
Présidentielle 2027 : Annuler une partie de la dette, souhait de Jean-Luc Mélenchon ?
Jean-Luc Mélenchon, figure emblématique de La France insoumise, a récemment évoqué une proposition audacieuse : effacer une partie de la dette française, un montant estimé entre 600 et 635 milliards d’euros, correspondant à la dette détenue par la Banque de France, soit environ 18 à 20 % de la dette publique totale. Cette idée, présentée comme une solution miracle, a suscité des interrogations quant à sa faisabilité.
Matthieu Pigasse, banquier et soutien de Mélenchon, a apporté son soutien à cette proposition en affirmant que « la dette publique peut être annulée, sans aucun impact économique et financier ». Cette déclaration a été faite lors de l’université d’été de La France insoumise, où les partisans du candidat à la présidentielle de 2027 ont été invités à réfléchir à des solutions alternatives pour les finances publiques.
Cependant, la réalité économique est plus complexe. La dette française se divise en deux catégories : celle gérée par la Banque centrale européenne (BCE) et celle sous la responsabilité de la Banque de France. Pour la portion détenue par la BCE, la situation se complique. Stéphanie Villers, conseillère économique chez PwC France, souligne que toute initiative de ce type nécessiterait l’accord des vingt autres pays de la zone euro, ce qui semble peu probable. Elle questionne la logique d’accorder un traitement spécial à la France alors que de nombreux pays respectent les critères de déficit de 3 % imposés par la BCE.
La BCE a déjà démontré sa capacité à intervenir lors de crises majeures, comme celle engendrée par la pandémie de Covid-19, en rachetant des dettes publiques de pays en difficulté. Toutefois, la situation actuelle de la France est considérée comme un problème interne, sans lien direct avec une crise européenne généralisée. Villers met en garde contre l’idée d’une dérégulation totale de la dette, comme cela a été le cas en Grèce dans les années 2000, soulignant que cela pourrait entraîner des conséquences néfastes, notamment une perte de contrôle sur les budgets et des politiques d’austérité imposées par la BCE.
Concernant la dette détenue par la Banque de France, Eric Heyer, directeur de l’Observatoire français des conjonctures économiques, estime que l’annulation de cette dette pourrait être techniquement réalisable. Cependant, il met en avant que cela ne changerait pas fondamentalement la situation, car effacer cette dette signifierait également renoncer aux remboursements et aux intérêts qui en découlent. Ainsi, l’opération pourrait se révéler être un simple tour de magie sans effet réel, ne faisant qu’améliorer symboliquement le ratio de la dette par rapport au PIB.
De plus, une telle manœuvre pourrait engendrer une défiance des marchés et des partenaires européens. Villers rappelle que modifier les règles financières sans conséquences pourrait nuire à la crédibilité de la France tant sur les marchés que vis-à-vis des autres pays de l’Union européenne.
Enfin, la nécessité d’une telle mesure est remise en question. Selon Heyer, la « crise de la dette » n’est pas encore à son paroxysme. Les écarts de taux d’emprunt, ou « spread », entre la France et des pays jugés sûrs, comme l’Allemagne, restent relativement faibles, oscillant entre 0,8 et 0,9. Comparativement, lors de la crise de 2012, ces écarts étaient beaucoup plus significatifs, atteignant 5,5 pour l’Italie et 6,5 pour l’Espagne. Dans ce contexte, la question se pose : pourquoi créer une crise là où il n’y en a pas ?
