Mort de Marjane Satrapi : chagrin ou « syndrome du cœur brisé » ?
Marjane Satrapi est décédée le 4 juin 2026 à l’âge de 56 ans. Johan Daviet, le père de Lola Daviet, a brutalement décédé à 49 ans, à Fouquereuil près de Béthune.

ÉDIT du 4 juin 2026 : Suite à la mort de la romancière franco-iranienne Marjane Satrapi, survenue à l’âge de 56 ans, « morte de tristesse un peu plus d’un an après le décès de son mari et l’amour de sa vie », d’après le communiqué de ses proches, cet article sur le « syndrome du cœur brisé » est à redécouvrir. Initialement publié le 27 février 2024, il évoque la mort du père de Lola Daviet.
Johan Daviet, le père de Lola, la fillette de 12 ans retrouvée morte en octobre 2022 dans une malle à Paris, est décédé subitement à 49 ans, à Fouquereuil, près de Béthune (Pas-de-Calais). Il a été victime d’une crise cardiaque, « épilogue de cette descente aux enfers », a déclaré son avocate. Bien que les causes de sa mort soient considérées comme naturelles, son décès paraît lié à la tragédie familiale qu’il a vécue. La question se pose donc : peut-on réellement mourir de chagrin après une telle épreuve ?
Mourir de chagrin n’est pas qu’une formule, c’est une réalité observée à plusieurs reprises. En août 2011, en Grande-Bretagne, une jeune femme de 25 ans a perdu la vie à la suite d’une crise cardiaque, seulement deux heures après avoir appris la mort de sa meilleure amie. Un homme de 93 ans a également succombé à un malaise cardiaque en juillet 2014, en apprenant la perte de toute sa famille dans le crash du vol MH17 de Malaysia Airlines. Le mari d’une enseignante, victime d’une fusillade au Texas en mai 2022, n’a pas survécu à une crise cardiaque deux jours après ce drame. En décembre 2017, une Britannique de 32 ans a vu son cœur s’arrêter quelques jours après avoir perdu son fils et son grand-père.
Dans ces situations ainsi que dans bien d’autres, il a été question d’un « syndrome du cœur brisé », aussi connu sous les noms de « syndrome de ballonnement apical » ou « cardiomyopathie de stress ». Toutefois, l’appellation la plus répandue est « syndrome de Takotsubo ». Ce terme a été utilisé par des médecins japonais ayant décrit cette condition dans les années 1990. Leur recherche a été reconnue par un groupe d’experts internationaux en 2018, ce qui a permis d’établir un document consensuel sur les caractéristiques cliniques, les critères diagnostiques et la physiopathologie de ce syndrome.
« Cœur brisé » ou « cœur joyeux »
« On parle aussi de syndrome du cœur joyeux puisque le Takotsubo peut résulter d’une forte émotion, qu’elle soit positive ou négative », précise le professeur Claire Mounier, cardiologue au CHU de Lille et cofondatrice de la fondation Agir pour le cœur des femmes. « Cela peut également être provoqué par un stress physique, comme la peur d’une intervention chirurgicale », ajoute-t-elle.
Cette notion de « charge de stress mental ou physique intense sur une brève période » peut conduire à un syndrome de Takotsubo chez n’importe qui, quel que soit l’âge. Cependant, un profil type des personnes à risque existe : « il s’agit généralement de femmes, ménopausées donc privées d’œstrogènes, et qui souffrent d’un état d’anxiété chronique », décrit la cardiologue. « Une pression mentale supplémentaire peut faire grimper le niveau de stress déjà élevé, et une série d’expositions à des situations stressantes peut franchir une limite critique », continue-t-elle.
Un diagnostic impossible post-mortem
Ce syndrome se manifeste par une douleur thoracique intense, similaires à celles d’un infarctus, accompagnée d’une sensation de pression dans la mâchoire et dans le bras : « cela ressemble à un infarctus, avec une paralysie du cœur due aux hormones de stress, ce qui peut mener à un arrêt cardiaque », assure la cardiologue. Très proche de l’infarctus, le diagnostic de Takotsubo ne peut être établi qu’une fois le patient hospitalisé et soumis à une IRM. Selon le professeur Mounier, il y a peu de cas, quelques milliers chaque année en France, et la mortalité ne dépasse pas 3 %.
Si un syndrome de Takotsubo peut être diagnostiqué chez un patient vivant, un tel diagnostic est impossible après le décès avant hospitalisation, sauf si une autopsie est réalisée. Affirmer qu’une personne est morte d’un syndrome du cœur brisé peut donc être un abus de langage, comme dans le cas de ce père, décédé d’un arrêt cardiaque trois ans après avoir perdu son fils lors de l’attentat de Nice.
Pour le professeur Mounier, « le Takotsubo survient immédiatement après un choc intense ou dans les jours qui suivent. Le chagrin à long terme peut induire des arrêts cardiaques, mais ce n’est pas la situation la plus fréquente ».
