« Michael » : Libertés prises par le biopic sur Michael Jackson.
Le biopic Michael suit la carrière de Michael Jackson de 1968 à 1988, bien avant les accusations de pédocriminalité qui allaient ternir sa réputation. À la fin de Michael, un carton laisse entendre qu’une suite est prévue et qu’elle devra obligatoirement aborder la période moins glorieuse de la vie du chanteur.

Le roi de la pop est décédé, vive le roi ? Avec Michael, Antoine Fuqua s’attaque à un sujet complexe. Produire un biopic sur Michael Jackson n’a pas été simple, car la vie de cette légende de la pop, décédée en 2009 à 50 ans, a été marquée par des turbulences. « C’est très bien fait. C’est un bel album de papier glacé pour entretenir le patrimoine artistique de la star », indique Stéphane Boudsocq, journaliste à RTL et auteur de Michael Jackson, La Face cachée d’une légende (publié aux éditions City). Michael constitue-t-il une hagiographie d’une icône pop ou un récit de vie ?
Le film retrace la carrière de la star de 1968 à 1988, avant les accusations de pédocriminalité qui ternirent sa réputation. On y voit Michael maltraité par son père Joseph, interprété par l’imposant Colman Domingo, avant de s’affranchir progressivement des Jackson Five et de devenir une superstar internationale en solo. Aucun débat ne semble possible sur ces années de gloire.
Très juste (ou presque)
Le talentueux Jaafar Jackson, neveu de Michael et fils de Jermaine Jackson, incarne son oncle avec un mimétisme impressionnant. « Il a retrouvé sa voix et sa gestuelle, on croirait réellement Michael Jackson », affirme Stéphane Boudsocq, qui a fréquemment assisté aux spectacles du « Roi de la pop ». Les relations de Michael avec son père cupide et violent sont montrées de manière très réaliste. « J’ai été étonné de voir qu’ils allaient aussi loin dans la description de sa brutalité, admet le journaliste. Cela correspond aux témoignages de ses proches et à ce que Michael racontait dans son autobiographie, où il reconnaissait qu’il n’aurait peut-être pas réussi aussi bien sans la discipline de son père. »
Joseph Jackson, décédé en 2018, n’a pas eu son mot à dire sur la façon dont il est représenté dans le biopic. Toutefois, L’Estate, qui gère le patrimoine de Michael Jackson, a assuré un contrôle méticuleux sur le scénario. Cela explique peut-être l’absence de Janet Jackson et de Diana Ross, deux figures importantes dans la vie de Michael, qui ne sont même pas mentionnées dans le biopic. Le producteur Quincy Jones, mentor musical et figure paternelle de la star, est, quant à lui, réduit à une portion congrue.
Le travail de Michael Jackson
On regrette surtout que le travail de l’artiste soit à peine effleuré et qu’Antoine Fuqua n’approfondisse jamais les détails de la création artistique. Le Moonwalk, qu’il introduit sur scène en 1983, en est un exemple flagrant de ces omissions. « J’aurais aimé qu’on voie les répétitions, comment il s’est inspiré du Mime Marceau, de James Brown et des gamins des rues de Los Angeles », souligne Stéphane Boudsocq. « Cela aurait été intéressant parce qu’on a l’impression que le moonwalk tombe du ciel et qu’il l’a inventé sur scène alors qu’il a vraiment travaillé et a toujours revendiqué ses influences. »
Les albums semblent également apparaître comme par magie. « Il était ultra-doué mais il travaillait dur », martèle Stéphane Boudsocq. « Il a mis trois ans à finaliser l’album Off The Wall et là, on a l’impression qu’il entre en studio avec les mélodies déjà en tête et que tout est prêt. » La popularité de Michael Jackson a perduré malgré les accusations pesant sur lui. « Il a été acquitté de toutes les charges retenues contre lui en 2005 lors d’un procès de quatre mois, mais c’était le début de la fin », précise Stéphane Boudsocq. Pourtant, ses chansons continuent de résonner partout et le spectacle MJ The Musical fait fureur. « Il n’existe pas beaucoup de génies de la pop pouvant lui être comparés. Peut-être les Beatles, Elvis ou les Rolling Stones », insiste le journaliste.
L’avenir de la suite
À la fin de Michael, un carton laisse entendre qu’une suite est prévue, et qu’elle devra obligatoirement traiter de la période moins glorieuse de la vie du chanteur. « Elle est même déjà tournée, affirme Stéphane Boudsocq. À l’origine, le film ne devait pas être en deux parties. Cette décision a été prise rapidement après de nombreux échanges entre divers avocats. » Tout dépend désormais de l’accueil que recevra le premier volet, dont il est difficile de prévoir le public. Les fans de Michael Jackson seront-ils suffisants pour justifier la production d’un second film plus délicat ? « Ils espèrent être le premier biopic à dépasser le milliard de recettes. Le box-office américain déterminera donc l’avenir de la suite », prédit Stéphane Boudsocq.
On serait très curieux de savoir comment le réalisateur abordera la chute de Michael Jackson, sans disavouer les victimes et sans irriter sa famille et ses fans. En attendant une réponse à cette question, Michael et ses scène de concert électrisantes révèlent ce qu’il y avait de meilleur chez lui : son art.

