand ne se seraient jamais prêtées à ce type de mise en scène, tandis que Jacques Chirac, plus populiste, aurait su jouer de son image avec authenticité.
En somme, si des personnalités comme Donald Trump peuvent se permettre des excentricités, ce n’est pas le cas de tous. Brounais souligne que Philippe, qui a construit une image d’homme d’État rigoureux, semble en décalage avec cette tentative de se montrer sous un jour plus accessible. Il conclut en conseillant aux candidats de rester fidèles à leur personnalité, afin de ne pas perdre la crédibilité qu’ils ont mise des années à établir.
