Manchester City – Arsenal : Les Gunners sont-ils condamnés à la défaite éternelle ?
Arsenal n’a pas remporté de trophée en Premier League depuis plus de vingt ans. Corentin, un fan d’Arsenal, a déclaré que depuis le début de l’année, « c’est difficile de prendre du plaisir devant les matchs » et qu’ils « ont l’impression que les joueurs sont en train de sombrer mentalement et physiquement ».
Que fait un supporter d’Arsenal lorsque son équipe remporte un trophée ? Il éteint la PlayStation. Cette blague circule depuis des années au Royaume-Uni à propos des Gunners, dont le palmarès semble plus poussiéreux qu’un plumeau Swiffer dans le grenier de grand-mère. Pourtant, ils n’ont jamais été aussi proches de mettre fin à une disette de plus de vingt ans en Premier League, mais, comme chaque année, les hommes de Mikel Arteta, qui ont même compté jusqu’à dix points d’avance au classement, semblent fébriles au moment de conclure.
Lors de leur match contre Bournemouth le week-end dernier, certaines phases de jeu ressemblaient à celles d’une équipe de quatrième division en Bretagne, tandis que les joueurs semblaient encore enivrés par les litres de bière consommés la veille. Ainsi, alors qu’ils s’apprêtent à affronter Manchester City ce dimanche (17h30) pour un match décisif dans la course au titre, les Gunners vont-ils une nouvelle fois céder sous la pression, risquant d’être à nouveau perçus comme les plus grands clowns du pays ?
« On ne met plus un pied devant l’autre »
La tradition semble le confirmer, d’autant qu’Arsenal a déjà subi une première leçon lors de la finale de la Carabo Cup contre le même City (2-0) il y a deux semaines, un avant-goût de ce qui pourrait se produire à l’Etihad. C’est l’avis de Corentin, un supporter français d’Arsenal qui gère le compte Arsenal French Club sur Instagram.
« Depuis le début de l’année, il est difficile de prendre du plaisir devant les matchs, cela a même atteint un point de catastrophe après la défaite contre City, confie-t-il. Nous avons pris une leçon tactique, je ne m’attendais pas à être secoué à ce point. Depuis cette finale, nous ne mettons plus un pied devant l’autre, et j’ai l’impression que les joueurs sombrent mentalement et physiquement. »
Présent à Wembley ce jour-là pour soutenir son équipe, Ridler, un créateur de contenu footballistique comptant 50 000 abonnés sur les réseaux sociaux et fan d’Arsenal, n’est pas près d’oublier cette débâcle. Et encore moins l’après-match, où il a pris sa caméra pour débriefer cette raclée, micro en main, tandis que les supporters de City défilaient derrière lui, chantant « Second again ! Second again ! », leur nouveau chant moqueur célébrant la lose historique des Canonniers.
Habitué aux moqueries des Citizens, Ridler prend cela avec humour et affiche le sourire de celui qui sait à quoi s’attendre. « Franchement, que pouvais-je faire d’autre ? Pleurer devant la caméra ? Les supporters de City étaient aux anges, ils chantaient, dansaient, ils préparaient sûrement leur future parade. Moi, je suis resté là, comme si j’avais déjà vu ce film des centaines de fois, se remémore-t-il. Si vous supportez Arsenal et que vous n’avez pas d’humour, vous ne tiendrez pas jusqu’à Noël. Le sarcasme est notre mécanisme de défense. L’autodérision, notre mode de vie. »
Heureusement, il y a Tottenham, Tottenham !
Il en faut pour regarder les derniers matchs d’Arsenal sans perdre connaissance. Les Gunners nous ont une nouvelle fois fait une brillante démonstration mercredi soir lors de la demi-finale retour de Ligue des champions face au Sporting. Plutôt que de procéder à des attaques effrénées pour enflammer la rencontre et emporter les 60 000 spectateurs de l’Emirates avec eux, Declan Rice et ses coéquipiers ont choisi de jouer prudemment, attendant sagement qu’un corner tombe du ciel pour envisager de marquer sur un malentendu.
Toutefois, Corentin refuse de considérer que son équipe est devenue la risée du football anglais. Il attribue plutôt ce titre à son rival juré, Tottenham, actuellement 16e de Premier League, qui rivalise brillamment avec Arsenal en matière de ridicule. « Mais c’est sûr que si nous ratons le titre cette année, nous porterons encore l’étiquette de perdants, admet-il néanmoins. Je ne veux pas croire à un nouvel effondrement, ce serait trop dur à supporter mentalement. Si cela se produisait, je partirais vivre sur une île déserte et couperais tous mes réseaux sociaux ! »
Le grand retour du « Boring Arsenal »
Jusqu’à présent, réputés pour leur jeu offensif et séduisant depuis l’arrivée d’Arteta en 2019, les Londoniens ont opéré un virage à 180 degrés ces derniers mois, pensant peut-être que c’était la seule solution pour briser la malédiction et enfin remporter un trophée significatif. Ou peut-être s’agit-il simplement d’un hommage au « Boring Arsenal » des années 90, qui sait.
« Regarder leurs matchs en ce moment, c’est comme payer un repas cinq étoiles et se voir servir des haricots froids, rigole Ridler. Contre City, Arsenal semblait avoir oublié que la finale avait lieu ce jour-là. Contre Bournemouth, les joueurs semblaient porter des sabots. Un vrai supplice. Ils doivent cesser de jouer comme s’ils protégeaient un vase en porcelaine et recommencer à attaquer comme des lions. »

Les déclarations des joueurs après leur qualification face au Sporting mercredi dernier ne semblent pas aller dans ce sens. À propos des critiques qui s’abattent sur son équipe, Declan Rice s’est montré offensif devant les micros, même si son attitude sur le terrain a été différente. « Qui se soucie de ce que les gens pensent ?, dit-il, légèrement agacé. Ce qui compte, c’est ce que le groupe pense, ce que l’entraîneur pense, et le fait d’être en demi-finales. Je suis heureux, ce soir. »
Same player, play again
Les résultats comme seuls juges de paix, voilà le credo que les Gunners ont choisi à l’approche de cette fin de saison. Un discours que ne renierait pas notre cher Didier Deschamps, qui sait mieux que quiconque que quand la victoire parle, les détracteurs se taisent. Cela rejoint également l’avis de l’ancien Gunner Bacary Sagna, qui s’est récemment exprimé chez nos confrères de L’Equipe.
« À mon époque, nous étions critiqués pour jouer trop bien, ne pas être assez réalistes. Et aujourd’hui, c’est l’inverse… Le plus important, c’est de gagner, peu importe comment les buts sont inscrits, même sur des coups de pied arrêtés. La vérité, c’est que si les Gunners finissent par être champions, tout le monde finira par oublier comment ils y sont parvenus. » Pas Paul Scholes en tout cas, l’ancien Mancunien ayant affirmé dès janvier dernier que « si Arsenal remporte le titre, ce sera le pire champion de l’histoire. »
Un titre honorifique dont se moquent les fans d’Arsenal, qui tranchent définitivement pour l’euphorie, peu importe comment. « Il faut que le déclic se fasse et qu’on arrête d’avoir peur, c’est l’année ou jamais pour nous en Premier League », avertit Corentin.
Et sinon, comme chaque année après la dépression estivale, l’espoir renaîtra. « Les supporters d’Arsenal sont alimentés par un espoir irrationnel, conclut Ridler. Chaque mois d’août, nous nous convainquons que c’est la bonne année, chaque avril, nous avons besoin d’une thérapie, et chaque mai nous nous disons « la saison prochaine, ce sera la bonne ». Le bonheur viendra… un jour… probablement… s’il vous plaît. »

