France

Pétrole : L’Opep a-t-elle encore une utilité après le départ des Emirats Arabes Unis ?

Les Emirats Arabes Unis ont officiellement quitté l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) le 1er mai. Fondée en 1960, l’Opep regroupe 11 pays producteurs de pétrole, dont l’Algérie, l’Arabie saoudite, et le Venezuela.


Les Émirats Arabes Unis ont officiellement quitté l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) le 1er mai, devenant ainsi le plus important pays à le faire jusqu’à présent. Quelles en seront les implications pour l’organisation ? Cela signifie-t-il la fin de l’alliance ? 20 Minutes fait le point.

### Quel est le rôle de l’Opep ?

Créée en 1960, l’Opep, ou OPEC en anglais (Organization of Petroleum Exporting Countries), est une organisation intergouvernementale dirigée par l’Arabie saoudite, réunissant 11 pays producteurs de pétrole : l’Algérie, l’Arabie saoudite, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, l’Iran, l’Irak, le Koweït, la Libye, le Nigeria, et le Venezuela. Son objectif initial était de rééquilibrer la relation entre les pays producteurs et les compagnies pétrolières occidentales qui contrôlent le marché. En 2016, l’Opep a établi une alliance avec dix autres pays, dont la Russie, dans le cadre d’un accord dénommé Opep +.

« Ces deux instances visent à réguler le marché mondial afin d’influer sur les prix, en ajustant leurs niveaux de production, à la baisse pour faire monter les prix, et à la hausse pour les faire diminuer », explicite à 20 Minutes Francis Perrin, directeur de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris) et chercheur associé au Policy Center for the new south.

### Pourquoi les Émirats Arabes Unis quittent-ils l’organisation ?

Le 28 avril, les Émirats arabes unis ont annoncé leur retrait des deux organisations, Opep et Opep +, à compter du 1er mai, en raison de leur « intérêt national ». Après les départs du Qatar en 2019, ainsi que de l’Équateur et de l’Angola, l’annonce d’Abou Dhabi a surpris, bien que le pays, désireux d’augmenter sa production, avait récemment exprimé des avis divergents au sein du groupe. « Ils jugeaient que leur quota de production, imposé par les deux organisations, était trop bas comparé à leur capacité », explique Francis Perrin. « Ils souhaitent ainsi retrouver leur liberté de fixer eux-mêmes leur plafond de production. »

Le pays a en effet investi massivement dans ses infrastructures ces dernières années, et sa compagnie pétrolière nationale Adnoc prévoit une capacité de production de 5 millions de barils par jour d’ici 2027, largement au-delà de son dernier quota de 3,447 millions de barils par jour, le plaçant au quatrième rang des 22 producteurs de l’Opep + (21 désormais). « Quand le détroit d’Ormuz sera débloqué, les Émirats pourront profiter de leur liberté retrouvée pour produire et exporter beaucoup plus », avec un « impact baissier sur les prix du pétrole », assure Francis Perrin.

L’expert souligne également la question du moment de cette annonce. « Pourquoi faire cela maintenant, en pleine crise au Moyen-Orient ? C’est pour exprimer un mécontentement concernant le manque de soutien perçu de la part des autres pays du Golfe, alors que les Émirats sont le pays le plus visé par l’Iran depuis le début du conflit, même plus qu’Israël. Cela envoie un message à l’Arabie saoudite et au conseil de coopération du Golfe. »

### Quelles conséquences pour l’Opep ?

« C’est un véritable affaiblissement de l’Opep et de l’Opep +, car les Émirats étaient un membre important depuis 1967 », note Francis Perrin. Bertrand Kepenne, chef économiste à la banque CBC, confirme : « Cela démontre la fragilité de l’Opep, qui était déjà très fragile avant cet événement, ayant perdu de son pouvoir de régulation face à l’influence des États-Unis. »

Pour Bertrand Kepenne, « cela signale également une fronde significative par rapport à la position de l’Arabie saoudite, qui a été le fer de lance durant des années de la diminution de la production, tandis qu’elle adopte une position très prudente quant à l’augmentation de la production que l’on connaît depuis environ deux ans. Cette hégémonie saoudienne est aussi l’une des raisons qui ont poussé les Émirats à se retirer. »

Cependant, « ce n’est pas la fin de l’Opep et de l’Opep + », insiste Francis Perrin, qui rappelle que « deux géants de la production pétrolière mondiale, l’Arabie saoudite et la Russie, demeurent membres ». Le départ des Émirats de l’Opep n’aura « aucun impact immédiat », assure Bertrand Kepenne, mais « à long terme, nous observerons clairement une compétition entre les producteurs, entraînant une augmentation des volumes de production, avant que la consommation des énergies fossiles ne diminue. »

La question à se poser est aussi de savoir si « cela n’entraînera pas d’autres départs », relève Francis Perrin. « On pense notamment à l’Irak et au Kazakhstan, qui n’apprécient pas toujours d’être rappelés à l’ordre quant à leur niveau de production. Cela devrait inciter l’Opep et l’Opep + à se remettre en question, conclut Francis Perrin. Les deux organisations devront peut-être être plus attentives aux revendications de leurs pays membres, car il existe parfois un écart trop important entre les autorisations de production et les capacités réelles. Il sera certainement nécessaire de réviser les quotas. »