France

Marseille : « On entend crier du matin au soir » face à la consommation de crack.

À Marseille, la consommation de crack s’est intensifiée, transformant certains quartiers du centre-ville en véritables zones de non-droit. En témoigne une scène banale mais troublante : un couple de touristes, valise à roulettes en main, croise deux femmes sur les marches d’une porte cochère. L’une d’elles prépare une dose dans une cuillère en métal, avant de l’inhaler dans une pipe déjà noircie. Ce type de situation, observé en pleine matinée, est devenu courant dans des zones comme celles autour de la gare Saint-Charles, où la consommation de cette drogue hautement addictive a explosé ces derniers mois.

Depuis deux ans, l’afflux de consommateurs parisiens, notamment en raison des préparatifs pour les Jeux Olympiques, a amplifié ce phénomène. Les réseaux de distribution, s’adaptant à la demande, proposent désormais des doses à des prix accessibles, entre 5 et 10 euros. Les associations, en première ligne, ont ainsi identifié une vingtaine de « zones d’intervention prioritaire », notamment autour de la gare, de la porte d’Aix et du quartier des Réformés. Cependant, cette cartographie évolue constamment, influencée par les interventions policières qui dispersent les usagers.

Dans le premier arrondissement, autour de la place Alexandre-Labadié, les résidents vivent un quotidien marqué par ces comportements erratiques. Marie, habitante d’un immeuble voisin, exprime son désespoir : « C’est insupportable, on entend crier du matin au soir. » Elle décrit des scènes de violence et de consommation, avec des seringues abandonnées dans la rue. Sa voisine, Catherine, avoue qu’elle évite de sortir la nuit, tant la situation est devenue préoccupante.

Philippe, un autre résident, partage son inquiétude : « Ce mois d’août a été atroce, on voit des gens drogués, étendus par terre, presque morts. » Il craint que la situation ne devienne irrémédiable si aucune mesure n’est prise. La fermeture temporaire du « Sleep In », un centre d’accueil pour les toxicomanes, pour des travaux de mise aux normes, a aggravé la situation, créant une saturation dans le secteur.

Damien, qui travaille dans une bagagerie sociale, constate lui aussi une ambiance tendue. Il raconte des anecdotes troublantes, comme cette demande de feu pour allumer une pipe à crack dès le matin. À quelques pas, un homme s’injecte entre deux voitures, illustrant la détresse ambiante.

Benjamin, propriétaire d’un garage dans le quartier, évoque une situation insupportable : « Depuis deux mois, c’est un enfer. » Il déplore que les forces de l’ordre ne semblent pas s’impliquer, alors que les consommateurs s’installent même sur les motos exposées devant sa boutique. Thibault Imhoff, président du Comité d’intérêt de quartier « Chapitre-Réformés », parle d’une « catastrophe sanitaire et sociale » et souligne l’angoisse des riverains, qui envoient quotidiennement des alertes. « On est dans une situation d’extrême dangerosité », déclare-t-il, appelant à une reprise du dialogue pour trouver des solutions.

Face à cette crise, le collectif Tempo, lancé en février, a pour objectif d’unir les forces. Des associations de terrain, en collaboration avec l’AP-HM et d’autres partenaires, cherchent à élaborer une stratégie pour répondre à cette « crise du crack ». Marianne Poisson, coordinatrice du projet, souligne l’importance de créer des espaces sécurisés pour les consommateurs afin de réduire les risques pour tous. « Tant qu’il n’y a pas d’endroit sécurisé, ils resteront dans les rues », conclut-elle.