« On ne fait pas ça pour porter préjudice aux autres » : le duo finlandais, favori, en live à l’Eurovision
Linda Lampenius et Pete Parkkonen ont été autorisés mercredi à jouer en live du violon lors de la première demi-finale de mardi et de la finale du 16 mai. Cela faisait plusieurs semaines qu’ils avaient demandé à l’organisation de l’Eurovision la permission de jouer du violon en direct.

De notre envoyé spécial à Vienne (Autriche),
Linda Lampenius et Pete Parkkonen, le duo finlandais de l’Eurovision, suscite ces derniers jours de nombreuses discussions, non seulement pour leur statut de grands favoris selon les bookmakers, mais aussi parce qu’ils ont été autorisés mercredi à jouer du violon en direct lors de la première demi-finale de mardi ainsi que lors de la finale du 16 mai. En effet, cela fait près de trente ans qu’aucun instrument n’a le droit d’être joué en direct sur la scène de l’Eurovision…
Pour la violoniste Linda Lampenius, 56 ans, bien connue dans le milieu de la musique classique, cette autorisation est une source de joie et de soulagement. Cependant, certains estiment que cette dérogation accordée aux Finlandais constitue une injustice. Pour apaiser les tensions, les organisateurs ont déclaré jeudi dans un communiqué qu’ils examineraient les demandes similaires faites par les autres délégations.
Quoi qu’il en soit, Linda Lampenius et Pete Parkkonen, 36 ans, demeurent souriants et concentrés, comme l’a pu constater 20 Minutes lors de leur rencontre à l’hôtel jeudi. Leur chanson, intitulée Liekinheitin (« Lance-flammes »), évoque le trouble et la passion d’un homme amoureux d’une femme qui s’éloigne, alternant entre chaleur et froideur.
Linda, être autorisée à jouer du violon en live est, j’imagine, un soulagement ?
Oui, c’est un soulagement, une joie et un grand honneur. La dernière fois qu’un instrument a été autorisé à être joué en live, c’était en 1998. Cela faisait plusieurs semaines que nous avions demandé à l’organisation de l’Eurovision la permission de jouer du violon en direct, car la chanson a été écrite comme un duo entre un violon et une voix. Ce sont deux voix qui racontent une histoire de manières différentes.
C’est un dialogue…
Linda : Oui, exactement !
Pete : Ça change tout. Avec le violon en direct, le dialogue peut vraiment avoir lieu. Notre ressenti est amplifié, et le public devant sa télévision comprendra mieux le message que nous souhaitons véhiculer.
Linda : Et si, par exemple, Pete commence la chanson doucement en live, je pourrai m’ajuster et jouer ma réponse plus doucement. Si la deuxième phrase est plus intense, je pourrai ajouter du vibrato dans mon jeu. Donc, ça ne sonnera pas comme l’enregistrement, même si c’est moi qui ai joué en studio. Ce sera ma réaction spontanée.
L’exception qui vous a été accordée a suscité des réactions variées entre ceux qui se réjouissent pour vous et ceux qui trouvent cela injuste pour les autres artistes en lice, notamment ceux pour qui les instruments jouent un rôle important dans leur chanson. Qu’en pensez-vous ?
Linda : Tout le monde devrait avoir ce droit.
Pete : Exactement.
Linda : Et tout le monde aurait pu faire la même démarche que nous et demander à jouer en live. Je pense que tous les artistes devraient avoir la possibilité de jouer en direct. Si l’instrument est essentiel à la chanson, et pas simplement un accompagnement, comme dans le cas de la chanteuse australienne Delta Goodrem qui interprète un passage au piano qui est vraiment audible, pourquoi cela ne serait-il pas autorisé ? Je ne comprends pas.
L’interdiction est surtout due à des questions techniques car il faut que les chansons s’enchaînent sur scène en quelques secondes…
Pete : Oui, j’imagine que c’est compliqué pour un groupe. Mais, comme nous l’avons dit, nous avons demandé si l’autorisation pouvait nous être accordée. Nous ne pensions pas que ce serait possible, mais nous avons souhaité faire la demande.
Linda : J’aurais aimé que d’autres artistes en fassent de même, ce qui nous aurait évité d’être dans cette situation. Nous ne faisons pas cela pour nuire aux autres.
Vous êtes les grands favoris pour la victoire, cela vous met la pression ou vous booste ?
Ensemble : Ça nous booste !
Peter : Tout le soutien que nous recevons est incroyable et ça nous motive à faire en sorte que tout soit parfait. Lorsque nous chantons cette chanson, les gens nous écoutent, apprécient, nous remercient et nous donnent tellement en retour !
Linda : Pour la petite histoire, j’ai apporté deux violons à Vienne. Puisque j’ai été autorisée à jouer en live, je vais interpréter avec mon vieux Galliano de 1781. Donc, sur scène, je vais devoir courir en talons hauts avec cet instrument dans les mains, ça m’effraie un peu (elle rit). Mais mon violon est ma voix, donc j’ai besoin de mon vieux Galliano. Si j’avais dû me contenter de jouer en playback, je n’aurais pas pris ce risque et j’aurais joué avec une copie d’un Guarneri.
Votre chanson est en finnois. Est-il important pour vous de chanter dans votre langue ?
Pete : Très important. Il est plus facile d’exprimer vos sentiments, notamment amoureux, dans votre langue maternelle. Nous avions envisagé d’ajouter des passages dans d’autres langues, mais nous avons rapidement abandonné l’idée. Nous pensons que même quelqu’un qui ne comprend pas la langue peut ressentir la chanson et son message.
Linda : C’est comme la chanson de Monroe [qui représente la France avec Regarde !]. En anglais, elle ne serait pas aussi bonne. Elle devait être en français.
Vous avez d’ailleurs rencontré Monroe, que pensez-vous d’elle ?
Linda : Elle est absolument fantastique. J’ai étudié à l’Académie Sibelius, à Helsinki, et tous les chanteurs d’opéra qui y ont commencé leurs études sont arrivés à 19 ou 20 ans. Voir Monroe capable de chanter si bien, si jeune, à 17 ans, est impressionnant.
Imaginez-vous le soir de la finale, quelques secondes avant le début de votre prestation sur la scène de l’Eurovision… Quelle pensée ou image aurez-vous à l’esprit ?
Pete : Je pense que je me concentrerai sur ma respiration. Après la deuxième répétition mercredi, notre chorégraphe Reija Wäre m’a donné un conseil : « Laisse les gens te voir ».
Linda : Comme je commence debout sur une chaise, en talons, avec mon violon, je devrai rester le plus ancrée possible. Je pense que le public fera du bruit, nous encouragera et, comme toujours avant une performance, j’aurai des papillons dans le ventre, qui me chatouilleront tout le corps. Mon vibrato sera probablement très rapide (elle rit). Ça va être tellement cool, j’ai hâte !

