Lou Trotignon : « Mon spectacle n’aurait pas existé sans les luttes trans »
Lou Trotignon présente son spectacle « Mérou » à La Scala (Paris 10e) jusqu’au 19 juin, où il aborde son identité trans et propose une exposition sur l’histoire des mouvements pour les droits des personnes trans. L’humoriste a déclaré que la Pride, qui reprend une connotation politique face au recul des droits des personnes trans, permettra de rappeler l’importance de cet événement.
C’est à une expérience « immersive » que Lou Trotignon invite le public à La Scala, dans le 10e arrondissement de Paris, jusqu’au 19 juin. L’humoriste de 28 ans y interprète son seul en scène, *Mérou*, où il aborde notamment son identité trans. Au préalable ou après le spectacle, les spectateurs peuvent visiter une exposition qui met en avant, à travers des archives et des objets, l’histoire des mouvements pour les droits des personnes trans et l’héritage des luttes passées. Des banderoles de manifestation dominent également la salle de 700 places, résonnant avec les messages humoristiques de l’artiste.
Ces représentations à La Scala ont-elles une saveur particulière pour vous ?
Oui, vraiment, c’est incroyable. C’est un projet que je voulais réaliser depuis longtemps. Je ne pensais pas, en tant que personne trans, pouvoir jouer à La Scala, dans cet endroit magnifique, et organiser cette exposition. Nous avons un public très diversifié, composé de personnes concernées ou non. Tout le monde semble très heureux. Donc, je suis très, très touché.
Cela a été facile de convaincre La Scala de créer cette exposition immersive ?
Franchement, La Scala nous a fait confiance très rapidement. Je savais qu’ils appréciaient beaucoup mon travail, mais ils ne savaient pas trop à quoi s’attendre. Cependant, ils nous ont fait confiance jusqu’au bout, s’adaptant au maximum.
Vous avez créé cette exposition en collaboration avec le Centre d’archives LGBTQI+ de Paris et d’Ile de France. Les documents sélectionnés se sont-ils imposés à vous ?
Il y avait des aspects faciles, car nous avons voulu dès le début nous concentrer sur les archives liées aux personnes trans. Toutefois, il y a aussi eu des difficultés, car il n’existe pas beaucoup d’archives trans en France. Beaucoup ont été effacées ou brûlées. Nous avons été confrontés à cette question : « Où sont nos archives ? ». C’est pourquoi l’exposition est collaborative : les gens peuvent ajouter des archives.
Maison Furieuse assure la première partie, avec une proposition queer, à la dimension punk, qui détonne dans le cadre de La Scala. Il était important pour vous de montrer cet aspect-là ?
Oui, c’était un choix de ma part. Je sais que c’est surprenant, et j’ai déjà reçu des retours de personnes me disant : « Ah oui, ça met une claque, on ne s’y attend pas. » C’est ce que je voulais, car mon spectacle évoque la joie et la douceur, et je ne veux pas que l’on mette de côté notre colère. De plus, le cabaret a une histoire très particulière pour les personnes trans, car c’est le premier endroit où l’on a pu s’habiller librement et où nous n’étions pas jugés.
Votre spectacle, *Mérou*, avec lequel vous tournez depuis plusieurs années, semble avoir de plus en plus de sens et d’importance par rapport aux paniques morales et aux régressions transphobes actuelles un peu partout dans le monde…
Lorsque l’on joue un spectacle depuis longtemps, il arrive parfois qu’on en perde un peu le sens en le répétant. Je compte désormais plus de 300 représentations en quatre ans, donc c’est intense. Cependant, je retrouve effectivement le sens de mon spectacle dans l’environnement politique actuel : avec une transphobie très forte, comment faire pour garder le rire, le côté drôle et léger ? Je crois que j’y parviens, donc je suis ravi. Cela reprend aussi une dimension qui fait sens avec les archives, puisque ce spectacle n’aurait pas existé sans l’histoire et l’héritage des luttes trans que mes aïeux m’ont laissés.
Avez-vous eu des retours de spectateurs non concernés, qui pouvaient avoir des préjugés transphobes, expliquant combien votre spectacle les a fait réfléchir ?
Oui, c’est un retour que j’ai souvent. Un père est venu seul voir mon spectacle. Ensuite, nous avons discuté, et il m’a dit qu’il était là parce que sa fille transitionne et qu’elle lui avait recommandé de voir *Mérou* parce qu’elle en avait assez de lui expliquer des choses. Il est venu un peu fâché, se demandant pourquoi il aurait besoin d’explications, et finalement, il était très ému. Il m’a beaucoup remercié en disant qu’il comprenait enfin sa fille et pourquoi ce spectacle était important pour elle. C’était très touchant de voir cet homme si ému.
Jouer ce spectacle en juin, mois des Marches des fiertés LGBTQ+, a-t-il également une dimension particulière ?
Oui, c’est vrai, pendant plusieurs années, et c’était super, la Pride est devenue un événement plutôt festif grâce aux avancées des droits des personnes LGBTQ+. Maintenant qu’il y a un recul de nos droits, notamment pour les personnes trans, la Pride reprend sa première connotation politique : affirmer que nous existons depuis longtemps, que nous sommes fiers, heureux et joyeux. J’espère surtout que ceux qui ne sont pas concernés comprennent pourquoi nous avons besoin de ce type d’événements. J’ai d’ailleurs pour projet de faire un tour des Pride, peut-être l’année prochaine. On pourrait faire le tour de France avec les Marches des fiertés qui ont lieu dans différentes villes, les samedis, entre mai et juillet.

